Art Kinder Industrie – 1988-1990

09 Jan 19 Art Kinder Industrie – 1988-1990

Les titres de cette compilation ne sont pas groupés dans un ordre chronologique, car il ne s’agit pas ici d’une anthologie, mais d’une sélection assemblée pour faire sens, pour permettre un voyage dans le temps, revisité par le prisme contemporain (cf l’interview). Ainsi, les paroles du premier titre « Radiations » (sorti en 1990, soit à la fin de la période couverte par ce disque) vont très bien fonctionner comme lancement pour cette explosion rétro pas si datée que ça. Pas si datée car, si ces sonorités 80 ne nous ont jamais totalement quittés, elles sont dernièrement puissamment revenues au goût du jour.

Les débuts de David Carretta avec Xavier Vincent sont très typés EBM : on retrouve les sons typiques, et les propositions faites par les machines utilisées, ce qui fait qu’on a l’impression d’entendre un cousin de Die Bunker – qui sortait la même année Dreams are not free (sur « Für Freiheit und Frieden »). Ici, la froideur mécanique d’une mélodie simplissime, se réchauffe avec les ajouts réguliers de détails variés, et la voix densifie l’atmosphère avec ses refrains répétés, scandés ; on a même l’irruption de tonalités plus symphoniques. Un titre tubesque ! On pense aussi à D.A.F. sur un rythme bien basique, forcément (on ne parle pas des deux premiers disques des Allemands, mais à partir de Alles ist gut), même si l’évolution musicale plus poussée et travaillée de Art Kinder Industrie s’inscrit déjà dans une continuité plutôt qu’un faire-comme qui aurait été stérile (« Tanze und Lieben »). Ailleurs, sur « Visions », c’est le sample « Trip is an LSD expérience » qui sera lui aussi été utilisé par les Lords Of Acid sur le big-beat un rien facile de « LSD = Truth », mais neuf ans plus tard… Art Kinder Industrie donnait à ce sample une extension bien hallucinée, dansante et rêveuse, sur laquelle on ne tenait que par les pulsations terrestres quand la mélodie faisait grandir et toucher le ciel…

Le climat se fait martial et vilain avec « Children », plus agressif dans ses couleurs et samples : ça vibre et ça grince. On voit que David et Xavier savaient aussi manier dès ces débuts les climats sombres et lents, pas dans la manière de Dive, mais avec un ralenti qui dure, hypnotique qui fait s’élever une ligne mélodique de premier plan claire et efficace, presque dans les sphères cold-batcave lorsque la voix s’élève (« Sabbath of Love »).

Tout n’est pas excellent ; parfois c’est un peu trop léger et conventionnel notamment avec « Are you ready to die ? », morceau très dans l’air du temps, mais sans relief particulier, le reflet d’une époque cependant. On a un même sentiment sur le roboratif et énervé « The Spy », avec sa recette classique et efficace, qui laisse trace sur une façon de voir la musique de clubs : on pouvait alors danser sur du noir et du malsain, tout en évitant la surabondance et le brouillage des Skinny Puppy, sans basculer dans un minimalisme de façade (car les variations et breaks sont très nombreux). Les rythmiques savent également se faire plus élaborées, bombardant en tous sens, comme un bon à;GRUMH… (on peut penser à « Ayatollah Jackson ») sur « The World ». « Alerte Orange » joue sur ce tableau de la nouvelle scène techno (on disait alors techno, et pas electro… même quand on vivait à Tarbes comme nos deux lascars) avec son sample : « Qui a mis le feu à la discothèque ? » : l’hédonisme se cherche et se trouve, emporté par les boîtes de nuit de Manchester et de New York (eux avaient créé et tenu Le Saint, un club sur Tarbes), les premiers sons de la culture gabber et acid, avec des restes de bruits de verre brisé en esthétique punk-j’m’en-balance ! Sur « Medecine », c’est assez révélateur : on bifurque avec ce chant en français sur une trip bien bizarre, shamanique-electro-batcave. Un peu dans la ligne de L’An III avec « Les Enfants ». Tout s’inventait, à tâtons.

La bascule vers l’univers de David Caretta se met en place petit à petit avec le bien nommé « Teknik Tonfall », sur lequel la balance s’équilibre entre les années 80 qui s’achèvent et ce qui va venir ; le mix de guitares (un peu à la Spina dans le même temps) préfigure les futures déflagrations de l’indus-metal – AKI n’étaient bien sûr pas les seuls à anticiper sur ce courant – et le rythme se fait boulimique et porteur.

Cette compilation a donc de nombreux auditeurs potentiels : les archivistes, les fans de David Carretta, les curieux aficionados des années 80 et 90, les hédonistes sombres, prêts à danser en guettant la fin du monde… A écouter du début à la fin, sans se poser trop de questions, même si nous, on en a posé à David… (interview mise en ligne).

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Tracklisting :
01. Radiations (1990)

02. Für Freiheit und Frieden (1988)

03. Sabbath of Love (1988)

04. Are You ready to die ? (1990)

05. The holy Past Story V2 (1988)

06. Children (1989)

07. Medecine (1990)

08. The Spy (1988)

09. Visions (1988)

10. Teknik Tonfall (1990)

11. Alerte Orange (1989)

12. The World (1989)

13. The holy Past Story (1988)

14. Tanze und Lieben (1988)

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Note : 72%

Site du groupe / MySpace :

https://closer2.bandcamp.com/album/1988-1990

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