Black Sabbath – 13

12 Juin 13 Black Sabbath – 13

Un mélange de crainte et de fébrilité m’envahit alors que les premières notes de 13 jaillissent, me faisant immédiatement remonter le temps vers les années soixante-dix. Je l’avais tant rêvé, cet album, symbole obscur de la réunion entre mes idoles passées. J’avais tant idéalisé cette offrande inespérée du groupe par qui tout avait commencé, celui sans qui le metal ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui.

Le souffle court, plaqué sur les rythmiques pachydermiques, j’ai savouré cette première écoute de la même manière que j’avais pu découvrir jadis Black Sabbath et Paranoid, le chant du sieur Osbourne emplissant l’espace avec superbe, remplissant le vide laissé par Ronnie James Dio, faisant resurgir cette part mystique qu’avait le Black Sabbath d’antan. Je savoure, j’exulte en avançant pas à pas dans le monde tortueux (moins qu’avant, pourtant) du combo. Atmosphères sombres, riffs imparables ou mélodies serpentant dans des paysages embrumés – le groupe retrouve ses anciens réflexes même si l’absence de Bill Ward se fait, écoute après écoute, cruellement sentir.
Malgré la qualité des morceaux, c’est toute la section rythmique qui s’en trouve déstabilisée. Sous couvert d’une production paradoxalement trop lisse, trop parfaite, on ne retrouve que trop rarement l’alchimie du duo basse-batterie qui transcendait les morceaux de l’époque. La basse de Geezer Butler a cessé ses vrombissements infernaux et le côté vivant, possédé du maître Bill Ward a laissé place à l’approche trop mécanique du batteur de Rage Against the Machine, Brad Wilk. Malgré toute sa bonne volonté, Tony Iommi n’arrive pas à recréer cette atmosphère malsaine, à la fois pesante et hypnotisante qui portait le combo au dessus des brumes de Birmingham . Il suffit d’écouter n’importe quel morceau de 13 puis de tenter une comparaison avec un « War Pigs » pour se retrouver face l’évidence même. En négligeant le son brut plein d’imperfections et ce groove qui lui avaient permis de marquer son époque et en camouflant sous une production paradoxalement vintage et trop millimétrée des parties rythmiques moins inspirées, 13 nous dévoile une facette plus terne de Black Sabbath. Ce nouvel album tant attendu, très classique dans son approche, résonne au final davantage comme un ressassé de bons sentiments, une compilation des meilleurs moments du groupe que comme une véritable ouverture vers l’avenir… Remarquez : n’était-ce pas ce que nous attendions ?

« End of the Beginning » se veut une version plus véloce du fameux  « Black Sabbath » quand « Dead Father » se termine en usant du même son de cloche, du même orage marquant la fin de ce titre mythique. « Zeitgeist » avance, vaporeux, tel le jumeau spectral de l’enivrant « Planet Caravan »… une façon de boucler la boucle, peut être ? Un moyen en tous cas de nous replonger avec délice dans nos vieux démons. « Peace of Mind » est un mélange curieux entre l’atmosphère sombre de Volume 4 et un « Country Girl » période Dio. Le reste se rapproche souvent, tessiture du chant oblige, des albums solo récents d’Ozzy via des morceaux tels «  God is Dead »,  «  Methademic » ou encore « Age of Reason », dont les vibrations sonores se situent entre un « Tomorrow » et un « My Jekyll doesn’t hide ». Appréciant la carrière solo d’Ozzy, nulle plainte à émettre mais du coup, l’impression se dégage que le chanteur vole un peu la vedette au groupe dans sa nouvelle unité. Un peu dommage. Les points culminants de l’album s’avèrent être le sombre et lent « Damage Soul », un morceau senventies très inspiré et le cent pour cent  Sabbathien made in Volume 4 « Life Forever ».

La déception est là, bien présente ; comme c’est souvent le cas avec les albums tant attendus, trop idéalisés.  Le rêve s’éloigne mais le plaisir de retrouver Ozzy aux côtés du Geezer et Tony est là aussi… Même fatigué, le mythe reste un mythe et Black Sabbath restera à jamais celui qui aura fait naître chez moi des instincts primitifs. 13 n’est certes pas le messie espéré mais il n’en demeure pas moins un bon album. Son problème : être sorti trop tard. Il aurait très bien su trouver sa place entre un volume 4 et un Sabbath bloody Sabbath. En 2013, il n’est plus qu’un album évoquant de bons souvenirs que l’on feuillette avec beaucoup de plaisir et de nostalgie, mais sans connaître les mêmes frissons que ceux éprouvés à l’époque par les fans qui découvrirent, émerveillés, l’envoûtement du noir Sabbath.

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