Climax – Original Motion Picture Soundtrack

29 Oct 18 Climax – Original Motion Picture Soundtrack

Grand amateur de Throbbing Gristle ou Chris & Cosey, on savait depuis longtemps que le réalisateur Gaspar Noé avait des goûts musicaux fort recommandables mais il n’avait jusqu’alors jamais pu se lâcher sur un soundtrack comme avec son dernier film en date, Climax. Situé au milieu des années 1990, le long métrage pourrait presque passer pour un documentaire de ce qu’avait été cette époque. Al Jourgensen (Ministry) disait dans son autobiographie que ceux qui se souviennent les années 90 ne les ont pas vécues. Il ne pourrait que se retrouver dans le dernier méfait cinématographique de l’indiscipliné Noé. Le pitch est en lui même très basique. Vingt danseurs finissent une résidence intensive. Après avoir abouti leur chorégraphie – fort impressionnante -, ils fêtent le travail accompli et décident de se lâcher le dernier soir mais l’un d’entre eux a mis un acide dans la sangria et les bad trips vont se multiplier pour les amener tout droit en enfer. L’idée de réjouissances qui dégénèrent sur fond de musique dansante et sous influence de drogues rappelle forcément des moments vécus aux spectateurs qui ont eu, eux aussi, 20 ans dans les nineties. Pour donner à ressentir ce parcours, Noé en appelle non seulement à une virtuosité formelle, plans-séquence en steadicam, éclaboussements de couleurs vives, caméras aériennes et abstractions des angles, mais aussi à une bande-son parfaitement étudiée pour donner une dramaturgie au film.

S’adressant là encore à la génération qui a subi les différentes évolutions de la musique électronique populaire, Gaspar Noé remonte aux années 1970 et rajoute des titres inédits ou postérieurs aux événements du film. Climax devient ainsi autant un trip dans la musique de dance-floor de ces dernières décennies qu’un trip dans les esprits malades de ses protagonistes qui sont autant doués au niveau de la danse qu’ils sont extrêmement limités en termes de QI. Le casting du début est d’ailleurs particulièrement désopilant, s’apparentant presque à une parodie d’écervelés venus participer à un reality show. Le dernier film de Noé est donc une œuvre sur la danse et qui se danse. Mix de disco, de new beat, d’acid house, de techno, de new wave, de breakbeat ou d’electro pur jus, les titres vont fur et à mesure laisser place à des digressions, les effets des acides gagnant du terrain. À l’exception d’inédits de Thomas Bangalter (Daft Punk), vieux comparse de Noé, et de Thibaut Barbillon, les autres titres sont tous parus par ailleurs mais leur assemblage au sein d’une BO amène à les considérer avec un nouveau regard. Aficionados des dance-floors, un bon nombre de ces chansons ne vous seront que trop connues mais parfois sous des versions alternatives, comme pour les deux premiers extraits, très French disco, qui ouvrent le bal sur fond des couleurs du drapeau français : des mixages instrumentaux de « Supernature » de Cerrone et de « Born To Be Alive » de Patrick Hernandez. Les acteurs/danseurs se démènent alors, tout va encore bien et l’esprit est bon enfant. Autre tube planétaire, mais anglais cette fois ci, « Pump Up The Volume » de M/A/R/R/S apparaît dans une version destinée aux radios américaines. Le groove se fait alors plus halluciné et sombre avec le son froid, minimal et martial de Dopplereffekt. Le projet electro de Detroit est représenté avec deux titres (« Superior Race » et « Technic 1200 »), entrecoupés par « Solidit » de Chris Carter, des fameux Throbbing Gristle et Chris & Cosey. Les effets de l’acide se font sentir. On plane sévèrement avec les nappes de voix trafiquées de Chris Carter et le rythme se ralentit avant de reprendre de plus belle avec « Dickmatized » de Kiddy Smile. Même si ce titre date de 2018, il nous replonge en plein dans les délires samplés et house de la décennie 90, avec des paroles bien vulgaires comme on les aimait à l’époque.

Le premier titre de Thomas Bangalter, « What To Do », démarre de façon bien saccadée avant d’attaquer sérieusement le beat, basique et efficace. « Sangria » n’est quant à lui qu’une longue montée d’acide, la bande-son idéale du film et composée pour. Les notes synthétiques apportent un brin de mélancolie que l’on retrouvera en fin de route. Retour ensuite à la scène new beat de la fin des années 80 avec le fameux titre « Voices » de Neon. Qui n’a pas dansé sur cet hymne imparable au beat martial et glacé? La techno de Detroit repointe son nez ensuite avec « The World’s » de Suburban Knights, une face B de 1990. On passe ensuite à l’écurie Warp Records, dont le son IDM a bien marqué ces années là avec « Windowlicker » d’Aphex Twin et « Electron » de Wild Planet. Les morceaux s’enchaînent et on ne sait comment on en arrive à cette version du « Tainted Love » de Soft Cell qui s’étend sur neuf minutes et qui inclut une reprise de « Where Did Our Love Go ». Moroder revient pour un « Utopia Me Giorgio » avant que le beat ne se ralentisse sérieusement avec le slow « Angie », une reprise instrumentale des Rolling Stones par Thibaut Barbillon. « Mad » de CoH Plays Cosey s’éloigne définitivement du dance-floor pour une expérimentation bien perchée, boucles et halètements, les voix spasmodiques amènent dans un autre monde où les visions démontent la tête. La mélancolie gagne alors avec la reprise au Moog des « Trois Gymnopédies » d’Erik Satie par Gary Numan. Le morceau s’offre comme un réveil douloureux après une gueule de bois apocalyptique et clôt en beauté ce nouveau trip visuel et sonore d’un Gaspar Noé qui sait se faire plaisir tout en nous conviant à la fête.

 

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Tracklisting :
01 Cerrone: “Supernature (Instrumental Climax Edit)”

02 Patrick Hernandez: “Born to Be Alive (Instrumental New Version)”

03 M/A/R/R/S: “Pump up the Volume (USA Radio Edit)”

04 Dopplereffekt: “Superior Race”

05 Chris Carter: “Solidit (Climax Edit)”

06 Dopplereffekt: “Technic 1200”

07 Kiddy Smile: “Dickmatized”

08 Thomas Bangalter: “What to Do?”

09 Thomas Bangalter: “Sangria”

10 Neon: “Voices”

11 Suburban Knights: “The World’s”

12 Aphex Twin: “Windowlicker”

13 Wild Planet: “Electron”

14 Soft Cell: “Tainted Love/Where Did Our Love Go (Extended)”

15 Giorgio Moroder: “Utopia – Me Giorgio”

16 Thibaut Barbillon: “Angie (Instrumental Cover)”

17 CoH Plays Cosey: “Mad”

18 Gary Numan: “Trois Gymnopedies (First Movement)”

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