JP Ahonen – Belzebubs

12 Oct 18 JP Ahonen – Belzebubs

Belzebubs s’est exposé dans un premier temps sur le web. C’était ça et rien d’autre. Dessinateur finlandais et adepte metal, JP Ahonen sévit en humour via cette série de strips digitaux, petites fulgurances noir et blanc mettant en scène une famille black metal et son sérail. La page FB est le lieu de rendez-vous : au jour où nous posons ces lignes, pas moins de 255 000 suiveurs. Moins convaincant a pu se voir au rayon du succès virtuel.
Devenues par la magie de l’Internet un petit phénomène de société, ces mini-bandes dessinées, truffées de références musicales et occultes, tournent en dérision l’esprit metal tout en en restant fortement imprégné. Une manière d’assumer tout en se moquant de soi : Ahonen est un trve metalhead. Pas très étonnant : seul quelqu’un trempant un minimum dans l’affaire pouvait pondre satire à ce niveau.

La force comique de Belzebubs passe par le graphisme, stylé en diable et couché numériquement. Folklore et esthétique metal s’étalent sans ambages. La force du titre passe aussi par un référentiel maîtrisé, sans tomber dans l’ostentatoire. Cette retenue permettra sa réception par un public moins averti, tandis que les adeptes de musiques sombres et violentes y retrouveront facilement leurs petits. Mettre à disposition sans trahir : un équilibre délicat atteint dans l’épreuve humoristique. Un travail d’équilibriste.
Les références glissent dans l’histoire au détour d’un mot, une apparition physique. Vous croiserez de curieuses bêtes, références au Lovecraftisme et autres joyeusetés dark fantasy ou, disons, religieusement douteuses. Il y a un peu de sexe aussi, mais sans que ça envahisse. Belzebubs, en résumé, est un décorum metal au service du rire. La dissolution d’un absolutisme dans la dérision.

Les personnages veulent vivre une existence qui n’est pas celle de M. et Mme Tout Le Monde. C’est tout un langage, et des codes graphiques heureux : fond noir des bulles, lettres en blanc. Et dans l’aller-retour intime et permanent entre culture (ou posture) metal et vie quotidienne, se produit l’effet comique : la moindre situation de vie courante prend, sous l’angle de l’extrémisme metal, allure croquignolesque. Appréciez par exemple la dimension affective de la vie des metallers : les mots d’amour ont consonance luciférienne, et les poils aux pattes sont ceux de cette bestiasse que l’on adore.

Absurde en embuscade, malice au rendez-vous : les cultes surgissent, la musique est à l’honneur. OK, mais il y a la vie tout court : les metalheads se reproduisent, changent de statut mais ne veulent pas abandonner leurs rêves. Et ils se passe de drôles de choses, chez eux. Allez voir par exemple cette jeune maman coucher sa petite et saisissez le calvaire que vivent ces-gens-là. L’ordinaire les éprouve mais l’extraordinaire auquel ils aspirent peut les dépasser. Parfois, oui – mais pas toujours et loin de là. Ce sera même le contraire : le fantastique et l’apparition des entités démoniaques à leur quotidien finit par devenir le lot commun. Il suffisait d’y croire. Adore l’innommable, renverse les symboles et corpsepainte-toi : le portail s’ouvre, et tu changes de vie. C’est ce que tu voulais, non ?

Du web vers le papier, il n’est qu’un pas et la parution de ce premier volume en format physique consacre une démarche originale et visiblement en plein développement. Parti d’une initiative personnelle et qui avait pour seule ambition de toucher les gens sur le web, Belzebubs est une hydre dont plusieurs têtes poussent. Le support conservera certes une origine et un développement digitaux. A cet égard, la page FB support égrène de surprenantes nouvelles. Le 8 octobre 2018, Belzebubs semblent avoir muté : la page officielle annonce – avec un semblant de sérieux, un comble ! – la parution d’un premier album studio. Vous avez bien lu. Au mix, annoncé : Dan Swanö, rien que ça, et sortie programmée pour le printemps 2019. La postface du livre, signée Bannister, se concluait justement sur l’hypothèse d’une création de groupe par Ahonen (Un comble !? Ben tiens Baba – pardi ! Un complot oui !).
Cette chose dessinée ne restera donc pas, crénom, que de l’image ou du livre, mais deviendra aussi du son. Belzebubs : un petit monstre en devenir, d’art comique total.

Le livre, lui, est déjà là : ce premier volume, sorti chez Glénat en version française, a pris la forme d’un petit carré épais de 128 pages. Rien que pour vos yeux. Alors en attendant le groupe, le vrai, rêvez éveillé et marrez-vous en même temps : un quotidien ne devient extraordinaire que si vous le rendez tel. Les personnages de Belzebubs, malicieusement destroy, touchants et mus par une délicieuse dérision, croient en leur chance et épicent le quotidien de leurs centaines de milliers de followers autant qu’ils défient les ressources de leur créateur. Ils sont peut-être même en train de le transformer, lui, en ce qu’ils sont, eux.
C’est une aventure, une existence faite fantaisie, une manière de vivre.
Il suffisait, talent sine qua non, de vouloir et de lancer la manœuvre.
Il suffisait d’y croire.

> BELZEBUBS ONLINE
Facebook
> GLENAT BD ONLINE
Site officiel
> ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC JP AHONEN SUR ART & METAL
Kaleidoscöpe

Be Sociable, Share!

Tracklisting :
Be Sociable, Share!























Tweet

Note : 85%

Site du groupe / MySpace :
Be Sociable, Share!