Bakibal – s/t

20 Déc 18 Bakibal – s/t

Quand un disque devient un copain, mais pas un coup de foudre, non : un bon copain. J’ai attendu avant de me lancer dans la rédaction de cette chronique de l’album de Bakibal : j’avais suivi dès les premières démonstrations publiques le projet, et ensuite le travail du duo a vite été impressionnant : les photos de presse, des titres en écoute, un clip.

Et l’album, enfin. Toujours un peu de crainte, une première écoute un peu en-dessous des attentes (je le voulais, ce coup de foudre !) et puis, j’y reviens, j’y reviens, j’y reviens… Tous les deux soirs en moyenne. Leur disque est addictif, c’est la garantie d’un bon moment, avec des retrouvailles et de nouvelles surprises à chaque écoute.

Pour les plus nostalgiques, il reste encore un peu de Oil 10 qui se dévoile ici et là : « Lneganpsa » ; le plus lent et alambiqué « Darin Nol », mélange improbable entre les Pink Dots, l’ethno et du progressif en descente… ; le plus vif et entêtant « Gilonaik ».

Les envolées ethnologiques (rappelons que Bakibal invente un lieu et des habitants, les Mneluin) sont les plus belles, elles ont la grandeur nécessaire alliée à la fragilité des instruments les plus agrestes (« O Giblan Abakibal », ses cordes frappées et son flutiau). Les nappes synthétiques, pourtant bien présentes, s’effacent dans leur machinisme et deviennent vivantes. En plus de leurs qualités inhérentes à ce sujet, le duo s’est adjoint les services de Harris Newman au Grey Market Mastering (à Montréal, travail avec A Silver Mt Zion, Vic Chesnutt, Oiseaux-Tempête…). Porté par une mélodie de base très facile (montée et descente), le titre « Giblanpsi » construit sa propre mythologie, sa grandeur archaïque sur réminiscences prog-synthétiques. Ailleurs (le très beau « Kiblablegile »), c’est un tantinet médiéval dans la fabrique de la valse en ritournelle élégante (on peut aussi penser à L’Opéra de Quat’Sous). L’alliage minutieusement réussi des sonorités crée un écrin intemporel et beau. C’est professionnel et on se plaît à imaginer ce qu’une telle bande-son aurait pu apporter d’imaginaire et de délicatesse aux plus récents Star Wars. On aimerait que les gros studios fouinent davantage pour dénicher des pépites comme celle-ci. On a même des ambiances qui plairont aux amateurs de Brendan Perry et des atours orientalistes (« Erilnonaik »).

Un trip plus tard (l’ambient sacralisée de « Igiloblan » ; le final aux insectes, piano et chant « Mnelnui Rin Nola »), on est prêt pour les titres plus tribaux et décalés-foutraques qui inventent leurs propres règles : « Blamninor » se fait une sorte de rap nasillard et gloussant, bondissant avec fantaisie, maniant le grotesque et la douce folie, sans qu’on sache si c’est vraiment bon ou trop dadaïste. « Blirok » offre, lui, sa cadence fêtarde aux vapeurs de mixtures spatiales un peu fortes, entre saccades et langueurs avachies sur des canapés rouge et argent…

Utelo et Gilles Rossire conçoivent leur monde, tâtonnent et avancent, réussissant à inventer les moyens d’un dialogue consistant, mêlant leurs goûts, leurs imaginaires et leurs talents. En resserrant le propos sur leurs plus fortes réussites, ils ont de quoi émouvoir longuement.

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Tracklisting :
01. Lneganpsa

02. O Giblan Abakibal

03. Giblanpsi

04. Blamninor

05. Blirok

06. Erilnonaik

07. Kiblablegile

08. Darin Nol

09. Igiloblan

10. Gilonaik

11. Mnelnui Rin Nola

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Note : 70%

Site du groupe / MySpace :

Website : https://www.bakibal.com

Facebook : https://www.facebook.com/BakibalOfficial

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