Death In June – Essence!

26 Nov 18 Death In June – Essence!

Certains ont cru déceler crépuscule dans les dernières années actives de Douglas P. Lui-même a glissé ci ou là qu’il entendait ralentir. Activité studio en sommeil depuis huit ans (ce qui n’a pas empêché poursuite des opérations de rééditions), activité live retenue, Death In June est devenu fantôme et repère : une résonance acoustique installée dans l’univers, immuable.
Mais neuf ans après le dernier véritable disque marquant (le pianistique Peaceful Snow, réalisé en compagnie de Miro Snejder) et huit après le retour aux bases neofolk diversement apprécié Snow Bunker Tapes, Death In June dévoile une série de nouvelles compositions, sous le titre Essence!.

Dans les ambiances retenues de ces complaintes antimodernes (travaillées de 2014 à 2018) se retrouve, à l’instar de ce que le titre du disque laissait présager, une forme familière. Le leader n’a pas menti sur la marchandise et les adeptes attachés au son classique de Death In June retrouveront sans mal leurs petits, par comparaison avec le clivant, et pourtant – et parce que ? – très beau, Peaceful Snow. Par « son classique », entendons la dominante folk de l’œuvre et une tendance aux collages, abstraction faite des marquants débuts post-punk.
Une présence christique nimbe certains pans de l’œuvre (« The Trigger ») et il y a à notre sens quelque chose de plus charbonneux, déprimé dans ce disque que dans un Rule Of Thirds (2008) : à certains égards, ce dernier insufflait à la sécheresse folk typique une respiration pop, pour un fruit doux-amer et délicieusement ambivalent.

Si quelques arrangements cinématographiques et aux reflets hispaniques maintiennent un jeu au sein du son Death In June (« The Humble Brag », dont la conclusion intègre un collage disruptif), quelque chose d’ouvertement plus déprimé et parfois dramatique motive les litanies de cette Essence! (« The Snipers Of Maidan »). Les chansons émeuvent souvent, au-delà du simple fait que ces climats nous soient familiers (« Going dark », dont marque le verbe mortuaire, l’acceptation de soi, l’acceptation de la fin, a les allures d’un futur classique). C’est un disque minimaliste mais ne se refusant pas quelque expérimentation. Bien écrit, cohérent et équilibré en couleurs : la patine des arrangements relativise l’impression de monochrome que laisse l’écoute au final et donne le sentiment que Douglas P a souhaité proposer quelque chose de fini, affirmant retour et distinguant clairement cette démarche créative de certaines sorties à seule ambition archiviste (compilations de démos, live). Jusqu’au bout de l’expérience, DI6 proposera de belles choses (« The Pole Star of Eden », ou les incertitudes rampantes de « What will become of us ? » et ses colorations hammond).

C’est un Death In June dont le propos sera entendu par ceux qui, parmi les adeptes, l’attendent davantage sur une typologie qu’une aventure. Sans offrir d’immenses surprises, Douglas P dévoile une collection de chansons habitées et évocatrices : une essence énigmatique étalée dignement, et qui redorera certainement le blason d’un projet dont les dernières années reflétaient surtout la substance nostalgique.
La nostalgie, encapsulée dans le cru 2018, a réintégré l’agir.

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