Au Champ Des Morts – Dans la Joie

08 Mai 18 Au Champ Des Morts – Dans la Joie

L’annonce de la participation de Au Champ Des Morts au festival de L’Homme sauvage a réveillé l’attention sur leur dernier album sorti en janvier… 2017.

Nous avions chroniqué dans notre ultime numéro du ObsküRe papier la sortie de Le Jour se lève, leur premier EP. Il est donc salutaire de se replonger dans ces drapés sombres entre deux sorties.

Au Champ Des Morts a laissé de côté Olen’k (dont est issue Cécile) et Anorexia Nervosa / Necromancia (pour Stefan) tout en gardant des intentions et des formes communes aux deux précédents groupes. Notons notamment ce « La Fin du Monde » débuté en guitares claires alors que la voix de Cécile imprime sa litanie dans l’éther nocturne avant une psalmodie rythmique proche des travaux de Rosa+Crvx.

Si leur black metal est majoritairement vociféré dans des tonalités écorchées classiques, ce sont les riffs de guitares qui donnent les vraies pulsations de cette musique : les nappes sont souvent claires, basculant régulièrement dans des mid-tempos et des orchestrations de couche très shoegaze, voire gothiques à la Sisters (démarrage de « Contempler l’Abîme » ou de « L’Etoile du Matin » et reprise de « Driven like the Snow » sur la version vinyle). C’est cette même envie de planer au lieu de tabasser qui guide les Wolves In The Throne Room et consorts. Mais, là où les Cascadiens camouflent les origines metalliques de leur musique, soit en les caricaturant, soit en les gommant, Au Champ Des Morts se sert de l’histoire du metal, n’hésitant pas à faire sonner plusieurs solis bien heavy, esquissant un trip à la Summoning ou se plaisant à faire surgir du hard-rock élégiaque (un peu à l’ancienne façon de Ange, il y a siiiii longtemps). Ainsi, « Nos Décombres » offre une belle parenthèse en chant épique en français alors que la musique s’élève et virevolte. Cet audacieux mélange entre tradition vieillotte et éruption massacrante crée une atmosphère. A l’opposé, « Dans la Joie » vrille d’un bourdon quasi-industriel mené par une basse survoltée. Les guitares font se suivre des riffs cabossés en syncopes harmoniques alors que la voix sonne la charge. Exutoire ironique, en référence au visuel et au nom du projet, comme si fatalement ce qui meurt ne cessait malgré tout de revenir à la surface (Le Champ des morts désignant un lieu de trouvailles archéologiques en Auvergne). Les introductions assez brèves donnent des orientations émotionnelles, culminant avec « le Sang, la Mort, la Chute » : dans ce titre changeant, la tradition monastique frôle le gothique des Elixirs du Diable (Hoffman) ou du Château d’Otrante (Walpole) : les voix ne cessent de créer et de suivre les tourments des personnages, s’épuisant avant un sauvetage final (sonorités de claviers jouées par les guitares dans un élégant final assez typé This Mortal Coil). C’est une semblable recherche qu’affectionnent leurs compagnons de label, non pas Blut Aus Nord (on ne retrouve que rarement chez ACDM le goût des dissonances glissées et des bruitages), mais plutôt chez Porta Nigra. On a alors à faire avec une enveloppe médiévale expurgée d’un quelconque folklore réactionnaire, ne conservant qu’un esprit, une mystique de l’accablement puis de la révolte au grand jour (« Après le Carnage »). Le travail de sape du mixage préserve même ces alternances de camouflage-dévoilement, magnifiant notamment les parties rythmiques qui forment une grosse partie du travail : comme les deux guitaristes Migreich et Stefan imposent leur composition du voilage, ce sont la basse de Cécile et la batterie de Wilheim qui imposent les mouvements et variations. La musique respire sous ses sculptures audacieuses, se délecte des frappes plus sèches ou plus nimbées d’échos des cymbales et de la caisse claire. Avec « L’Etoile du Matin », la voix se fait prophétique (dira-t-on qu’on songe au Bertrand Cantat de Nous n’avons fait que fuir ?), annonçant ruines et apocalypse, Vénus symbolisant bien ce Lucifer en lieu et place d’un Jésus ; ce nouveau monde qui apparaîtra à la fin sera différent, porteur d’espoir au milieu du malheur.

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Tracklisting :
01. Nos Décombres

02. Après le Carnage

03. Le Sang, la Mort, la Chute

04. Contempler l’Abîme

05. Dans la Joie

06. L’Etoile du Matin

07. La Fin du Monde

+ bonus Driven like the Snow (reprise de The Sisters Of Mercy)

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Note : 80%

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Le bandcamp du groupe

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