David Vasse – Jean-Claude Brisseau, entre deux infinis

04 Juin 15 David Vasse – Jean-Claude Brisseau, entre deux infinis

Première monographie sur Jean-Claude Brisseau, qui fait suite au livre d’entretiens d’Antoine de Baecque L’Ange exterminateur (2006), cet essai, porté par des analyses très fines, est une mine d’or pour qui veut pénétrer ou redécouvrir l’univers sombre, métaphysique et parfois perturbant de l’auteur de De bruit et de fureur. Réalisateur autodidacte, ancien professeur de français, il se fait d’abord remarquer par des films qui mettent en parallèle indignation sociale et survivance des mythes. Un premier film en 1975, La croisée des chemins, marque déjà son intérêt pour les tours de béton, la violence des banlieues et les luttes de pouvoir. Ces questionnements se développeront du film fondateur La vie comme ça (1978) jusqu’à l’apogée de cette première période avec De bruit et de fureur (1987). Les injustices sociales, l’échec de l’urbanisation, l’inhumanité d’une société primitive darwiniste sont mis en parallèle avec un imaginaire du Mal, du sacrifice, de l’aliénation et de l’absurde. Brisseau devint alors le cinéaste des horreurs quotidiennes. Par exemple, dans Les ombres (1981), la vie apparaît comme une prison soumise à l’ordre économico-social et familial. Mais c’est surtout dans Un jeu brutal (1983) que vont se mettre en place ces « interrogations sur la nature et la condition humaines à travers une mythologie de l’élévation et de la chute ». Dans ce film, plus le père se livre au Mal et à la criminalité, plus sa fille atteint le sublime. Deux mouvements parallèles et contradictoires qui sous-tendent une pensée mystique.

Entre stylisation fantastique et représentation crue de la banlieue, De bruit et de fureur apparaît comme le chef-d’œuvre de son créateur, celui qui fera de cette confrontation entre onirisme surréel et réalisme sordide la marque de fabrique de son auteur. D’emblée, Brisseau apparaît comme un artiste obsessionnel qui ne fera que développer par la suite les mêmes thèmes, avec un intérêt de plus en plus marqué dans les années 1990 et 2000 pour le mystère du désir féminin. Vasse s’attarde alors sur son rapport au temps, aux portes et aux seuils, s’arrête sur tout un tas d’influences (Les Yeux sans visage pour Un jeu brutal, Vertigo pour L’Ange noir, Orphée pour Les Anges exterminateurs) et analyse chaque film de façon chronologique. Il réhabilite aussi certaines des œuvres les plus récentes du cinéaste qui ont été loin de faire l’unanimité et parle même de « film-somme » pour Les savates du bon Dieu (2000) ou de « chef d’œuvre » pour Choses secrètes (2002). Avec beaucoup de passion, Vasse nous montre que chacun de ces films peut être vu comme un cheminement vers une conscience plus grande du monde, un éloge de la curiosité et de la transmission du savoir mais aussi comme une interrogation sur les ravages de la domination ordinaire ou dans le monde du travail. Sans s’attarder sur le procès pour harcèlement sexuel, Vasse nous montre aussi l’évolution de Brisseau vers un cinéma qui le met de plus en plus face à ses propres hantises au sein de productions aux budgets de plus en plus restreints. Au final, on n’a qu’une envie, celle de revoir les films et même de donner une seconde chance à certains que l’on avait jugé médiocres à leur sortie. Un essai éclairant.

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