Frans de Waard – This is supposed to be a record label

19 Août 16 Frans de Waard – This is supposed to be a record label

On connaît les livres graphiques des éditions Timeless et les liens qu’ils entretiennent avec les musiques industrielles, électroniques, noise, néofolk et expérimentales. Au fil des ans, l’éditeur toulousain a pu nous faire plonger dans l’art d’Andrew King, Val Denham, Peter Christopherson, John Balance, Zorin, Mirka Lugosi… Des noms qui résonnent pour les amateurs. Aujourd’hui, une nouvelle étape est franchie avec le premier livre Timeless composé entièrement de mots. Oui, il s’agit bien d’un recueil de souvenirs écrit par Frans de Waard sur ses années passées au sein du label et du magasin néerlandais Staalplaat. Alors, attention, je préviens d’emblée, le livre est écrit en anglais donc seuls les lecteurs français bilingues pourront en profiter. C’est bien dommage, mais la réalité du marché fait que la plupart des lecteurs de la maison d’édition sont anglo-saxons. Cela ne nous empêche pas de soutenir une démarche sans autre équivalent en France, qui nous permet de découvrir des univers artistiques toujours passionnants.

Si le label Staalplaat a commencé en 1982, appuyant sa réputation sur le gratin de la musique industrielle de l’époque (NON, Sleep Chamber, Nurse With Wound, Current 93, Laibach, Nocturnal Emissions, Etant Donnés, The Hafler Trio, Club Moral, Chris & Cosey, etc.), le récit débute bien plus tard, en 1992, quand Frans de Waard est employé pour créer une base de données pour la magasin jusqu’à son départ en 2003. De Waard précise qu’il ne s’agit pas d’une histoire du label mais plus de ses souvenirs quant au fonctionnement de la compagnie. Lui même se décrit comme un écolier qui tout à coup s’est retrouvé dans une position privilégiée au sein d’un des labels les plus connus de la scène expérimentale de l’époque. Il se rappelle la première fois qu’il a entendu le mot “punk” à douze ans, et sa découverte du mouvement Ultra (équivalent néerlandais du post-punk), des fanzines et de la scène cassette. Une nouvelle sous-culture s’ouvrait à lui et il est tombé à pieds joints dedans. L’esprit do-it-yourself l’inspire alors à devenir un musicien expérimental avec son projet Kapotte Muziek en 1984, à créer son propre label Korm Plastics, à lancer un fanzine Vital Weekly qui existe encore à ce jour et à publier à l’âge de dix-huit ans un catalogue répertoriant toutes les sorties sur format cassette parues aux Pays-Bas.

Le vrai fondateur du label était Geert-Jan Hobijn, entouré aux magasins de tout un tas de personnages et de volontaires. Rick, Jock, Ciro, Ian, c’était toute une petite équipe. Pourtant, Frans se retrouve vite seul au magasin à gérer les clients, les voisins, les féministes furieuses de voir du Master/Slave Relationships ou du Women of the SS dans la vitrine et à répondre au téléphone. Il revient ainsi sur les nombreuses célébrités qui sont passées à la boutique, de Faith No More à Lydia Lunch, en passant par Mick Harris, Sonic Youth, Autechre, Deutsch Nepal ou bien sûr la locomotive du label : Bryn Jones de Muslimgauze. Malgré la profusion d’anecdotes, on apprécie le second degré de l’auteur, qui se fait passer pour un gars bourru et pas très sympa. Un peu comme dans le roman Haute Fidélité (1995) de Nick Horny, qui nous parlait du quotidien d’un disquaire, Frans nous dévoile tout le fonctionnement du label, sa politique en termes de démos, ses relations avec les distributeurs, l’art du packaging, les déboires juridiques avec la Stemra, équivalent de notre Sacem, etc. Mais Frans est aussi un filou, profitant de son statut pour harceler les labels pour qu’ils publient sa musique, ou tirant un bootleg de Throbbing Gritsle avec sa nouvelle machine à créer du CDR alors que le groupe était en licence avec Mute, propriété d’EMI.

Les vignettes et épisodes se succèdent ainsi. Il y est question bien sûr de la fameuse série Mort Aux Vaches en collaboration avec la radio nationale VPRO (projet auquel Hafler Trio n’a pas voulu collaborer à cause du titre contraire à leur éthique végétarienne), d’une compilation de reprises de la fameuse pièce silencieuse de John Cage “4’33” et surtout de l’ambiance qui régnait dans le magasin. Alors qui est-ce que ça intéresse qu’un des musiciens de Clan of Xymox se propose pour Staalplaat après avoir été évincé de 4AD ou qu’Eugene Chadbourne soit un des musiciens les plus sympathiques à être passé à la boutique? L’intérêt ne semble pas être là mais plus dans ce catalogue d’erreurs que l’on peut commettre quand on est dirigé par la passion et qu’on ne connaît pas grand chose au business. Du coup, le livre, avec son ton un peu moqueur, nous a fait indéniablement penser à celui de Peter Hook, L’Haçienda, la meilleure façon de couler un club (Le mot et le reste, 2012), que ce soit dans le ton ou même dans le contenu. Car il y a avant tout de l’humour ici. Il suffit de se reporter à un des appendices qui collecte toutes les réponses les plus abracadabrantes données à des interviews. Ces annexes apporteront des informations plus sérieuses pour les fans du label : liste des parutions, interview de Geert-Jan Hobijn, articles sur Muslimgauze mais aussi un Top 10 des disques les plus recommandables du label selon Frans de Waard. On ne pourrait se lancer dans un name dropping mais il y est question entre autres d’Autopsia, Illusion of Safety, Controlled Bleeding, Esplendor Geométrico et de nombreuses formations majeures.

Le livre étant une édition limitée (300 copies), bénéficiant d’une très belle couverture d’Erik Kriek, nous ne pouvons que vous inciter à vous dépêcher si le sujet vous intéresse. A signaler qu’à défaut de photographies de groupes, on trouve quelques clichés du quotidien du magasin. Pas très glamour mais bien dans l’esprit du livre.

http://www.timeless-shop.com/

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