James Chance and Les Contortions – Incorrigible!

30 Mai 12 James Chance and Les Contortions – Incorrigible!

Voilà un disque qui assume fièrement son titre. James Chance est un cas à part, un de ces artiste hors normes dont on est embarrassé dès qu’il s’agit de les affilier à un genre, un courant bien précis. Co-fondateur en 1977 avec Lydia Lunch du groupe Teenage Jesus and the Jerks, présent sur la mythique compilation No New York, pierre angulaire du mouvement no wave, James Chance poursuit depuis plus de trente ans son chemin d’incorrigible punk. Punk ? Le terme paraît pourtant décalé dès que l’on aborde les disques du bonhomme, que ce dernier nous livre régulièrement avec son groupe The Contortions ou sous le pseudo James White. Chance pratique en effet un jazz funk  tantôt groovy ou crooner, avec cuivres de rigueur et saturé de sons vintage d’orgues Farfisa et de pianos Wurlitzer. A priori, on pourrait s’étonner de le trouver associé aux musiques sombres, mais ce serait oublier le caractère de psychopathe de Chance, égo maniaque démesuré au look de tueur en série alcoolique, et de son univers lubrique et dépravé. En maitre d’œuvre de son petit théâtre de la cruauté, il brutalise et déstructure ses compositions jusqu’à les faire se tordre de douleur, aboie ses textes glauques à la manière d’un Nick Cave période Birthday Party, insuffle un humour pervers qui crée à la fois le décalage et l’effroi. Il y avait longtemps que l’on n’avait pas entendu quelque chose d’aussi authentiquement monstrueux que cette guitare wah-wah sur ce monument d’hystérie qu’est « Pull the plug ». Et que dire de cette reprise dissonante du thème de la série télé choc Oz, dont le sujet même (ultra violence et sodomie dans une prison de haute sécurité) se passe de commentaire. On pense beaucoup à Père Ubu dans cette manière de mettre en avant à ce point la saleté et la laideur, derrière la façade de l’élégance du groove. « Terminal city » évoque le spleen urbain d’un Tom Waits avant que le morceau titre arrive et piétine froidement l’auditeur avec la tendresse d’un boucher amateur de viande hachée. Il n’est pas dit que cet album, pas plus que les précédents d’ailleurs, séduise les oreilles des gothiques les plus raffinés. Pour les autres, il constitue un jalon supplémentaire d’une œuvre monolithique, entièrement dévouée à la « fuck you attitude » d’un artiste solitaire, intransigeant, méritoire. Incorrigible ? Incorrigible !

Sébastien

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Note : 80%

Site du groupe / MySpace :

http://www.ladtk.com/

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