Jacques Barbéri – Mondocane

15 Août 16 Jacques Barbéri – Mondocane

Quel bonheur de retrouver les livres-CD de La Volte. Cette maison d’édition reste, à ma connaissance, la seule à proposer ce système de bandes originales de livres et quel délice de pouvoir se plonger dans un univers littéraire avec une musique composée spécialement pour ça. Car il faut bien le dire, ça marche totalement, et l’équipe a plutôt très bon goût en la matière. En même temps, ce Mondocane de Jacques Barbéri a été d’abord une nouvelle avant de devenir un roman dénommé Guerre de Rien (Présence du Futur, Denoël, 1990) et un album chez Acidsoxx Musicks en 2007. Entre musiques carnavalesques post-Residents, ritournelles hypnotiques à la Art Zoyd période années 80, ambiances éthyliques dans des boîtes de nuit post-apocalyptiques, valses et tangos hallucinés, réinterprétations d’airs classiques et surréalisme sonore évoquant les fantaisies de l’enfance, la collaboration entre Palo Alto, le groupe de Barbéri, et Klimperei, le projet de Christophe Petchanatz, fonctionne à merveille. Bien mieux construit et agencé que le CD paru chez Acidsoxx, la liste des titres a bien changé, plus en accord avec l’idée de soundtrack.

Mais après une première écoute du disque, penchons-nous sur le roman. Prévenons d’abord les amateurs de mondo movies, il ne s’agit pas d’un hommage au film culte de Jacopetti, Prosperi et Cavara, Mondo cane. Le titre s’en réfère-t-il peut-être simplement à l’expression italienne qui pourrait être traduite par « monde de chiens » ? Seul l’auteur pourrait nous répondre sur ce point. Le fait est que la nouvelle « Mondocane » est sa plus connue, publiée initialement dans Fausse Caméra en 1983, elle sera rééditée dans le recueil Kosmokrim (Présence du Futur) en 1985, dans Inculte 8 en 2006, dans Le Landau du Rat (La Volte, 2010) avant de figurer dans The Big Book of Science Fiction (2016) dans une version anglaise traduite par Brian Evenson et figurant aux côtés d’auteurs comme Philip K. Dick, Alfred Jarry, H.G. Wells, Kurt Vonnegut, Ray Bradbury, J.G. Ballard, Samuel Delany ou encore Isaac Asimov. Le roman, quant à lui, avait été d’abord prévu pour une collection dirigée par Joël Houssin chez Patrick Siry, les contraintes étant que le récit ne devait pas dépasser 180 pages. Malheureusement, la collection, qui avait publié des textes de Serge Brussolo ou Emmanuel Jouanne, s’arrêta brusquement. Le livre finit par paraître dans la collection Présence du Futur, mais l’auteur, frustré par une épopée limitée à un nombre de pages minimal, a décidé de remanier le texte et le développer, un peu comme ce qu’il avait fait pour la réédition de son classique Narcose (La Volte, 2008).

L’univers de Barbéri étant très cohérent, nous retrouvons ici le personnage de Jack Ebner. Il est devenu officier et avec d’autres soldats, ils se préparent à une guerre imminente. C’est un autre habitué des romans de Barbéri, Anton Ravon, qui précise que l’état de siège vient d’être décrété. Mais qui est l’ennemi ? Rien n’est moins sûr. Ingénieur en informatique spécialisé en intelligence artificielle, Jack a participé à un programme nommé Guerre et Paix. Cryogénisé, Jack se réveille sept ans plus tard, cinq ans après la fin de la guerre. Entre temps, la Terre a beaucoup changé et il doit réapprendre à vivre dans ce nouvel environnement, un monde de sauterelles géantes, d’araignées-caméléons, de scorpions-caoutchouc, de kangourous des sables, de corps soudés anarchiquement, d’hommes-bouteilles et d’exosquelettes. En cherchant à comprendre ce grand cataclysme et ces mutations organiques suite à des programmes chirurgicaux trafiqués par les intelligences artificielles, Jack va croiser tout un tas de personnages insolites tout en plongeant dans les profondeurs de la Terre. Il recherche sa muse, le lieutenant Karen Milford, dans ce contexte instable où même les habits peuvent prendre possession des corps. Parviendra-t-il à trouver l’amour ? Percera-t-il le mystère des hommes-bouteilles ? Comment sauvera-t-il la planète de ce nouvel ordre mondial qui se divise en deux races, ceux qui acceptent les mutations et les autres, les inadaptés ?

Visions surréalistes, humour noir, délires gore et cronenbergiens, tout l’imaginaire de Barbéri est rassemblé ici. La profusion des personnages en fait, à notre avis, pas un de ses meilleurs. Mais qui va se plaindre ? Barbéri est un joyau de la science-fiction à la française, sans aucun équivalent, et ses romans-bestaires, malgré leurs aspects complètement barrés, sont des divertissements jouissifs de bout en bout, des concentrés de délires pour notre imagination. En voyant les superbes illustrations de Jef Benech’ et Philippe Sadziak, on se prend d’ailleurs à rêver qu’un jour un illuminé du cinéma d’animation se lance dans une adaptation visuelle, où se matérialiseraient ces corps avec des sexes qui sortent du front ou avec des mains plantées dans le crâne. Car au bout du compte, le seul artiste auquel un récit comme Mondocane peut faire penser est bien Roland Topor et ses dessins poético-organiques.

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