Eric Duboys – Les terminaisons nerveuses

09 Sep 16 Eric Duboys – Les terminaisons nerveuses

D’Éric Duboys, on connaît tous les volumes encyclopédiques qu’il a écrits sur la musique industrielle. Avec son premier roman, le virage est à 180 degrés. En effet, Les terminaisons nerveuses est ce que l’on pourrait nommer de l’ « auto-fiction ». Je sais que le terme fait déjà grincer des dents tant le genre inonde depuis des années les rayons de supermarché avec son déballage de linge sale, son obscénité de l’intime et sa forte tendance à la psychothérapie couchée sur le papier. Le livre d’Éric Duboys est quand même bien au-dessus du reste, ne serait-ce que parce qu’il ne tape pas dans le sensationnalisme parisianiste mais se contente  de raconter une famille paysanne sur trois générations, une famille qui pourrait être n’importe quelle autre pour toutes les personnes issues de la même condition sociale. L’auteur lui même observe les vieilles photos de famille avec distance. Construite en trois parties, cette « anti-saga familiale » (ironiquement introduite par une épigraphe de Faulkner) tire sa force de son réalisme quant à la description de la vie rurale mais aussi de par cette transition des mentalités qui s’est opérée en quelques décennies, dont la modernité absolue pourrait être des termes comme « dépression » ou « divorce » bannis pendant des années dans ces communautés.

Les personnages sont ceux que l’on a tous sûrement eus dans nos familles : le pépé austère et un peu effrayant, l’oncle vierge à l’âme trop sensible, la vieille cinglée qui aime bien se mettre à poil, l’agriculteur qui s’abrutit au travail, la tante qui a le feu aux fesses et tous ces couples qui ont espéré que l’amour viendrait un jour mais celui-ci ne s’est jamais pointé. Sauvages, ces fratries vivaient souvent en autarcie, ne se mêlant pas trop aux autres, et ont vécu non seulement l’arrivée des nouvelles technologies mais la fin d’une époque annoncée par l’arrivée des complexes agricoles au rendement industriel.

Le grand thème du livre reste avant tout l’ennui. Ici les gens sont seuls, se créent leurs propres règles sociales, basées sur des non dits et des névroses qui pour certains finiront par les achever. La solitude peut rendre fou, et celle ci est d’autant plus destructrice quand elle se vit dans le cadre du couple ou de la famille. Remords, mauvaise conscience, alcoolisme, femme battue, maladies, suicides, le roman de Duboys n’en développe pas moins des thèmes sombres mais traités avec un naturalisme, qui pourra rendre cette lecture parfois ardue. Pas de transcendance ici, pas de poésie pour échapper au réel, l’observation y est documentaire. On peut presque visualiser ce bled qui se nomme les Blaches, là où Eric a grandi en jouant avec les poules, sa sœur étant bien trop âgée pour devenir une amie ou confidente. Cet environnement déprimant et sans espoir apporte une certaine tristesse au récit. Malgré cette mise à nu de l’intime, et les codes du genre « auto-fiction », le roman comporte de grandes qualités et, au bout du compte, qui a vraiment parlé de cette France profonde jusqu’à présent avec un point de vue presque anthropologique?

http://lacleamolette.fr/

2016-06-27_terminaisonsnerveuses

Be Sociable, Share!

Tracklisting :
Be Sociable, Share!























Tweet

Note : 70%

Site du groupe / MySpace :

http://lacleamolette.fr/

Be Sociable, Share!

Laisser une réponse