Darkoustix – Faber

05 Mai 13 Darkoustix – Faber

L’indépendance d’une démarche, sa persistance aussi, tiennent souvent à une force de conviction et de caractère que nous serions bien les derniers (croyez-nous) à mettre en doute à propos de l’ex-Trom Fabrice – Trom, formation suisse dont les sorties en indépendant nous marquèrent fortement, il y a des lustres, dès le singulier EP Balmor.

Fabrice est aujourd’hui ailleurs. Position de repli, optique solo. Jusque sur scène. Depuis quelques années, il fait se mouvoir l’entité Darkoustix, projet expérimental dont le son épais et mécanique donne un environnement de fête populaire, option fête triste, à des textes marqués par un noir détachement. En leur cœur se cristallisent, sous couvert de mots choisis (très), des fragments d’humour (noir) que nous situerions volontiers entre le quatorzième et le sept-soixante-dix-septième degré.
Faber, nouvelle collection de titres couchée de A à Z en solitaire (musique et production) en dehors des aspects techniques finaux (mix et masterisation réalisés par Wolf au studio Protagoras), présente à vrai dire une mélodicité plus directe et moins graisseuse que celle de Trom. Pas moins poisseuse, par contre. Sa force réside principalement dans son paradoxe : la mélodicité de l’ensemble, lequel donne suite au Fatal Underworld crazy Kink de 2009, détourne l’esprit des musiques populaires vers une expression décadente. Dans cet écart naît un sentiment de malaise. Ce que nous pouvons reconnaître de l’écho de ces musiques populaires (images de fêtes foraines, de fanfares, surgies à l’écoute), donne son écrin à une théâtralité lugubre. Volontarisme de la bizarrerie, pourvoyeur de l’effroi, Darkoustix égrène les histoires du tout un chacun : celles de la consommation de l’amour et des nuits sans lendemain (« A Dog from Hell »), une consommation au sujet de laquelle le commentaire appuie volontiers sur la dimension animalière (« Comme une Truie », dont vous ne saurez, à la répétition des écoutes, s’il faut vraiment continuer à en rire). Esquisse des vilénies de l’humain, raclage des fonds de bidet. L’amour est une des questions que pose le disque, une question par nature inépuisable et à propos de laquelle le verbe, même lorsqu’il se fait plus subtil, conserve une agression. Elle est nourrie par l’option gutturale, tendance naturelle du chant (« Petite Mort »). Le désabusement sustente le verbe, lequel exclut toute manière romantique. Les violences et forfaits de l’amour sont ses sujets, autant que l’aberration d’un jugement que portera X sur Y (« Je vous demande de vous arrêter », chanson première-ministrable).

Soyons clairs, néanmoins : si la plastique de Darkoustix a quelque chose de moins aride que celle de Trom, elle fait preuve, de la même manière, d’une ambition de style. Dans ce qu’elle recèle de dérangé, elle s’avèrera tout sauf fédératrice, quelle que soit l’appréhension que vous puissiez avoir des musiques populaires. Ce référentiel à la culture commune ne fait pas de Faber une musique « populaire ». Le disque offre un contrepoint, développe sa sournoiserie : il s’inscrit dans l’opposition aux évidences ou au rassemblement, part de l’intérieur. Les mécaniques sont lourdes, frontales (rigidité programmée de la rythmique) et en cela, exhument les racines de la démarche : celles de la radicalité. La volontaire théâtralité de l’ensemble, à laquelle s’agrippent (par simples jets) les graisses du metal, séduira autant les uns qu’elle rebutera les autres. Si les anciens fans de Trom y reconnaîtront quelques petits, ils ne les reverront certainement pas tous. Fabrice a construit un univers à part, autonome et tout aussi oppressant que celui de son ancien groupe… mais d’une tout autre manière.

www.darkoustix.com
www.facebook.com/Darkoustixofficial‎
www.myspace.fr/darkoustix
darkoustix.bandcamp.com

Be Sociable, Share!