Ichtyor Tides – Antapices Qadrant

13 Fév 17 Ichtyor Tides – Antapices Qadrant

Ce qui est bien avec cette scène des K7, c’est qu’on ne sait pas vraiment pour qui ou pour quoi on chronique un album. Les soixante-dix exemplaires sont à l’heure actuelle presque tous vendus. La revente est pour l’heure peu développée. Le genre musical, plutôt austère pour beaucoup, ne permet guère d’anticiper sur une réédition. Alors, on fait un retour pour eux, pour inscrire ce disque dans un parcours. Fondamentalement, je pense aussi que ces sorties marqueront leur empreinte dans les dix-quinze ans à venir quand elles seront recyclées par d’autres courants. Heureusement, il y a les bandcamp des artistes et des labels…

Ce nouveau long format d’Ichtyor Tides présente six titres plus coulants que précédemment, plus soudés les uns aux autres. Le field-recording est très présent et du coup, on entend des bruits liés aux conditions d’enregistrement-diffusion-construction des morceaux. Une sorte de trappe s’ouvre sur « tr.end », ce sont aussi des sons liés au lancement des bandes ou des logiciels (déplacement du corps de Nikola?) sur « revnir », enfin la turbulence liée à l’utilisation de l’outil instrument ventouse sur « synctuer ». Ces troubles rendent palpable la présence humaine, le studio d’un côté et l’ailleurs inventé par les sons diffusés et joués.

Ces bruits d’enregistrement forment alors le cadre intérieur du véhicule marin dans lequel nous effectuons ce voyage. Les cris des mouettes interviennent régulièrement tandis que des drones avec résonances métallique (comme de cloches ou de bourdons) prennent la place (« tr.end ») et que le clapotis de l’eau nous suit.

L’écho de moteurs dans l’eau, des sirènes synthètiques sci-fi des années 70 qu’on capte au loin, des volutes de chants et peut-être des appels, des paroles d’enfants et une jolie harmonie finale sont notre contact avec l’extérieur (« revnir »). Un peu comme si nous cabotions le long d’une côte irradiée, celle de Mortysle Elytrion, sorti en 2012 et bien plus marqué par les parasites.

L’aspect performance se taille la part du lion : ce voyage se met à exister du fait des actions humaines. Les titres donnés apportent eux aussi leurs propres significations, abondant dans les jeux de mots et les rapprochements sonores : la fin au début, le revenir , le sanctuaire ou le saint tué, le phénomène et le trip de la mort… L’album est comme un concert enregistré. Le bruit de ventouse et la configuration des nappes ajoutées et retranchées créent un semblant de mélodie sur « synctuer » : cela aide à imaginer l’esquif sur lequel on est embarqués. Un rare morceau spirituel éclaire la fin de la face A avec « rendition plant » : un énorme bruit de clavier prog-kraut, un jeu de latéralisation qui donne de la profondeur, l’irruption de sons graves en flux et reflux, un volume en croissance, des volutes et excroissances ; ce serait les trois minutes de sommeil paradoxal du navigateur. La rencontre avec les autres intervient alors dans la dernière partie du périple : « scorcic phnomen ». Celui-ci démarre sur un fond déjà chargé, un brouillard de particules, une somme de perturbations dans les aigus : des couinements d’animaux ? Des larsens micro-synthétiques ? C’est le retour des sources parasitées habituelles chez Ichtyor Tides tandis qu’un rythme s’installe sur des raclements pour une mécanique digitale inquiétante. L’agression se poursuit sur « moortrip » et sa note gothique, avant une sorte de note « flûtée », comme passée dans un bambou ; les grésillements se font plus proches, raclent contre la parois de l’embarcation : ça cherche à entrer. La dimension claustrophobique est bien rendue, avec un petit côté Neubauten expérimental de 1981. Des bribes d’échanges oraux nous parviennent tandis qu’on guette comme le narrateur du Terrier de Kafka. L’ouverture soudaine du son fait disparaître tout le reste, c’est une bulle d’énergie que nous avons sans doute activée, laquelle repousse et nous protège. L’odyssée se poursuit alors avec le glissement saccadé de l’eau contre les parois et le grincement normal du matériel sous l’influence de la houle…

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Tracklisting :



01. tr.end

02. revnir

03. rendition plant

04. synctuer

05. scorcic phnomen

06. moortrip

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Note : 80%

Site du groupe / MySpace :

https://ichtyor-tides.bandcamp.com/

http://cosmicwinnetou.blogspot.fr/2016/12/cw37.html

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