Booze Brothers – The Lemming Experience

20 Mar 19 Booze Brothers – The Lemming Experience

Ouvrir ce nouvel album par une citation d’un titre déjà joué par les Pogues (« Black and Tans » reprend le démarrage du traditionnel « The recruiting Sergent » inclus sur le titre « Medley ») puis s’éclater avec une version punkifiée de leur « Thousands are sailing » sont autant des défis qu’un hommage. Les Booze Brothers œuvrent dans ce fabuleux registre mis en place par les Pogues sur leur premier album, Red Roses for Me : du punk à la sauce folklorique, une recette malheureusement souvent délaissée par la bande de Shane MacGowan les années suivantes. Les BB, eux, gardent intacte cette fougue énervée, captant leur auditoire, quel qu’il soit, le poussant à des danses endiablées, un peu à la manière de ces lemmings qui, dit-on, se suicident en nombre et qu’on retrouve dans le visuel de la pochette (signé Julien Rouche alias Jouch).

La tête dans l’herbe qu’on broute au passage, ou bien défenestré en suivant les ordres du N+1, on se régale en allant droit au but (sans savoir quel il est). La voix de Bertrand Yates possède cette hargne nécessaire, vitale, secondée par les violons ou les guitares bien métallisées (« Burn my Way »). L’esprit est punk, le travail est professionnel (son super bien produit sur « She ain’t the One » : chaque instrument prend sa place et sonne). L’album a été enregistré par  David Castel (Lysistrata, Nicolas Gardel, Psykup…) au studio Antistatic. Les astuces rythmiques et mélodiques sont nombreuses, les arrangements renforcent la fête, y compris dans le mixage qui donne une spatialisation intense, jouant de la profondeur des latéralisations. Cet ensemble a un rendu vivant, live, comme si le groupe enchaînait les titres pour un concert personnel continuellement réussi. Pour les avoir vus sur scènes, je peux garantir que le groupe y excelle, aussi bien dans un café perdu en pleine montagne de Paloumère, au festival familial Rio Loco ou encore sur la scène de l’X-treme Fest.

Prêt à s’amuser sans limites, vingt ans après ses débuts dont cet album vient fêter l’anniversaire, le groupe balance des mesures ska, des variations scratchées du riff principal, des tonalités plus pop-épique (« Not afraid to try ») ou encore des incartades slaves pour le plaisir de la transgression (le trad’ irlandais « Wild Rover IV », son accent russe et ses verres brisés, suite du « Wild Rover III » de 2010).

Mieux encore, le groupe est capable de basculer dans le dramatique et le sensible sur deux titres astucieusement placés à ce qui correspond des fins de face sur un 33 tours. « Boozing » est en effet un tire-larmes sur l’alcoolisme tout en mid-tempo héroïque (un peu dans la veine des New Model Army, mais en rock métallisé) ; de son côté « Happy » – qui interroge la possibilité de bonheur lorsqu’on est obligé de rêver seul – est bien accompagné par un accordéon mélancolique. Les passages s’alternent pour donner de la profondeur à chacun des titres (« From Clare to Here »).

La création du projet acoustique Tara’s Folk a permis aux Booze Brothers de doper de nouveau leur univers d’électricité et de variations épileptiques. On les sent libres dans leurs idées, iconoclastes dans le classicisme folk-punk. Ils tourneront dans toute la France en 2019. À vous de voir et d’écouter.

Tracklisting :
01. Black and Tans

02. Burn my Way

03. From Clare to Here

04. Everyday

05. Boozing

06. She ain’t the One

07. Not afraid to try

08. Thousands are sailing

09. Wild Rover IV

10. Happy

Note : 79%