Julie Christmas – The Bad Wife

13 Déc 10 Julie Christmas – The Bad Wife

Julie Christmas est un petit chaperon blanc tacheté de sang qui apporte à sa mère-grand un petit pot de peur. Elle a dans son panier de larges tranches d’angoisse coupées par le fil d’une fureur empruntée aux contes de son histoire parallèle avec Made Out Of Babies.

Elle laisse échapper ses couplets sordides d’entre ses dents (July 31 st) et s’empresse de libérer ses refrains irrépressibles la gueule grande ouverte tandis que les riffs croissent, que la colère monte. Julie Christmas est une acharnée qui déstructure le plan musical d’un conte défait.

Puis Jacques Brel, inattendu, entre dans son histoire. Ne Me Quitte Pas devient une complainte sèche et fatidique comme l’écorce arrachée d’un arbre mort (If You Go Away). Réécriture pesante et fragile qui relègue aux tiroirs le récit original.

Avec The Bow, Julie Christmas investit le champ de sa nature sauvage en convoquant les forces telluriques par les poussées criardes, surprenantes, de sa voix. Les guitares ne sont plus électriques, elles libèrent un magnétisme oppressant, attirant, dangereux.

L’héroïne joue dès lors d’une ambiguïté permanente, oscille entre le charme (Secrets All Men Keep), le malaise rampant (Six Pairs Of Feet and One Pair Of Legs), et la posture post-Metal pure et dure de l’étouffant Heartless Hawks, énième monstruosité de son bestiaire.

Avant que ne s’éparpille le récit dans les derniers chapitres, moins essentiels, Julie « le chaperon » Christmas entraîne encore son loup dans un langoureux paso doble que son genre musical n’avait sûrement jamais revisité. Le bandonéon s’étire et nous attire aussi dans le premier degré de son air de tragédie.

La torture de l’instrument accouche alors d’un aveu stupéfiant, la chanteuse de Made Out Of Babies ne fait déjà plus seulement son habituel post-metal, elle dépasse le metal générique, elle absorbe l’épopée du rock et devient personnage musical à part entière.

Son histoire est méta-musique.

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2 Commentaires

  1. Quelle plume Sebastien… 🙂

  2. Superbe chronique pour un excellent album 🙂

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