Judas Priest – Firepower

01 Avr 18 Judas Priest – Firepower

Les dernières années, sur le plan strictement créatif, restaient celles d’une persistante demi-teinte pour le groupe anglais, dont les premiers pas datent de la fin des années 1960. Cinquante ans au compteur, ou pas loin – non, vous ne rêvez pas.

Après la période d’intérim assurée par le chanteur Tim « Ripper » Owens (deux albums discutés, Jugulator [1997] et Demolition [2001], période au terme de laquelle Tim rejoignit Iced Earth), un crâne rasé nommé Metal God reprit du service. Gestion de carrière en catégorie géant heavy implique parfois rappel de figures historiques. Suivez mon regard.
L’album du retour de Rob Halford, un Angel Of Retribution (2005) plus décent que réellement flamboyant, fut bien malheureusement suivi du piteux Nostradamus (2008), puis d’un disque sur lequel Judas Priest entreprit de restaurer son image première d’artisan heavy précurseur : Redeemer Of Souls (2014). Première intervention studio, alors, pour le nouveau guitariste Richie Faulkner (remplaçant de K.K. Downing, parti en 2011). Le fruit, jugé par ici en demi-teinte, nous laissa sur notre faim, notamment au regard des savoir-être et savoir-faire avec lesquels Faulkner s’imposa sur scène. Si le statut d’icônes peut faire excuser, il ne protège pas de tout.

Et ce n’est qu’avec ce Firepower, enregistré à Worcestershire, qu’il se produit réellement ce que nous attendions depuis l’intronisation de Faulkner : une authentique alchimie de groupe ; et ce faisant, la restauration d’une signature. Peu de surprises sur l’orientation générale, mais là n’est pas le principal en définitive.
Produit par Tom Allom (Ram it Down, coucou !) et Andy Sneap (intronisé remplaçant du guitariste Glenn Tipton pour la scène en raison de la récente progression de sa maladie de Parkinson, diagnostiquée il y a quelques années), Firepower pourra se ranger parmi les disques importants du combo. Si Judas Priest démarre de manière assez flamboyante par un très maidenien titre éponyme, ce sont au bilan les mid-tempi qui enthousiasment le plus (« Never the Heroes », « Children of the Sun ») : Halford & co. retrouvent souvent ce mordant vintage qui nous fit tant aimer certains de ses anciens disques.
Mais Firepower expose aussi un feeling naturellement vengeur sur les titres les plus enlevés (« Necromancer ») – de quoi compléter le tableau d’un album au son moderne et brillant en surface. Il fallait magnifier, et la production n’a pas lésiné.

Quelle qu’ait pu être la charge de travail en studio afférente à ses prises, Halford réussit pour sa part un tour de chant plus qu’honorable. Tout en gestion. Evidemment, surviendront les secousses aiguës attendues, sans percer plus que de raison, mais c’est surtout dans son économie que nous trouvons le chanteur le plus impressionnant de maîtrise. La prise d’âge encourage sans doute à la gestion de puissance, et le constat de ce recul et de ce savoir-faire éclate, par exemple, sur « Rising from Ruins ».

L’album, largement salué à sa sortie, mérite assurément plus de lauriers que ses trois prédécesseurs : Judas Priest y expose, sur sa globalité, une qualité d’écriture plus prégnante et un style plus évident. De quoi relativiser (oublier ?) un peu les déclarations de l’historique K.K. Downing (parti en 2011), visiblement déçu de ne pas réintégrer le Priest suite à la défection live de Tipton. Certains de ses dires ont semblé suggérer l’idée que l’un des deux producteurs (Sneap) se serait investi plus tôt qu’officiellement sur les guitares créditées Tipton. Moyennement diplomatique si du moins c’était l’intention, et en tout cas mal reçu par les musiciens actuels. Un démenti par Downing est intervenu par la suite, mais la pilule a gardé un petit goût amer. Ian Hill lui-même a dit mal imaginer ce qui aurait pu conduire le groupe à inviter K.K. au retour, au vu du contexte de son départ.

Un constat paradoxal s’impose au bout de ce cycle de travail : à l’heure d’un questionnement sur l’évolution des rôles en interne, le cycle se conclut par la réalisation d’un des enregistrements du Priest les plus convaincants et héroïques depuis longtemps (« No Surrender ») : certains titres ont assurément la stature de nouveaux classiques, dans un contexte de fragilisation personnelle pour l’un des membres historiques. Judas Priest, en 2018, gère les volumes avec brio et a créé du mouvement à l’intérieur même du disque (la césure « Guardians »).
Le résultat est d’un bloc. C’est une réussite à inscrire aussi au palmarès studio personnel de Faulkner, dont l’investissement en presse s’est remarqué sur la récente campagne promotionnelle. Cet homme n’offre pas simplement une seconde jeunesse au Priest, il pourrait être celui par les guitares duquel passeront les prochaines / dernières années. Toutes les écritures et tous les arrangements sont cosignés Halford / Tipton / Faulkner, ce qui dit quelque chose.

2018, assurément, se place sous le signe du retour de la flamme. Si le groupe devait arrêter sur ce disque (ne jurer de rien, ils font le coup depuis presque dix ans), il finirait par un vrai tour d’honneur. Rob Halford dément aujourd’hui tout forfait à court terme… mais il faudra éviter de se tromper. Ne pas rater sa sortie reste l’apanage des grands.

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Note : 75%

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