Bess Of Bedlam – Folly Tales

10 Mai 18 Bess Of Bedlam – Folly Tales

Il y a chez Bess Of Bedlam un peu du Peter Greenaway de Drowning by Numbers (1988). Dans le film, le loufoque british est associé à une beauté picturale et des faux jeux de plein air font se succéder des personnages qui interprètent des rôles décalés. Ainsi, les chansons de ce Folly Tales ont un charme précieux indéniable, lié à leurs harmoniques et constructions alambiquées (« The Painter »), tout autant qu’elles forment une galerie de portraits hors du temps, à observer minutieusement : poète, clown, peintre, sorcières et gens bizarres. Les compositions, graciles et imprégnées d’une pop-folk discrète, basculent dans le ténébreux de pensées curieuses : ainsi, le poète est forcément mort et les paroles se réfèrent à Bedlam, un asile daté de 1400 à Londres et qui, depuis, s’est transformé en place fictionnelle sublimant la grandeur des fous. Fanny, elle, ancre ses affaires dans la lignée d’un Henry Purcell, créateur de cette Bess échappée un temps de l’hôpital… Le crayonné de la pochette, décorée par Juliette Zanon, évoque furieusement ces pensées-mouches, fruits et fleurs et cernes aux yeux qui marquent l’enfant insane victime de neurasthénie. Cela rend plus percutante l’écoute des harmonies bancales d’un titre comme « From Silent Shades » car, comme chacun le sait, la mélancolie prépare aux hallucinations. En parallèle, la voix de Fanny possède ces intonations légèrement narquoises, qui marquent le temps et donnent distance à ce qui est raconté ; ces récits décalés vont alors la rapprocher des Beatles (« The Clown », « Weirdos ») ou d’un Zappa qu’on aurait entravé. On peut dès lors la positionner au côté de Watine et Rivkah pour cette réinvention constante d’une litanie pop, affranchie de la variété à la française, une version policée des errances frappadingues des Cerberus Shoal. Pourtant, lorsqu’on la croit un peu trop sage et sereine, ce sont les instruments et les effets qui font se dresser l’oreille : « Folly Stone » souffle et vitupère d’un banjo iconoclaste, « Dead Leaf » met en avant une guitare aigrelette, soutenue de nappes vénéneuses. Cette fausse douceur printanière fait aussi se réveiller un marécage hanté.

Parallèlement chanteuse et clavier du groupe Odessey & Oracle (d’après un disques des Zombies), Fanny ouvre avec Bess Of Bedlam une lucarne qui illumine son cabinet de curiosités intérieur.

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Tracklisting :
01. Brambles of Dourlens

02. The Poet

03. The Clown

04. Folly Stone

05. The Painter

06. Shake ! Witches are back

07. Dead Leaf

08. From silent Shades

09. Weirdos

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Note : 76%