Benjamin Whitmer – Cry Father

20 Mai 15 Benjamin Whitmer – Cry Father

Second roman de son auteur après Pike, Cry Father explore un thème bien connu en littérature américaine : les sentiments d’absence et de manque dans les relations père-fils. Dans la lignée de Larry Brown et Frank Bill, Whitmer dépeint une Amérique rurale désespérée où la drogue, l’alcool et la violence servent de béquilles quant à des existences misérables où la seule morale semble être celle de garder son flingue toujours à portée de main. Si le roman reprend un certain nombre de codes du roman noir, il s’en éloigne aussi de par la peinture de Patterson Wells, le fameux « père » du titre, et les lettres qu’il écrit dans un cahier d’écolier adressées à son fils décédé.

En effet, le récit est littéralement hanté par ce deuil impossible et la solitude qui en résulte. Travaillant à grimper aux arbres et dégager les lignes du réseau électrique après un cyclone, Patterson profite de ses vacances pour traverser le pays en compagnie de son chien Sancho. Direction le Colorado où il possède une cabane dans les forêts de la San Luis Valley. Dans ce lieu où les superstitions vont bon train, il retrouve son ami Henry et son fils Junior qui ressent une haine féroce envers son père, ainsi que Laney qui elle non plus ne se remet pas de la perte de leur enfant et qui compte attaquer en justice le docteur qui l’a laissé mourir. Regrettant de ne pas avoir vécu plus de choses avec son fils, Patterson se prend d’une étrange affection pour ce brutal cocaïnomane qu’est Junior. Peu à peu, un lien va se tisser entre eux qui va les entraîner dans un engrenage sanglant, causant des bagarres dans des bars miteux et multipliant les sales coups jusqu’à l’irréparable. Sans sentimentalisme, le roman explore cette violence héritée de père en fils et la cruauté d’un monde qui mènera à un final très noir. Malgré ces thèmes assez classiques, Whitmer retient notre attention quand il fait le portrait de cette Amérique immense et de son folklore étrange, ses habitants qui croient aux aliens, ses Indiens pour qui la nature est sacrée, ses légendes comme celle des mutilations inexpliquées des bêtes dans la vallée ou sa faune bizarre telle ces chèvres-araignées qui produisent de la soie solide. Au milieu de ce décor presque fantastique – qui colle bien avec l’idée de hantise et de fantôme du fils – errent alors tous ces paumés et pervers, tueurs en cavale, drogués jaloux qui ligotent leur copine dans la salle de bains, bikers stupides, dont la brutalité déteint sur Patterson et entre en contraste avec l’introspection des missives qu’il n’enverra jamais à son fils.

L’auteur met en place tout un tas d’éléments passionnants, qui en font un récit particulièrement écorché, mais on regrette qu’il ne creuse pas plus cette idée d’un paysage physique et émotionnel à la fois et qu’il laisse de côté les clichés du roman noir qui, au bout du compte, handicapent plus qu’ils ne servent son roman. Car Cry Father n’est-il pas finalement une version white trash sans fioritures des récits de possession et autres ghost stories ?

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