Jeff Noon – Alice Automatique

24 Avr 17 Jeff Noon – Alice Automatique

Les éditions La Volte continuent leur exploration de l’œuvre du fantasque auteur anglais Jeff Noon. Après Pollen, Vurt, NymphoIRmation, Pixel Juice, Descendre en marche et Intrabasses, c’est aujourd’hui Alice Automatique qui bénéficie d’une nouvelle traduction assurée avec brio par Marie Surgers, qui avait reçu le Grand Prix de l’Imaginaire pour son travail sur Intrabasses. Paru en langue originale en 1996 et en France en 1998 chez Flammarion, ce texte est le troisième volet de la série Vurt débutée en 1993, mais pourrait aussi être considéré comme la dernière partie du triptyque de Lewis Carroll sur Alice, après Alice au pays des merveilles (1865) et À travers le miroir (1871). Avec cet hommage au grand maître du nonsense littéraire, Noon se révèle aussi bien plus grand public que d’habitude, moins expérimental aussi bien qu’il s’amuse encore une fois à jouer avec le langage et à aligner les mots d’esprit. Son style – qu’on pourrait peut-être qualifier de fantaisie postmoderne? – s’amuse ici avec le registre du conte pour enfants, bien qu’il ne puisse s’empêcher de mettre quelques imageries morbides et cadavres de ci de là.

En visite chez sa grand tante Ermintrude à Didsbury, dans le faubourg de Manchester, Alice s’ennuie en regardant la pluie tomber par la fenêtre et le cimetière en face la maison. Elle attend pour sa leçon d’anglais, en se demandant bien à quoi peuvent servir des points de suspension. Le perroquet Whippoorwill la nargue avec ses devinettes. Elle lui ouvre la porte de la cage et celui-ci se réfugie dans la pendule de cuivre. Alice, en allant le chercher, disparaît dans un tunnel de nombres, et fait un bond dans le futur en quittant l’année 1860 pour se retrouver dans le Manchester de 1998. Alors commence un voyage fantastique durant lequel elle aura pour mission non seulement de ramener Whippoorwill mais aussi de rassembler les pièces d’un puzzle, de résoudre une histoire de meurtres et de trouver le sens des points de suspension. Au cours de ce périple, Alice, devenue minuscule, va d’abord se retrouver dans une ordinatermitière, avant de rencontrer M. Fracaboum, un aléatoirologue mi blaireau mi homme. Sa poupée Celia est, quant à elle, devenue un terbot, une créature automatique actionnée par des termites. À la recherche du professeur Gladys Chrowdingler qui connaît les mystères du temps, Alice va alors traverser un Manchester dominé par la néomonie, une maladie qui mélange animaux et humains. Elle y croisera aussi des pianofilles, des savongarçons, un chat invisible, un homme avec un évier en guise de tête et même Lewis Carroll en personne.

Avec un rythme trépidant, on suit ces aventures sans queue ni tête et on s’amuse bien. Tout est possible ici, et Noon utilise des ressorts du roman policier, à intrigues ou de science-fiction pour nous tenir en haleine. Alice Automatique ne devient pas que la réécriture d’un classique mais un délire psychédélique et absurde qui questionne notre rapport à l’imaginaire. Accompagnée de son double automatique, Alice est elle même à la fois personnage fictif et personnage réel. Noon devient lui même personnage du récit sous le nom de Jean-François Midi, un auteur spécialisé dans les fours, les livres qui sont considérés comme ratés. On jubile devant toutes ces trouvailles, et la musicalité reste bien présente, même si un peu moins appuyée que d’habitude – Noon a un passé de musicien, ayant notamment sévi dans Manicured Noise. On trouve d’ailleurs ici une référence à Miles Davis et le free jazz pourrait bien accompagner ce trip, avec quelques bonnes doses d’acide en plus. C’est fou, ludique, sans limites et finalement très poétique. Noon, en pleine forme, encore une fois.

Alice Automatique

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