Dominique A – Toute Latitude

25 Mar 18 Dominique A – Toute Latitude

Curieusement, ce onzième disque est présenté comme un album « rock ».
Pour autant et s’il a été réalisé en groupe (avant parution plus tard dans l’année d’un autre volume dénudé, acoustique et solitaire, intitulé La Fragilité), Toute Latitude transpire davantage de minimalisme et de machinisme que d’autre chose.


Année Ané : sortir deux albums sur un intervalle de quelques mois (le projet initial en a compté quatre) n’est pas chose courante. L’artiste fait à sa guise, son label le suit (les dernières années sont celles d’une reconnaissance publique installée) et nous en serons fort aise. La défense des premiers extraits de Toute Latitude passe par de poétiques films d’animation réalisés par Sébastien Laudenbach (La Jeune Fille Sans Mains). Sébastien pose le décor et aboutit à un montage unifiant un total de quatre morceaux (« Toute Latitude », « Aujourd’hui n’existe plus », « Se décentrer », « Cycle »).

Toute Latitude est de spleen, d’énigmes, de tristesses robotiques. Si la double parution d’albums prévue pour cette année est présentée comme une séparation des options maximaliste et minimaliste, la forme de ce premier opus d’entre pas dans notre acception du maximalisme. Il n’y a à notre sens rien, là, de maximaliste. Il y a un fond d’électricité, et des sons de machines. Le bel Eleor (2015), au rendu plus limpide et orchestral mais un peu moins direct que le marquant Vers Les Lueurs (2012), n’était pas annonciateur de la résonance qui se fait jour sur le cru 2018 : c’est un son plus rentré, à l’image des « Deux Côtés d’une Ombre », où Ané souffle noire sensualité. C’est globalement plus froid aussi, et économe dans le relief rythmique. Aplat, pulsation. Le rendu est « boîte à rythmes », et point trop n’en faudra. Deux batteurs tournent autour du beat, d’accord ; ils arrondiront peut-être quelques angles mais leur frappe ne prend pas l’avant-poste. Ce n’est alors pas du « rock » au sens premier, organique du terme ; mais une musique qui propulse, néanmoins, le binaire en argument frontal – un binaire synthétisé et rustique.

Il y a aussi une abrasion qui sourd dans le son. Pas de bruit brut pour autant : ce n’est pas Remué volume II, et loin s’en faut. Nature parle, temps passe et aucun disque ne ressemble vraiment à un autre, les gens devraient avoir compris depuis le temps. Propos d’une conscience : contre-anthropocentrisme, réflexion sur nature prise en tant qu’unité, et au-delà d’elle le cosmos : une Terre comprise dans l’Univers. C’est « Se décentrer ».

Le temps passe aussi, mais Ané n’oublie pas d’où il vient. « Toute Latitude » chante cette jeunesse qui inexorablement nous fuit. Frisson d’une acceptation de l’inéluctable, tandis que l’album rejoint les frontières de cette cold wave ayant nourri le background du compositeur, musicien et chanteur : ça, c’est « La Clairière », chanson qui « représente un endroit un peu magique, un havre de paix au cours d’un long voyage périlleux pour fuir un conflit », dit lui-même le parolier. Cold wave qui infuse aussi la confondante romance « Lorsque nous vivions ensemble », où les basses linéaires et en saturation créent pesanteur marécageuse. La mort rôde alentour, et c’est dans un « Corps de Ferme à l’Abandon » que la vague de froid se ressent au plus fort. Là, Ané s’approprie essence d’un genre sous la forme d’une photographie nostalgique et d’un spoken word fantomatique. Y apparaît l’effroi d’une chair, et le mal. Peut-être une angoisse vous saisira-t-elle.

Mais Ané n’est pas monolithique, tout bloc qu’il puisse paraître lui-même ou qu’il présente en fruit. Il sait éclaircir le champ au gré d’une ouverture pop (« Enfants de la Plage »), même si la pop n’est pas réellement dans sa nature.
Plus tard alors, il y a final en forme de souffle à reprendre, mais rien de garanti (« Le reflet »). Facilité aux oubliettes : ce sont les zones grises de l’art, les troubles du réel. « J’aime la musique triste qui m’aide à vivre et fait office de pilier pour une tristesse qui serait peut-être envahissante si ces chansons n’existaient pas », dit-il.
Nous aussi, Dominique.
Tellement.

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