Gary Numan – Dead Moon falling

02 Jan 13 Gary Numan – Dead Moon falling

Il hante le paysage, le vétéran de l’electro mû en pape du rock expé (« industriel », disent quelques geeks 90’s oublieux de Throbbing Gristle, lesquels ne faisaient assurément pas du rock).
Certes, il a pris ses distances (en dehors de certaines performances live spéciales) avec le dénuement synthétique de ses premières productions. Certes encore, il a pris la tangente d’un modernisme froid, rock oui, si on veut, mais assurément du plus bel acabit. Trent Reznor est fan depuis toujours et si on ne le savait pas, et même si on le sait, il devient malaisé ces jours-ci de dire lequel, de l’un ou de l’autre, exerce influence sur son compère. Ces deux bêtes se regardent, et rechapent leurs faïences respectives par une curieuse technique d’écho.
Numan a gagné le rock, oui. Le processus créatif n’est-il point antinomique de toute stagnation ? Quoi qu’il en soit, ses albums ne cessent de creuser le sillon d’un rock aux visées technologiques, ou inversement, d’une technologie apprivoisant le rock voire le metal. Mais ses œuvres originales ne sont pas les seules à opérer cette fusion d’electro et de guitares. Une discographie « parallèle » s’en charge. Disques live, compilations d’inédits et de remixes. De nombreuses références en ces domaines chez notre sujet.

Dead Moon falling, nouvelle collection de remixes et d’inédits, a offert fin 2012 un exemple supplémentaire de la force de vision qui anime Numan et son entourage. Car il s’agit bien de cela, en l’occurrence. Un entourage précautionneux, inventif mais respectueux. Tous les protagonistes ayant mis leur grain de sel dans cette compilation de remixes ont réinventé avec plus ou moins d’audace les originaux, mais ne se sont jamais trop éloignés de ce qui fait la force de l’univers : grain technologique, structuration sous forme de chansons, hypnose froide et magnétique, mise en valeur de la voix au cœur du mix (traitée plus que réellement traficotée sur l’ensemble de ces versions alternatives – au remix près de « Big Noise Transmission » signé Tim Burgess, qui ouvre les hostilités).
Oui, Dead Moon rising s’inscrit réellement dans la continuité de l’œuvre récente, même si cette collection de travaux ne ressort pas de la seule responsabilité du compositeur et de son complice des dernières années, Ade Fenton. À l’heure où l’on attend toujours le prochain « vrai » album Splinter, inutile de dire que ce teaser grand format ne fait qu’aviver encore les appétits le visant.

Comprenant une série de remixes du récent album Dead Son rising (à savoir une collection de travaux originaux difficile à accoucher mais plutôt réussie), mais aussi une collaboration originale avec Andy Gray pour le morceau « For You » et le single « Petals » réalisé avec Officers (fort bien reçu par les marchés, à juste titre à notre avis), Dead Moon falling s’inscrit tout d’abord dans une appréciable unité de ton et le son est réellement magnifique (froid étranglement sur le lent et synthétique « Dead Moon falling », très N.I.N. dans les harmonies et textures de son dernier tiers).
Les versions alternatives créent pour la plupart une atmosphère poisseuse et abyssale, sans vraie rupture. Robotisme poussé sur « We are the Lost (Gazelle Twin remix) ». Indus-rock de facture actuelle et enrichi à l’acoustique, à la Reznor, sur « When the Sky bleeds, he will come (Tweaker Ray remix) ». Infrabasses à vous tétaniser et détails à la N.I.N., encore et encore (boucles dérangeantes au milieu du spectre) sur « Dead Sun Rising (Grayed out mix) ». Carton plein, ou pas loin. Sur « For You » (le morceau orchestré avec Andy Gray) puis le single et inédit « Petals », qui concluent ce volume par ordre chronologique, la musique de Numan est dans une absolue magnificence, une typologie progressiste. Quelque chose qui s’incarne tout en réinventant. « Petals », en particulier, assied une irréprochable mécanique : la rythmique boucle un electro-rock froid plus que sévère, Numan y redéployant tout l’attirail de l’oppression. Il conclut alors sur une note plus que prometteuse un volume sonore qui, en dépit de sa bâtardise, progresse en flux continu.

Dans la dynamique de collaboration qui le nourrit, chère à Gary, Dead Moon falling a reprogrammé le givre de l’album studio originel tout en en faisant autre chose – mais il n’en est pas le négatif, contrairement à ce qu’aurait pu faire croire son titre. Car au cœur de tout, reste enfin et surtout cette voix reconnaissable entre mille. Son inusable texture medium et légèrement acide, vibration du tourment incluse, fait lien et ramène tout vers elle. Avec Gary Numan, même les albums de remixes ne sont pas ces choses qu’on devrait pouvoir ranger « dessous ». Ils dressent l’autre portrait d’un interprète atypique, et leur morphologie fait le spectacle.

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Note : 75%

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