Jean-Luc Bertini et Alexandre Thiltges – Amérique, des écrivains en liberté.

07 Sep 16 Jean-Luc Bertini et Alexandre Thiltges – Amérique, des écrivains en liberté.

Ce week-end, du 8 au 11 septembre se tiendra à Vincennes la huitième édition du festival America, rendez-vous de tous les amateurs de littérature américaine. À cette occasion, vous pourrez découvrir l’exposition « Amérique, des écrivains en liberté » qui se tient rue Eugène-Renaud, le long de l’Hôtel de Ville. À l’origine de ce projet, Alexandre Thiltges, enseignant, traducteur et auteur, et Jean-Luc Bertini, photographe, qui dès 2007 se sont lancés dans un road trip, soit plus de 40 000 km à travers les États-Unis afin de rencontrer les auteurs qui ont compté pour eux.

À première vue, l’entreprise semble en tous points similaire à un autre gros livre paru en 2014 : L’Amérique de écrivains – Road Trip (Robert Laffont) de Pauline Guéna et Gillaume Binet, et c’est vrai que certains noms reviennent : Richard Ford, David Vann, Thomas McGuane… Mais au bout du compte, n’avons-nous pas tous découvert le territoire par le biais de tous ces écrits qui ont tant nourri notre imagination? Confronter l’imaginaire à la réalité par le biais du road trip tient du fantasme que beaucoup d’amateurs ont rêvé de réaliser un jour dans leur vie. Et la qualité du travail de Thiltges et Bertini tient à cette immersion totale. Nous sommes comme avec eux sur la banquette arrière du Ford Ranger. Les paysages se succèdent, des déserts aux scènes de rue, et se teintent des couleurs des photographies de William Eggleston  ou des peintures d’Edward Hopper, évoquant aussi le cinéma ou la musique.

De l’Arizona au Montana, d’Austin à Raleigh, les kilomètres défilent, ponctués par les rencontres avec tous ces auteurs, dont certains ont atteint un statut mythique, tel Jim Harrison, dont la présence encadre ce livre. C’est tout leur environnement qui est décrit. Les paysages certes, mais aussi les bars, coffeeshop ou restaurants où ils ont l’habitude d’aller. Ce caractère un peu magique et les lieux parfois isolés où ils vivent ne les empêchent pas de décrire dans leurs œuvres cette Amérique qui fait peur, celle des pauvres et des laissés pour compte, de l’injustice sociale et des armes à feu. Les romans des écrivains croisés sur le chemin sont, en effet, parfois très sombres et leurs visions terribles (Donald Ray Pollock, Chris Offutt, Pinckney Benedict…). Le sacré croise le profane, la violence rôde partout et les guerres ont laissé des traces. Le décalage entre ces univers imaginaires angoissants et ces personnages bons vivants – car nos deux voyageurs ne se privent de rien, confit de canard, porc à la sauce BBQ, pas le genre végan – est d’autant plus flagrant. On est aussi relativement surpris par le fait qu’ils s’en sortent pour la plupart plutôt très bien, soit parce qu’ils écrivent des scénarios pour Hollywood, soit en donnant des cours de création littéraire, et certains vivent dans des maisons qui feraient baver de jalousie certains de nos auteurs français au lectorat pourtant conséquent. C’est là aussi qu’on sent le grand fossé qui sépare notre culture de la leur, sans parler de cette force de volonté que partagent plusieurs d’entre eux, certains relevant presque des grands sportifs ou des athlètes (Craig Davidson, Michael Collins) alors que d’autres ont trouvé la capacité d’arrêter l’alcool et les drogues.

Le livre cherche ainsi à comprendre ce qui nous fascine tant chez ces auteurs mais aussi dans l’âme américaine en général. Pourquoi les Américains aiment tant se faire peur et ont ce goût du morbide? On s’aperçoit bien vite que tous ont décidé de se focaliser sur une région et la nature devient souvent un personnage à part entière chez eux, d’où la pertinence de ce choix d’un livre où écrit et photo se font écho. Pour chaque auteur rencontré, Thiltges aligne des données biographiques mais nous donne souvent plus à ressentir le moment partagé, l’ouvrage trouvant justement son intérêt dans le mouvement et les échos que l’on peut trouver entre un auteur et un autre, entre un décor et un autre, mais aussi dans la diversité des parcours et des métissages. En ressort une conscience de la beauté du monde et de la création littéraire, même si celle-ci ne se voile pas la face sur les aspects les plus sinistres de l’existence.

Un livre tout en contrastes, parsemé de paysages fantastiques où se côtoient carcasses de voitures, crânes suspendus, immeubles monumentaux, clochards à l’air hagard, scènes de chasse ou de bars et longues routes qui traversent l’horizon. On rencontre aussi bien James Crumley que Larry Fondation, Gary Snyder, Annie Proulx, Dan Fante, Rick Bass ou Craig Johnson, et il est bien sûr question d’écriture, mais aussi et beaucoup de la terre et des origines. Un voyage inspirant.

http://www.albin-michel.fr/

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