Dominique A – Éléor

06 Avr 15 Dominique A – Éléor

Certains auraient coulé une bielle après la force de réception publique d’un disque comme Vers les Lueurs. Collection de chansons à l’esthétique remarquée (remarquable), le cru 2012 a sans doute posé un jalon dans le parcours du Français : une sophistication orchestrale jamais préjudiciable à l’essence des chansons, un équilibre magique.

Suivre l’intuition, plus que chercher alternative. C’est la suite. Simplicité, dénuement : pas ou peu de spectacularisation sur Éléor, nouvel et dixième opus au gré duquel d’intimes respirations reprennent place (« Au Revoir mon Amour »). Difficile d’affirmer péremptoirement, même si le relief se dirige plus volontiers vers le minimalisme, que le disque s’inscrit dans cette « rupture avec le précédent » dont le commentaire se regorge souvent pour qualifier certaines transitions dans la discographie de Dominique Ané. Éléor, c’est moins rompre que prendre de biais. Les cordes, duveteuses, cajolent les mots. Elles ne dominent pas forcément mais boisent la projection d’une « autre Vie » et autres vibrations intimes. L’écriture est baladeuse, les chansons courtes. Ané en met moins, c’est sûr, mais n’a pas forcément renoncé au beau.

Et le verbe vole vers vous. Le décorum n’est pas voyant mais sensitif, charnel. La musique est écrin : elle ne surligne rien (« Une autre Vie »), que ce soit dans les scènes de vie ou les mots de la fragilité : égrenés sans impudeur, eux sont heureusement rapportés à la contemplation des grandes choses (« L’Océan ») ou au refuge des rêves (« Par le Canada »). Quelque chose de plus grand nous sauvera toujours. Ailleurs, plus terrestre, il reste la douce-amertume de l’attente, attachement pour toujours réservé à celui qui a oublié l’essentiel (« Passer nous voir »).
Les textes d’Ané, balancier permanent entre micro et macro, ont un pouvoir cinématographique et sont susceptibles de mille lectures, jusque dans cette vision de l’amour en laquelle chacun trouvera forcément écho, dans ce qu’elle recouvre d’espoir ou de manque (« Au Revoir mon Amour »). Collection de choses, éventail de sentiments : c’est dans ce qu’elles laissent de champ libre que ces chansons, celles de 2015 comme bien d’autres avant elles, imprègnent et accompagneront la vie.

Une chimie intime, dans l’incessant aller-retour entre passé et présent, de celui qui engendre nostalgie ou peur des lendemains, noue parfois les angoisses et creuse le devenir des êtres, jusqu’à les rapprocher de l’abîme. Ané, imagine-t-on, ne saurait échapper à la règle. Mais Éléor, dans sa résonance, donne à saisir cette composition avec les angoisses ou regrets, leur acceptation pour ce qu’ils sont. Pas de fatalité : chaparder la lumière partout où elle peut se nicher. Ses rayons se propageront dans la musique, éclats cristallisant l’espace de la pièce où vous vous trouvez, et où prennent corps ses volutes.

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Note : 80%

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