Black Egg – Melencolia / Acedia

10 Nov 15 Black Egg – Melencolia / Acedia

Usher propose avec ce deuxième album de Black Egg (sorti le 4 septembre 2015) un de ses disques les plus profonds de ces dernières années. On doit chercher du côté des instrumentaux co-signés avec M.Nomized (l’ambient viciée de No Pussy Thieves, parue en 2012) pour trouver un tel jusqu’au-boutisme.
Une fois encore, le label [a+w] a réalisé un travail magnifique : la version gatefold du disque met en valeur les photos de mymoodypi(c)tures (qui reprend « L’Ange de la Mélancolie – Melencolia I » de Dürer, gravure de 1514) et le label y ajoute un CD qui reprend les titres du vinyle et les prolonge par une série de six morceaux, intitulée Acedia.
« Melencolia est claire-voyance » précise Usher. L’humeur la plus noire est celle qui permet de comprendre le monde, de le concevoir dans son ensemble, de percer ses secrets et de mettre à jour un soleil noir.
Les titres expérimentaux sont peu nombreux, mais ils imprègnent tout le disque. « Krieg », comme son titre l’indique, ravive les codes du genre martial : une voix éructée en échos, un martèlement puis des pulsations robotiques à la Skinny Puppy des débuts. Malicieux, Usher scande que la guerre est amour. Roboratif, le titre happe et malmène tout à la fois. Son successeur, « Nation » expose à son tour une ligne de claviers qu’il entraîne dans les saturations, Usher double aussi son chant de vocalises criées, rejoignant l’esprit de l’éponyme de Suicide. Construit en spirale, le titre se renforce à chaque boucle. Ces deux morceaux brutaux [NDLR : lire à ce sujet l’interview bonus de novembre 2015 sur notre site] débordent sur le reste du disque, par touches légères dans les accompagnements ou les débuts et fins de titres.
Ainsi, le disque s’ouvre sur « In the black Sun », ponctué des grésillements des vieux disques, et la voix prend quelques minutes pour s’épanouir, portée par des chœurs spectraux. Les saturations affrontent la douceur, sur un morceau en clair-obscur. « Leaving » joue avec les bases d’une cold EBM, claviers vintage, son de boîte à rythme bien froid et voix parlée comme à travers un mégaphone lointain. La mélodie minimaliste s’envole progressivement alors qu’un chant émerge, doublant la partie narrative. Black Egg retrouve là les frissons des clubs belges quand le terme de techno désignait ces musiques déclinées des avant-gardes new wave. « Neon Man » est dans la lignée de Legacy from a cold World.
La tournure plus magique prend sa force avec la voix de Corina Nenuphar
« Sterilize », sur le thème du double, le Doppelgänger, voit les deux chanteurs se tourner autour, chacun déployant sa sensualité, sur un rythme idéal pour un slow cannibale. Les couches de sons s’accumulent (notamment une ligne lead jouée à la guitare ou au synthé, dans une démarche prog hypnotique) jusqu’à l’apothéose et un final bien tronqué. Pour « King », c’est elle qui a le premier plan. Sur une ambient langoureuse et toute flottante, elle égrène une comptine doublée des graves d’Usher sur le refrain. « Egg Mantra » est bien plus noir, entraînant dans ses couches rythmiques une ligne discrète de volutes. Corina flotte sur ce magma, proche des incantations de Jarboe. C’est avec la reprise de « Naked Angel » (présente sur La Reine des Mouches de Die Puppe) que l’osmose est la plus tendre. La complainte jouée au piano profite des accompagnements synthétiques qui la scandent. Ralentissement et mise en veilleuse. Temps suspendu.
Autre partage important, la lecture émouvante du « Petit Chevalier » avec la fille de l’artiste qui revisite cette chanson lourde des relations entre une mère et son enfant, chantée par Ari pour sa mère Nico. Le titre est sans doute aussi un clin d’œil au travail de Dürer puisque son « Melencolia » ferait partie d’une trilogie incluant « Le Chevalier, la Mort et le Diable »
Des six titres du bonus, « Sigils on the Trees » est celui qui surclasse les autres : on y découvre un Black Egg marqué par les formes crépusculaire du punk ; des vocalises hantées, des guitares acides et un signe de sorcellerie qui plongent le projet dans sa sphère la plus noire. « Arrows » et le final « Stunde Null » prolongent cette atmosphère de belles nappes gothiques et d’échos… Acedia, c’est le dégoût, l’indifférence.
En composant un disque habité de fantômes, régénéré par des duos et qui fait lien avec l’Histoire (des arts, de la musique, de sa propre musique aussi), Usher tombe en partie le masque (on le voit paré de ses peintures Blackeggiennes au dos du disque) et signe un nouvel exutoire habile dans lequel il habille de drapés mortuaires et beaux ses réserves face à un monde où le païen conduit à l’individualisme et à l’instantané.

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Tracklisting :
01. In the black Sun

02. Leaving

03. Sterilize

04. Neon Man

05. King

06. Egg Mantra

07. Krieg

08. Nation

09. Naked Angel (Die Puppe)

10. Petit Chevalier (Nico)

Bonus CD : Acedia

11. Secret Wound

12. Sigils on the Trees

13. Arrows

14. Stains

15. Traum Baby

16. Stunde Null

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Note : 85%

Site du groupe / MySpace :

https://www.facebook.com/Black.Egg.Room

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