Evi Vine – Black Light White Dark

23 Fév 19 Evi Vine – Black Light White Dark

Le curriculum vitae de la Londonienne Evi Vine accuse réception d’une reconnaissance des pairs, laquelle s’est affermie au fil des ans. Engagée depuis plusieurs années dans une carrière solo, Evi est apparue aux côtés des grands, et ce dans plusieurs cadres : en studio par exemple avec les gens de The Eden House (projet de Stephen Carey et du bassiste de Fields Of The Nephilim, Tony Pettitt, mettant en valeur les voix féminines dans un cadre musical planant et éthéré) ; mais sur scène aussi : aux chœurs notamment pour les dernières dates live de The Mission, qu’elle servit en studio pour le bel Another Fall From Grace (2016). Début février 2019, elle ouvrait pour Brendan Perry (Dead Can Dance). C’était à Paris, au Petit Bain.
Son nouvel album solo, Black Light White Dark, comprend son lot de surprises et de gens aguerris : Simon Gallup (The Cure), Peter Yates (guitares – membre de la mouture originelle de Fields Of The Nephilim), Martyn Barker (Shriekback, Marianne Faithfull, Goldfrapp), Geraldine Swayne (Faust). Fruit de cette conjonction des forces : un ensemble subtilement puissant et noir, constituant certainement ce que Vine a fait de plus immersif et émouvant depuis ses tout débuts.

Entourée de ses compères Steven Hill, Matt Tye et David ‘GB’ Smith, Evi délivre une collection d’ambiances hypnotiques, porteuses de la même délicatesse que ses précédentes productions : deux albums (… And So The Morning Comes [2011] et Give Your Heart To The Hawks [2015]), faits d’une mystérieuse harmonie.
Mais Evi et son groupe actuel, rénové dans sa section rythmique, trouvent supplément de chair et ouvrent profondeur de champ inédite avec ce troisième volet studio. Une profondeur de champ voulue, résultat d’une chimie atteinte par ces musiciens au fil des jams ayant précédé l’enregistrement. Arrivant en studio, ils étaient prêts à jouer en conditions live, à envoyer à la table de mix la source qu’ils produisent sur scène… ce qui ne fut pas le cas des deux enregistrements précédents, enregistrés à la maison en mode DIY.

Evi Vine 2018 © Paul Harries [source : Evi Vine official FB]

Black Light White Dark comprend six morceaux pour presque quarante minutes de musique. Deux pièces imposantes (« Sabbath », neuf minutes, et le final « Sad Song n°9 », presque douze), le reste se tenant dans des formats plus courts sans que pour autant, vous puissiez vous attendre à de classiques « chansons ». Vine et ses musiciens sont dans un registre de texturation progressive et d’exposés fantomatiques. Les références afflueront forcément (4AD, Cocteau Twins, Portishead, Marissa Nadler, This Mortal Coil) mais les faire apparaître n’est que mettre en appétit, et certainement pas dire ce qu’est cette musique. Qu’est-elle, d’ailleurs ? Un voyage, une intériorité : les climats sont noirs et sensuels, ce dont témoigne justement « Sabbath », premier extrait choisi pour présenter l’album. Sur ce morceau est intervenu Simon Gallup (The Cure) pour des basses linéaires et pesantes, et qui rappelleront foule de souvenirs aux amateurs du son des premiers albums de Smith & co. Peter Yates est là aussi.

Ce titre est à l’image du reste : un mélange paradoxal de spatialité dans le son et d’intimisme dans l’intention. C’est une musique de l’intérieur. Evi ne craint d’ailleurs pas d’aborder la douleur personnelle, l’absence de perspective et la fragilité ultime. Le suicide fait partie du voyage, et c’est « My Only Son ». Un fruit est à tirer de la douleur, et Evi ne projette en l’occurrence ni un fantasme ni ne conte fiction : réalité personnelle est sous-bassement du titre, qui trouve ses origines dans la disparition d’un proche – et la culpabilité, parfois, de ceux qui restent après. Une présence flotte dans l’air.

En studio, Evi & co. n’ont que très peu recouru aux overdubs. Ainsi qu’ils le disent eux-mêmes (en substance), « ce que tu écoutes est ce que nous avons joué ensemble, réellement ». C’est là, sans doute, l’une des clefs de voûte de ces charpentes sinueuses.
La voix d’Evi, pleinement mise en valeur, ère dans des paysages nocturnes. Elle ne ment pas (« My Only Son »). Le groupe est minimal dans son approche, maximaliste dans son effet : construisant à partir de peu d’éléments, il échafaude avec précaution une grande musique ne nuit. C’est immersif, cinématographique, pénétrant. La lenteur et l’économie des percussions (la section rythmique, quoique incorporée depuis seulement deux ans, est d’une saisissante maturité) sont plateforme sur laquelle s’étale le mystère, jusqu’à s’éparpiller en bulles cosmiques (« I am the Waves »).
Enregistré aux studios EchoZoo (Eastbourne, Londres) par by Phill Brown (déjà à l’œuvre sur le cru 2015, et par ailleurs ancien collaborateur de Led Zeppelin, David Bowie ou Talk Talk) et produit par David Izumi (Ed Harcourt), Black Light White Dark n’est, pas plus que les précédents, un travail à catégoriser. C’est une musique émotionnelle, délicate, capable d’épaississements et de bruit sourd. Une musique sans format et pour laquelle le temps est un espace à occuper. À l’instinct.

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