Der Himmel Über Berlin – Amnesia

04 Juin 17 Der Himmel Über Berlin – Amnesia

Il faut mettre à part le premier titre de ce troisième album, très typé Peter Murphy : « Back the the End » porte un titre définitif, comme une boucle en hommage aux précurseurs de ce qui deviendra le rock gothique. Son rythme dance-rock chaloupé, animant un club embrumé de la lenteur affectée de sa séduction, est aussi un aparté dans l’album. À la rigueur, on peut lui adjoindre « Feed the Night » ; sur cet autre titre, la mélodie et le rythme font corps d’emblée, les guitares sonnent encore très Daniel Ash et on a là aussi un très bon titre au refrain bien enlevé (un tube ?) dans un registre post-punk, voire death-rock. Enfin, pour faire bonne mesure, on ne rejettera pas plus loin la présentation d’« Amnesia » : c’est le titre phare du disque, qui lui donne son titre et dont une phrase en exergue vient baigner la pochette de son mystère : I always find true love in people with amnesia. La construction du titre est bien rock, les instruments se répondent pour faire bloc, mettant en valeur le très bon travail du batteur, son break renforce les effets et sentiments bien portés par l’interprétation du chanteur Teeno Vesper.

Les sept autres titres sont moins clinquant. Ils sont toujours référencés, mais cette fois, à un genre dans sa globalité : ils ne tombent jamais dans le décalque pur. « Sweet dancing Butterfly » joue des échos à la Sisters sur la voix et sa basse très dynamique fait des allers-retours entre le classicisme du genre et ses résurgences modernes. Elle crée une musique très mécanique, le groove initial du riff étant tempéré par la répétition roborative. La guitare se fait ici parcimonieuse, en fond, un voile mélodique accompagné de légères nappes de synthé. Le titre, par sa longueur, est tout en tension, refusant de céder au traditionnel découpage en couplets-refrain.

Les morceaux sont longs chez Der Himmel Über Berlin (nommé d’après le film de Wenders mettant en scène Nick Cave et narrant les difficultés d’un ange à côtoyer les humains). Sans doute un peu trop longs, ils semblent tous taillés pour des rappels de concert, ce moment où le groupe veut encore donner mais qu’il est trop fatigué pour briller. C’est volontaire, c’est une recherche de l’éclipse, de ce qui se joue entre l’attirance et la rejet (magnifiquement rendu graphiquement par les visuels de Teeno Vesper).

Du coup, leur titre « My Rubber Queen » a cette lourdeur des draps qui provoque l’étouffement. La mélodie taquine les graves, les basses sont énormes et les guitares sonnent comme un nuage de vilains criquets. La voix affecte le murmure, dans une confession malsaine, à l’esprit décadent proche des travaux de Jules Barbey d’Aurevilly.

Le son est souvent étouffé, les toms de la batterie en portent les stigmates, la production (signée James Aparicio – Erasure, Grinderman, These New Puritans, entre autres… – après un mix de Franscesco Blasig) est sombre (elle fait sonner « The Chosen Ones » comme un cousin de New Model Army et Bauhaus), quand bien même elle rend justice au penchant du groupe pour la grandiloquence (« Dull Day » aurait pu être une voie de sortie bien meilleure pour U2). Le groupe utilise par moment des tonalités proches du rock gothique devenu hard (cf Sisters Of Mercy ou encore Tenebre).

En revanche, sur deux titres, il suit les atmosphères de trop près : « Eaten up » y perd son relief ; « Cold Fever », malgré les envolées du chanteur et sa longueur (excessive) reste dans l’intention et non pas dans la réalisation… La concurrence passée et présente est rude et il conviendra à Der Himmel Über Berlin de rendre sa formule plus condensée et agressive. Le travail sur les pistes et superpositions, le refus de se limiter à un code musical ou une époque (les rythmiques et le feeling délicieusement eighties de « White Dream ») ainsi qu’une réflexion audible sur ce qu’est la musique sont des atouts essentiels possédés par ce groupe pour la suite de son parcours.

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Tracklisting :



01. Back the the End

02. Sweet dancing Butterfly

03. My Rubber Queen

04. Eaten up

05. The Chosen Ones

06. Feed the Night

07. Amnesia

08. White Dream

09. Dull Day

10. Cold Fever

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Note : 70%

Site du groupe / MySpace :

https://www.facebook.com/derhimmelband/

https://hivmusic1.bandcamp.com/album/amnesia-death-rock-post-punk-upr-059

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