Edward Abbey – Le Gang de la clef à molette et Le Retour du Gang

16 Juil 13 Edward Abbey – Le Gang de la clef à molette et Le Retour du Gang

Plongeons en plein milieu des années soixante-six avec un classique de la littérature engagée américaine : Le Gang de la Clef à Molette d’Edward Abbey et sa suite, Le retour du Gang, publiée quinze années plus tard à titre posthume. Tout d’abord, quelques mots s’imposent sur l’auteur. Né à Indiana, en Pennsylvanie, il se fascine très tôt pour la nature et les déserts. A dix-huit ans, il traverse les États-Unis avant de faire son service militaire. Son amour immodéré pour l’environnement va alors prendre une nouvelle tournure. Alors que son expérience chez les Marines le convainc de la méfiance à adopter face aux institutions, son attrait pour l’anarchisme radical ne fait que s’accentuer. A la faculté, il développera sa pensée jusqu’à écrire un mémoire sur les liens entre anarchisme et violence. Il voit la modernité comme un principe contraire à l’humain et, dans sa conception des choses, la liberté individuelle s’oppose aux grandes puissances industrielles et leur tyrannie totalitaire.

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Le Gang de la Clef à Molette, dont le titre original est The Monkey Wrench Gang (1975), dit s’inspirer de faits réels et a pu être perçu comme un véritable manifeste de l’éco-terrorisme. Cela serait réducteur, car il y a aussi beaucoup d’humour et de satire dans cet ouvrage. Nous y suivons quatre personnages hétéroclites qui forment ce fameux gang : le Dr Sarvis, un chirurgien qui approche de la cinquantaine, son assistante, nurse et amante Bonnie Abbzug, George Hayduke, un vétéran du Vietnam adepte des armes à feu et vraie machine à tuer du type Rambo, et « Seldom Seen » Smith, un renégat mormon polygame. Leur but : empêcher la construction du barrage de Glen Canyon entre l’Utah et l’Arizona. Ces guerriers écolos vont alors utiliser toutes leurs ressources pour lutter contre une machine folle qui, selon eux, mutile les montagnes : cambriolages, vols à main armée, usage illégal d’explosifs, destruction de biens privés, sabotage industriel, vols, voies de fait, etc.

On pense de suite à un bon nombre de films américains de l’époque avec ces hors-la-loi poursuivis et traqués par les forces de l’ordre dans des paysages grandioses et sublimes. Ils détruisent et dynamitent ce qu’ils considèrent comme une défiguration du désert de l’ouest américain dans cet éloge à la désobéissance civile, qui doit beaucoup au transcendantaliste Henry David Thoreau, le fameux auteur de Walden. Le Gang de la Clef à Molette donnera d’ailleurs beaucoup d’idées car, quelques années plus tard, le mouvement Earth Fisrt! sera fondé, reprenant à la lettre certaines des pratiques décrites avec une minutie troublante par Abbey. Empruntant allègrement au genre western, il se dégage aussi des personnages et de cette vision très tranchée un esprit cartoon, accentué par les illustrations reproduites de Robert Crumb. On appréciera aussi la dimension très seventies des défenseurs de l’environnement. En effet, ce ne sont pas des vegans straight edge du tout mais des viandards armés qui aiment la bière, le sexe et qui passent à l’action. Pur produit de l’americana et de l’utopisme hippie, Le Gang de la Clef à Molette peut être aussi lu comme un témoignage documentaire sur un temps bel et bien révolu, tout en restant un manuel de savoir faire pour les groupuscules radicaux et un cri de révolte, allié à un humour détonnant, qui pose sans cesse la question du rapport entre l’humain et son environnement, avec cette idée sous-jacente : qui va protéger la Terre de l’humain sinon l’humain?

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Comme cela arrive souvent avec les films, Le retour du Gang est une suite où l’on retrouve exactement les mêmes personnages, cette fois-ci décidés à anéantir le super-excavateur géant GOLIATH. Bien sûr, l’effet de surprise n’est plus de mise, et on sent aussi le livre moins maîtrisé par moments, bien qu’il commence et se termine par deux scènes incroyables racontées du point de vue d’une tortue. Il faut dire qu’il est fort probable que l’ouvrage ait été inachevé en raison de la mort de l’écrivain. En revanche, Abbey a su s’adapter à un nouveau contexte. Surpopulation, violence dans les écoles, manifs contre le nucléaire, les temps ont changé. Il se permet même de parodier le mouvement qu’il a indirectement initié, Earth First!, et ses conflits avec les adversaires de People First!. Sa vision reste ironique, idéaliste et caricaturale. Entre temps, Hayduke a atteint une valeur de mythe, alors que les anciens rebelles se sont rangés avec l’âge. Le doc mène une vie bourgeoise et pépère avec Bonnie devenue mère de famille. Mi humoristique mi indigné, mi plaidoyer mi satire, le ton reste sensiblement le même que celui de son prédécesseur et permet surtout de retrouver les personnages que l’on avait appréciés dans le premier volume.

Il faut signaler, en guise de conclusion, qu’Abbey a lui même tenu à ne pas être enterré en fonction des règles établies et il a fait le souhait que ses proches le transportent en pickup dans un sac de couchage et qu’ils l’enterrent dans le désert, avec un feu de bois et des musiques joyeuses comme accompagnement.

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