Happiness Project – Big Cities EP

17 Mar 18 Happiness Project – Big Cities EP

Le nom Happiness Project trompe l’œil. Ces gens suggèrent, ménagent leurs effets. Planqueront, au pire. Si tu joues au chat, sois bon : les souris courent vite.

Le trio peut coucher un son sautillant, mais parcimonie dicte sa manière d’épicer son electro. Cette synth-pop de Centre-France, il faut le dire, n’est pas novice : elle a déjà exposé étrangetés avec l’album 9th Heaven, mais aujourd’hui est un autre jour. Les nouveaux travaux présents sur l’EP Big Cities, prédécesseur d’un nouveau format album (à venir courant 2018), fixent un clair-obscur subtil et moins direct. Il nimbe une électronique épurée, souvent hypnotique. C’est la marche somnolente de « Darkside Baby Doll », dont le texte pris au premier degré, pose le mystère de cette autre : la question de son ressenti, de ce qu’elle nous donne à saisir d’elle.

En réalité, les aspects les plus affirmés, frontaux de l’écriture arrivent en premier. Toujours débuter un disque par un moment fort. Le titre phare, censé donner l’aperçu le plus concret du prochain album, fixe la musculature la plus évidente et froide de Happiness Project : la voix de Frédéric Tuyeras, toute en retenue, imprègne de spleen un beat aux reflets EBM, harmonie d’ensemble qui offre sans doute l’aspect le plus spectaculaire de cette nouvelle collection. Et c’est sur ce « Big Cities » éponyme que s’est fixé, peut-être, le son electro le plus physique et envoûtant ayant jamais servi le trio. La production additionnelle de JB Lacassagne (Dekad) et Member U-0176 (Celluloide), ajoutée au mix de Laurent Cristofol, signent une réussite : cette pulsation, de noir et de chrome, vous sonde. Écoutez ce premier titre à fort volume, et revivez l’expérience à travers le remix final. Saisissant : ils sont dans la pièce avec vous, et tout coule de source.

« A World of Mutation » – #2 – Photo : Emmanuel Prevot [source : HP official FB, 2018]

Mais tout n’est pas évidence. Tout n’est pas dans cette pulsation maîtrisée, cette frappe que rien ne donne l’impression de pouvoir stopper.
Big Cities est un disque ambivalent, laissant une trace mélangée : Happiness Project est certes capable d’imposer style, de frapper. Pour autant, il ne limitera pas son exposé à un champ d’immédiateté. Le premier titre a agi en trompe-l’œil. La suite est chemins détournés voire dérobés, qui pris tour à tour déjouent les projections.
Le maxi est lieu rêvé pour loger les dimensions moins directes de l’art, c’est un format de la fantaisie – et au regard du présent menu, le groupe ne s’est pas privé du plaisir. Un art du bricolage se fait donc jour ; et à travers notamment les remixes des futurs originaux (à découvrir plus tard), l’EP dessine une imprédictible oscillation (« Mutation »).
C’est un disque parfois cryptique, charnel ailleurs. Une promenade en accidents. Et puis il y a la dimension féminine de HP, qui se note une nouvelle fois : elle s’affirmera dans les roboratives tournures de « Tell me more » (lui aussi présenté sous la forme d’un remix), second titre sur lequel le trio abat la carte d’une efficacité pop et froide.

En prélude à la sortie de son troisième opus, Happiness Project cultive la singularité d’un art sensible, libre et maitrisé. Affichant inspiration, il creuse aussi un peu plus loin le sillon d’étrangeté pop et synthétique qui fait de lui une marque à part, épice douce dans le catalogue très typé de BOREDOMproduct.


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Note : 75%

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