Christophe Siébert – Nuit noire

23 Mar 15 Christophe Siébert – Nuit noire

Initialement publié chez Rivière Blanche en 2011, Nuit noire peut être considéré comme un des classiques de Christophe Siébert, du moins un des ses romans les plus notables car sûrement le plus extrême dans l’abject et le dégueulasse. Dans un format plus resserré et tel que l’auteur l’avait voulu, cette édition, dont le contenu s’adapte complètement aux éditions Trash qui reprennent le flambeau de la fameuse collection GORE chez Fleuve Noir, bénéficie également d’une préface de l’écrivain, avocat et Président du Prix Sade, Emmanuel Pierrat.

Et il est à n’en pas douter que Nuit noire est un pur roman sadien. Dans la lignée des premières œuvres de Siébert, celui-ci prend la forme d’une confession, d’un monologue à la première personne. Nous sommes donc amenés à suivre le récit autobiographique d’un tueur en série, avec tous les détails les plus crus qui soient. Les heures défilent et ponctuent les chapitres. Le texte est en lui même chronologique et s’imprègne de souvenirs d’enfance, des suicides dans sa famille, de relations sexuelles avec sa mère, d’automutilation, de jeux rituels avec ses fluides corporels, de sacrifices d’animaux puis de meurtres d’êtres humains et de viols de cadavres. Siébert abandonne toute la fascination romantique qu’une certaine littérature populaire prête aux criminels récidivistes pour la remplacer par un réalisme fait d’odeurs écœurantes, de saleté, de merde et d’horreur pure. Inspiré par les interviews de Stéphane Bourgoin, il fait une sorte de condensé des névroses de ces serial killers célèbres mais rend l’identification impossible. Non seulement son personnage, forcément antipathique, ne pose aucune limite à la violence qu’il inflige aux autres mais il vit lui même dans un monde fantasmé, dominé par Antaros, l’homme à la hache qui le sodomise dans ses rêves. On se retrouve ainsi dans un dilemme proche du American Psycho de Bret Easton Ellis : doit-on croire les actions relatées, aussi ignobles soient-elles ou tout cela n’est-il que la construction mentale d’un esprit malade? La gradation dans la cruauté, elle, est bien réelle, et Siébert ne nous épargne rien.

Plus que les scènes gore – et là les lecteurs ne seront pas déçus -, ce qui dérange le plus, c’est peut-être la culture télévisuelle imbécile, le culte de l’apparence (le narrateur s’est construit un corps de culturiste) et de la domination ou le mal être dévastateur du personnage qui exprime tout son dégoût de la vie à travers cannibalisme, nécrophilie et autres pratiques, souvent sur des faibles ou des membres de sa propre famille. Un roman étouffant, claustrophobe, odorant, maladif et qui nous amène à perversement tourner les pages de cette boucherie sur papier. C’est là tout le talent de Siébert. Il nous happe avec la pureté et la concision de son style pour nous faire les témoins des pires immondices. Vicieux.

trash11

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