Cookie Mueller – Traversée en eau claire dans une piscine peinte en noir

11 Mar 17 Cookie Mueller – Traversée en eau claire dans une piscine peinte en noir

De Cookie Mueller, on a surtout retenu les apparitions dans les films première période de John Waters (Multiple Maniacs, Pink Flamingos, Female Trouble, Desperate Living), pourtant elle fut également une écrivaine, et côtoya aussi bien le mouvement hippie californien que l’avant-garde new-yorkaise des années 70/80. Ce recueil de courts textes autobiographiques, initialement paru en 1990 et traduit par Romaric Vinet-Kammerer, nous donne à découvrir une forte personnalité, libre, excentrique et drôle même face à la tragédie.

Née en 1949 dans la banlieue de Baltimore, elle aura traversé quatre décennies avec fougue et démesure avant que le sida ne l’emporte en 1989. Habituée très tôt aux voyages, elle a parcouru le continent, des petites bourgades de rednecks du Maryland aux cérémonies satanistes californiennes d’Anton LaVey et sa clique, car Cookie Mueller est une aventurière et une conteuse. Personne ne sait si tout est vrai dans ce qu’elle relate, mais elle le fait avec une telle vivacité que c’est difficile d’en douter. Tour à tour dealeuse, go go danseuse ou mère, Mueller peut susciter la sympathie ou son contraire. Adepte de la vie nocturne, c’est une fêtarde plutôt décomplexée en termes de sexualité. Ce n’est pourtant pas le fait qu’elle ait croisé le destin de Janis Joplin, Hendrix, Jim Morrison, Richard Hell ou Robert Mapplethorpe qui nous intéresse mais plus ces petites histoires où sa personnalité se dévoile. On appréciera par exemple sa tentative à devenir fermière après être tombée amoureuse d’un homme illettré au rayon boucherie d’un supermarché, ou un récit de viol où elle arrive à garder un ton ironique tout du long. On se prend même à rire quand un des kidnappeurs agresseurs en appelle au Seigneur pour avoir la trique.

Si le parcours biographique de Cookie est mouvementé, on ne doute pas une seconde qu’elle enjolive parfois un brin le réel pour le rendre plus divertissant, dans la pure tradition des storytellers. De sa volonté d’être la plus jeune romancière du monde à sa scène de baise de poulet dans Pink Flamingos, elle nous conte aussi le décès de son père écrasé par une Plymouth, son passage par les électrochocs (une simple erreur médicale), son goût pour les coiffures insensées, ses plans cul, son flip lors d’une cérémonie d’invocation d’un des suppôts de Belzébuth, sa complicité non consentante dans des vols avec effraction, la naissance douloureuse de son fils Max, et les rencontres plus ou moins sympathiques faites lors de ses nombreux périples, des pervers siciliens jusqu’aux attardés des clubs de strip-tease pour le pire et les beaux moments passés avec Udo Kier et Tabea Blumenschein (Die Tödliche Doris) au festival du film de Berlin en 1981 pour le meilleur.

Malgré les coups durs et les nombreux décès de proches qui ont jalonné son existence, Cookie garde une énergie sauvage, un humour noir et une spontanéité presque adolescente. Si elle n’est pas restée une des plus fameuses des Dreamlanders – il faut dire que ses talents de comédienne étaient bien moindres que ceux des autres habitués de la clique à John Waters, que ce soit Divine, Mink Stole ou Mary Vivian Pearce -, elle reste un personnage à connaître, immortalisé notamment par l’appareil photographique de Nan Goldin. Peut-être une des figures les plus oubliées de la contre-culture américaine des années 70-80.

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