Kælan Mikla – Mánadans

30 Juil 18 Kælan Mikla – Mánadans

Sortis en autoproduction le 1er avril 2017 sous formats cassette et digital, les huit titres initiaux de Mánadans vont maintenant bénéficier d’un tirage en vinyle, via le label de Toronto, Artoffact Records. Composés entre 2013 et 2014, aux débuts du groupe, cet ensemble de huit titres (plus deux) possédait la fougue, l’énergie, la naïveté qui caractérisaient les premiers essais d’une autre Islandaise. Björk, alors abritée par Crass Records dans le groupe Kukl, oscillait également sous les pendules de ce punk noir et cold, aujourd’hui en plein revival.

Le trio Kælan Mikla est lui aussi sensible à ces climats froids et rudes. La basse y est omniprésente, comme sur « Mánadans » (Danse de la Lune), dans une bonne veine coldwave. La voix de Laufey Soffia, elle, fait toute la différence. Régulièrement gentille et douce, elle se fait principalement vociférante, raclée et revendicatrice. A moins que cela ne soit l’inverse. Cette dualité entre chaud et froid, rudesse repoussante et approches sensuelles, le trio en use y compris lors de ses sorties live. On avait ainsi pu les repérer lors de la captation de leur gros quart d’heure de session pour la station de radio KEXP basée à Seattle. Le 3 novembre 2014, leur allure gentiment gothique, leur façon d’adresser leur musique sans regarder, les yeux souvent fermés, l’alternance de chant entre la batteuse et la chanteuse, les cris de la bassiste, les étoiles, les perles contrastant avec les robes noires de soirée, tout cela distillait déjà quelque chose d’émouvant…

Le groupe sait varier ses intentions, en témoigne la ballade néo-folk « Umskiptingur » (Le Changeling). Comme elles partageront bientôt la scène avec King Dude, on se plaît à imaginer que cette rencontre mettra en avant ce morceau. La voix ne cesse de se plaindre, doublée de chœurs élégiaques et tristes puis elle se met à crier, déchirant les toiles tendues précédemment. Un semblable frisson de beauté saisit à l’écoute de « Ætli Það Sé Óhollt Að Láta Sig Dreyma » (Est-ce un Rêve malsain?) chanté en première partie par la batteuse, un morceau qui, lui aussi, sursaute, vitupère et exhibe sa rage sur la deuxième moitié avant d’en revenir, in extremis, à la grâce. Ainsi, avec le démarrage de « Lítil Dýr » (Petits Animaux), tout en nuances feutrées, la boucle est bouclée et cet assemblage d’anciens morceaux se retrouve composé comme un véritable album.

Il y a dans ces premiers titres, une sorte de version rock’n’roll des prémisses de Ladytron : la langue étonnante, la froideur extra-ordinaire, la manière de conter : « Ástarljóð » (Poèmes d’Amour) pourrait être le cousin effronté de leur « Commodore Rock » de 2000. Evidemment, quelques titres sont seulement bruts de décoffrage, tels « Næturdætur » (Filles de la Nuit) ou « Yndisdráttur » qui peine à se démarquer de sa dimension d’ébauche.

Cette réédition offre deux titres en bonus, une version live très dispensable de « Reykjavík til staðar » et la démo du joli « Kalt », appuyée par une vidéo, l’arrivée du synthé et des rythmes enregistrés.

En quelques mois, Kælan Mikla a su s’imposer, sans renier son essence. Suite au succès de leur premier véritable album, l’éponyme Kælan Mikla en juin 2016, galvanisées par le soutien de Mister Robert Smith himself (dont l’aura continue à séduire les cinquantenaires et les plus jeunes) qui les a invitées pour les 40 ans de The Cure le 7 juillet dernier, les trois filles sont prêtes à passer un cap. Ressusciter les vieilleries (relatives) de Mánadans est un bon moyen de faire le point.

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Tracklisting :
01. Lítil Dýr

02. Næturdætur

03. Mánadans

04. Umskiptingur

05. Yndisdráttur

06. Ekkert Nema Ég

07. Ástarljóð

08. Ætli Það Sé Óhollt Að Láta Sig Dreyma

09. Reykjavík til staðar (live)

10. Kalt (démo)

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Note : 67%