Joy/Disaster – Resurrection

26 Avr 18 Joy/Disaster – Resurrection

Le « retour » de Joy/Disaster ne peut laisser indifférent. Ce groupe, né à l’occasion du revival post-punk des années 2000, tranchait avec les Interpol et autre Editors (auxquels on ne pouvait que songer le temps d’un mémorable « Hang around »). Comme leurs confrères De Volanges ou Varsovie, venant de Nancy Joy/Disaster ne boxait pas dans la même cour. Trop underground, trop collé à une scène, trop indépendants aussi pour que les grands médias ne leur consacrent autre chose que quelques lignes à l’occasion d’un concert dans une salle renommée ou un entrefilet, si par hasard un album avait eu l’audace de s’introduire dans une pile d’autres disques aux compositions pré-mâchées. Ecœurement ? Oui, un peu…

Pourtant, cette obscurité seyait bien aux atours sombres de Joy/Disaster. Et cela même si les musiciens (surtout les bassistes) se renouvelaient, épuisés par les conditions précaires dans lesquelles évoluait le groupe. Alors que le tribute-projet Nouvelle Vague profitait d’un visuel avec talons aiguilles en 2010 pour rendre hommage à la scène française, cinq ans plus tôt en 2005, en plein boum des années musicales de myspace (une éternité déjà !) Joy/Disaster distribuait son Cdr à talons compensés contenant la version initiale d’« Artemis », titre emblématique de leur pertinence.

Alors, ce nom de Resurrection marquerait un retour, vraiment ? En réalité, le groupe a pris de nouveau un (long) temps en mode DIY : Broken Promises, un album autoproduit et vendu sur leur site et en concerts à partir de 2013 ; concernant le live justement : deux concerts publiés en 2016 et 2017 aux titres qui fleurent bon la France profonde (pour la petite histoire, Chez Paulette existe vraiment, c’est l’une des salles emblématique de l’aire de Nancy !) ; et un maxi, , l’an dernier. Si c’est de retour qu’il faut parler, il doit désormais être médiatique. La publication par les fidèles Manic Depression de ce nouveau Resurrection appelle donc mobilisation.

Bien sûr, depuis Sickness (2011) et sa sécheresse, il est fini le temps des compositions les plus gothiques du groupe, ces titres imparables qui ont fait la grandeur passé de Joy/Disaster comme « Senseless Tales », « Black old Thief », « Fade away », « Inside » ou « Today » ; les plus nostalgiques vont pourtant facilement se satisfaire du très touchant « Something » et du rapide « Swallow », malgré ses guitares plus proéminentes. Et puis, avec un climat de ciel chargé, « Kisses and Pain » proclame que la beauté est toujours là, par sa mélodie simple et efficace et ses harmoniques magiques.

Les guitares sont de nouveau heavy dans leur intention et leur réalisation, ce ne sont donc pas les basiques riffs du post-punk (merveilleux pourtant sur les anciens « Critical Place » et « This is not ») que l’on doit guetter, mais une sorte d’écriture qui emprunte aux prémisses du heavy-metal des années 80, tout en s’appuyant sur une rythmique, elle, très connotée rock gothique (la ligne tenue de « My secret Garden »). La voix trône fièrement (« Dancing in Sadness », slow meurtrier réussi), comme ces guitares brillantes sous leur cambouis (« Million Faces »). L’album est varié, un peu trop peut-être, et c’est cette variation du rock’n’roll à la The Jesus And Mary Chain qui est mise en avant pour un « New Generation » un peu replet et sur les couplets de « Let it bleed » ; en revanche avec « Evolution », le titre le plus ouvertement rock (et le moins captivant à notre sens) le groupe bifurque soudain vers une sorte de reggae assez étonnante. On retrouve heureusement un état de grâce dans un registre plus noisy-pop, à la façon de Ride par exemple, sur « Resurrection » qui tient bien la route avec son jeu de basse versatile et sa batterie bavarde.

Bien meilleurs lorsque la mélancolie stabilise les envolées dans un survol cotonneux du monde (« The last Day ») les J/D déploient alors une lenteur grave, et offrent de la place aux émotions.

A propos de place, ce Resurrection sort en deux formats : le vinyl ne contiendra que huit titres, mais on dira que c’est le CD qui en ajoute quatre. Si on y regarde de plus près, on parlera de titres bonus puisque ce sont justement ces quatre titres (voir la liste ci-dessous) qui sont les plus discutables à mon goût sur le fond et la forme. Un cadeau bonus dont se passeront les fans les plus immobiles, mais eux et les autres iront de toutes façons soutenir Joy/Disaster lors de leur tournée printanière pour défendre en live ces nouveaux titres et la pléthore de très bons anciens. Cette tournée les verra d’ailleurs arpenter une nouvelle fois les scènes du Wave Gotik Treffen de Leipzig, comme tout groupe qui compte dans nos sphères underground, n’est-ce pas ?

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Tracklisting :
01. Something

02. Let it bleed (version CD)

03. Enclosed

04. Kisses & Pain

05. New Generation (version CD)

06. Million Faces (version CD)

07. Dancing in Sadness

08. My secret Garden

09. Evolution (version CD)

10. Swallow

11. The last Day

12. Resurrection

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Note : 70%

Site du groupe / MySpace :

https://joy-disaster.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/joydisasterofficial

http://manicdepressionrecords.com/ (pour la version digitale, la version CD et la version vinyle en pré-commande).

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