Ichtyor Tides – En-Brunsia

25 Juin 17 Ichtyor Tides – En-Brunsia

Avouons-le et discutons-en : il y a une part de petit plaisir malsain renouvelé lors de la découverte d’un album d’Ichtyor Tides…

On sait que cette nouvelle cassette éditée par Already Dead Tapes sera sans doute épuisée au moment de la parution de la chronique. On sait que sur terre, nous ne sommes que très peu à l’avoir, guère plus à écouter gratuitement sur un bandcamp la musique produite par Ichtyor Tides. Il y a là un plaisir de happy-few, bien rétro, qui nous incite à penser que nous détenons un secret que bon nombre des lecteurs ne partagent pas ou ne voudront pas partager.

Trop de disques qui sortent, une musique sans emphase et sans structure classique, une musique qui fait s’interroger, quand bien même « Holgaze » démarre tout en douceur. Placer des mots sur ces sons, « écrire sur la musique, c’est comme danser sur l’architecture. C’est quelque chose de très stupide » (c’est pas de moi, c’est du comédien Martin Mull) : mission impossible ou bien décalage total.

On prend donc le temps et le moment de savourer, égoïstement, ces nouveaux paysages. C’est comme si on se sifflait seul une bonne bouteille concoctée maison – la liqueur de cassis de 1982 ou bien le vin de feuilles de cerisier cuvée 2005…

Il y a de l’ivresse désormais avec cette pratique onaniste : même si nous sommes trois au minimum à la goûter (l’artiste, le label et moi), on en revient à une pratique solitaire trippante dans laquelle chacun de nous projette des choses relativement différentes.

Car tout se joue là, dans cette première écoute, avec Ichtyor Tides : en effet, réécouter un album, c’est le vivre de nouveau, c’est chercher à retrouver une expérience très forte. C’est peine perdue car autre chose vient, une mise en perspective avec ses autres disques, la retrouvaille de motifs entendus. L’effet de surprise est primordial, il est expérience unique.

Le voyage débute vraiment avec « Termidhor » et son final qui se concasse progressivement, débusque des sonorités de toy-music et même un rythme enregistré. Tout comme pour l’interlude « Attreis », les titres des morceaux légèrement cabossés possèdent leur part de rêve. Ainsi, pour ce « Termidhor », on songe au mois du calendrier révolutionnaire français de Thermidor dans lequel « la chaleur tout à la fois solaire et terrestre (…) embrase l’air de juillet en août » ; « Attréis », lui cumule la famille Atréides du roman Dune, et Attis, la divinité phrygienne. Ces lettres et sons découpés sommairement, reconstruits, révèlent aussi quelque chose de la manière d’Ichtyor Tides : la volonté de ne pas sonner français ou anglais ou d’une quelconque langue réelle ; le désir d’éveiller des échos singuliers chez chacun de nous ; les tentatives de faire sonner les signifiants pour eux-mêmes.

« Stroir » se fait sombre. Derrière ses saturations, une nappe de synthés crée une mélodie ; laquelle s’achève brusquement, sur un point d’interrogation, juste avant une prise de parole troublante, sans fond musical, en français ! Double sens du verset, entre gémellité et maladie. Ichtyor Tides se renouvelle et surprend. « Vonal sync » est placé au centre d’une pièce en pleine activité, un va et vient permanent de petits robots déplaçant des tôles, tandis que des parasites grouillent autour du micro. Au loin, quelques grondements. Le hangar est grand, sans doute étouffant et moite. Ailleurs, dehors, ça a l’air pire encore…

« Nofo » est un écho au voyage précédent (l’album Antapices Qadrant) : des bruitages semi-aquatiques, des sons triturés pour évoquer des pépiements d’oiseaux. C’est la continuité dans une approche synthétique qui se fait organique, un field-recording d’éléments sonores générés par des machines qui prennent vie et créent l’illusion (le concept clé de Mortisle Elytrion en 2012). « Brohnne » est également une plongée dans l’eau, son ressac et ses vagues de grand fond. Enfin, après quelques titres ancrés, c’est « Brycield » qui ferme le disque en ouvrant grand des fenêtres sur un horizon épuré. Les nappes drone se font plaisantes, planantes, des oiseaux passent, un vent venu du large appelle à l’évasion. La dureté des chocs est laissée de côté, nous avons droit à un bonheur paisible, celui gagné après un voyage semé d’embuches.

Album après album, Ichtyor Tides crée un univers multiple, fait de paysages variés, d’ambiances radicalement différentes. Sans paroles (ou presque), sa musique donne vie à un foisonnement qui a tout du divin extirpé de la mécanique.

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Tracklisting :
01. Holgaze

02. Termidhor

03. Stroir

04. Attreis

05. Nofo

06. Brohnne

07. Vonal Sync (arr^été fin)

08. Transiit

09. Bricyeld

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Note : 80%