Freddy Whiteball – Tales from the Whiteball

19 Avr 18 Freddy Whiteball – Tales from the Whiteball

Quand certains vénèrent la boule noire n°8, Freddy Whiteball (boule blanche ?) avec sa bille de clown (ah, il est chauve) n’en fait qu’à sa tête : après plusieurs aventures en groupe ou à deux, le voilà désormais seul pilote pour ce premier album sous son nom. Ouverture avec une belle pochette au dessin (signé Mickaël Bonfill) – que ne renieraient pas le maître du genre psycho, le grand Peter Paul Fenech (mais si : The Meteors) – qui lance les hostilités : l’habituelle villa sublimée par Psycho, les traditionnels arbres à mousse espagnole, la pleine lune consacrée… mais c’est Freddy lui-même qui joue les bandits en s’éclairant le visage par en-dessous, guitare à la main. Une guitare mise en œuvre dès l’introductif « The Peeper », envolée mélodique servie par une voix bien nasillarde et des enregistrements de voix de copains qui complètent la piste fantomatique. Un morceau simple dans sa fabrication, malgré les superpositions de guitare, mais très bien pensé pour un effet immersif immédiat.

Les corbeaux maudissent cette musique du diable, un blues crépusculaire, survivant à notre époque dans son essence sur ce disque, pour des titres dépouillés, dont il ne restent que des os blanchis à mâchonner. Nul doute que le molosse Freddy a grandi avec ces sons dans la mâchoire et qu’il ne fait pas semblant. C’est quelque chose qui le hante, une sensation évidente à l’écoute du classique « Ghost in a Desert ». Sa voix se fait plus forte, se souvenant de l’énergie des chanteurs grunge des années 90 (Pearl Jam, Soundgarden), modulant peut-être un peu trop un chant qui n’a pas besoin de tant de démonstration. Le simple souffle chanté qui intervient au milieu du titre, puis le final plus enlevé révèlent tout de Freddy : s’il joue et chante (ou empoigne son harmonica), ce n’est pas pour passer le temps, mais parce que c’est vital. Le dernier titre, plus dépouillé, l’emmène un temps vers le Tom Waits affranchi de ses tournures ludiques, pour un morceau beau et mélancolique (« Karma’s Bastard »), une sorte d’hymne de fin de concert…

Le retour sur le premier amour des « 90’s » se fait tendre, secondé par des chœurs féminins en belles plaintes modulées. La présence féminine prend une belle ampleur avec le duo de « It will be born so bad » ou une Fanny « El Diablo » assure le lancement et les derniers vers ; un meilleur partage des temps forts sera guetté pour la suite tant les deux voix peuvent ici se compléter (chaleur versus ironie, teinte claire versus rugosité).

Le très beau « Frankenlove » joue de la mort et de la jouissance, sur des paroles en français. On songe alors à la douceur précise d’un Charlélie Couture dans la façon d’aborder avec délicatesse et un humour décalé les relations humaines. La narration va dans le gore, sacrifiant au genre ses métaphores d’amour maudit et de hache dans la poitrine…

Enregistré et produit dans les studios du label FatCat par Laurent André, le son de la guitare est parfaitement capté, la résonance du bois est chaude, les cordes gardent leur cristallin, avec la voix en léger second plan, cette distance permet de conserver le mordant sans perdre les détails (« 90’s »). « Ass Kicker » voit même Freddy jouer avec des intonations de pop dans ses aiguës pour un résultat sympathique qui contraste bien fort avec des paroles une nouvelle fois bien rugueuses. Ce titre est le plus travaillé en termes de pistes, avec ses multiples solos (guitare, harmonica), ses rythmiques enthousiastes, le doublement par un banjo et la joyeuse explosion finale. Peut-être un peu trop, ou alors par envie de tester une ampleur plus grande.

En fin de compte, c’est le – relatif – minimalisme de l’exercice acoustique qui renouvelle les trépidations d’une contrebasse et les saturations des guitares ; là où Freddy joue l’amusement humble et le pittoresque en concert, il y a désormais un véritable artiste à découvrir.

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Tracklisting :
01. The Peeper

02. Ghost in a Desert

03. Frankenlove

04. 90’s

05. Ass Kicker

06. It will be born so bad (avec Fanny « El Diablo »)

07. Karma’s Bastard

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Note : 77%