Elysian Fields – Pink Air

14 Sep 18 Elysian Fields – Pink Air

Les Elysian Fields savent et aiment varier les plaisirs. Après le tendre et racé Ghosts of No de 2016, voilà qu’ils livrent pour 2018 un disque plus rugueux. Pink Air est plus marqué par l’Amérique et les vents chauds : les solos se font méditatifs et offrent des visions désertiques assez imposantes (« Karen 25 ») tandis qu’un blues sublime de sa beauté la mélancolie habituelle du groupe (« Household Gods »). La guitare d’Oren Bloedow se fait râpe à mélodies, la voix, même dans ses moments de douceur les plus sensuels (« Star Sheen ») colle davantage au tempo, donnant par là un petit côté combattant, une distance. Cette vision rock brut fait des merveilles, décalant la fragilité passée que le groupe pouvait avoir en image : « Dispossessed » est ainsi une pépite rétro, exposant comment un riff évident pond un classique instantané.

La musique s’imprègne de rock, un peu à la façon dont les Limiñanas se le sont appropriés, album après album. On obtient alors, sur le plan de la musique (pas des vocaux puisque Jennifer Charles est une chanteuse pleinement accomplie et que les Limiñanas ne se situent pas dans ce registre vocal) un point de jonction intéressant entre les deux groupes. Elysian Fields, partis de sphères plus folk-cold (Ah, « Mermaid »!), plus délicates (« Bayonne »), se retrouve à jouer plus fort. Le titre manifeste « Elysian Fields – Tidal Wave » est révélateur : les guitares se font gentiment hard-rock seventies tandis que la voix, sexy en diable, adopte un rythme narratif intense. C’est une machine en roues libres, à la sauce EF qui est lancée. Le ton se fait plus agressif et mordant quand le propos se politise sur « Knights of the white Carnation ». Les parties rythmiques avec le support de Vernon Reid (de Living Colour !) donnent l’unisson de cette charge contre les suprémacistes.

Ici et là quelques titres conservent de la délicatesse : « Beyond the Horizon » garde de l’atmosphère de Ghosts of No et se fait bercer par les claviers et les cuivres (de CJ Camarieri, deux Grammys en 2011 avec Bon Iver ), le morceau se gonflant à mesure qu’il progresse. Sur « Start in Light », la guitare reste plus cristalline, ce qui donne du mouvement à la basse. La voix y est sucrée et Jennifer susurre autant qu’elle chante, jouant du souffle envoutant. « Time Capsule », enfin, déroule son piano avec grâce, le décalage se positionnant dans le son étouffé et sobre de la batterie. Sur cet ultime titre, Elysian Fields fait durer le plaisir, étoffe et multiplie les variations, s’offrant un final au son délicatement capté. Déjà le neuvième (ou dixième) disque, encore une réussite !

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Tracklisting :
01. Storm Cellar

02. Star Sheen

03. Beyond the Horizon

04. Elysian Fields – Tidal Wave

05. Karen 25

06. Start in Light

07. Philistine Jackknife

08. Dispossessed

09. Household Gods

10. Knights of the white Carnation

11. Time Capsule

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Note : 84%