Jon Bassoff – Corrosion

24 Août 16 Jon Bassoff – Corrosion

Je ne sais par quel malheur ce livre a atterri en dessous de ma pile de lectures car il s’agit bel et bien d’un des meilleurs publiés dans la déjà très recommandable collection Néonoir de Gallmeister. On y retrouve ces ambiances corrompues et désolées de la campagne américaine avec son lot d’illuminés et de psychopathes, bref tout ce qui fait le charme de ces romans noirs qui optent plus pour les récits de rednecks et de dégénérés en rase-campagne plutôt que pour les tueurs cachés dans les recoins des rues des grandes villes. Mais celui-ci n’est pas juste un simple – et énième – exemple du genre « gothic noir » ou « hillbilly noir » car Bassoff, avec ce premier roman traduit par Anatole Pons, se montre être bien plus machiavélique et déjanté que cela.

À la lecture des premières pages, on pourrait se croire dans un récit tout à fait classique perdu dans un bled des montagnes nommé Stratton. Une femme de mauvaise vie se prend une raclée dans un bar par son mari. Un vétéran d’Irak y assiste par hasard et réduit le visage du gars en bouillie. Il finit par repartir avec la fille, Lilith, et ils baisent brutalement. Cette femme fatale lui demande alors de se débarrasser de son mec pour récupérer l’assurance-vie et lui tend un 38. Le traumatisé de guerre va accepter mais pas à n’importe quel prix. Le livre est raconté du point de vue de ce personnage, d’ailleurs, Joseph Downs, et la stabilité mentale du type est plutôt fragile. Lilith aurait dû faire attention avant de faire appel à lui car elle va s’en mordre les doigts.

Le roman se déroule en deux temps, autour de ce Joseph Downs et d’un certain Benton Faulk, adolescent élevé par une mère malade et un père aux airs de scientifique fou qui fait des expériences sur les rats. Ce dernier attend la résurrection du Rat Christ dans une ancienne ville minière nommée Silverville. Benton grandit avec ce paternel convaincu que Dieu est malfaisant, se passionne pour la BD Au bout du combat et pour la jolie Constance qui aurait un ex mari jaloux. Là encore, le narrateur va opter pour le crime pour les beaux yeux d’une femme. Mais les choses vont devenir bien plus alambiquées quand celui-ci est pris en stop par un Marine du nom de Joseph Downs.

Avec son ambiance de solitude et de folie mentale, Corrosion opte pour l’humour noir et le grotesque afin de ne pas devenir une expérience trop déprimante. Bassoff manipule le langage comme un maître et utilise ces analogies qui ont rendu le style de Joe R. Lansdale si célèbre. Ici la lune est « comme un sourire diabolique dans un ciel de basalte » et la montagne est « aussi calme qu’un bordel mormon », tout cela sur fond de musique country assurée par The Handsome Family ou Tammy Wynette. Sa peinture des petites villes des montagnes est juste jouissive tout en restant terrifiante. Car il faut le dire, Corrosion est un livre qui fait peur. L’auteur connaît le cinéma d’épouvante et a compris comment mettre son lecteur sous tension. Les âmes et les lieux y sont soumis à la même corrosion, et la présence de pasteurs et de personnages aux croyances cinglées ajoutent à cette dimension d’après l’apocalypse. Lors d’une présentation en librairie, Bassoff a d’ailleurs précisé qu’il a un autre roman sous le coude avec des zombies dedans, ce qui nous étonne guère. Avec ces caves faites de secrets horribles et ces psychopathes qui errent le long des routes isolées, l’écrivain fait le pont entre un roman comme le Tueur sur la route de James Ellroy et un film comme Evil Dead, dans un décor qui aurait pu être pensé par Flannery O’Connor pour Les braves gens ne courent pas les rues. Vicieux et génial, Bassoff nous amène même à compatir pour des personnages abominables jusqu’à ce que l’on se sente piégé au fur et à mesure que les masques tombent.

Il y a donc quelque chose d’à la fois ludique et proprement effrayant dans la relation que l’auteur entretient avec son lecteur, et on en redemande. Car au bout de compte, que demande-t-on de plus que d’être manipulés? Un vrai grand bon roman noir, avec un sens du bizarre !

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