Archives des Musiques Industrielles de France chez Rotorelief

10 Août 15 Archives des Musiques Industrielles de France chez Rotorelief

Initiative géniale que celle du label basé en Bretagne Rotorelief que de lancer une collection entièrement dédiée aux Archives des Musiques Industrielles de France. À la fin des années 1970 et au début des années 1980 sont apparus dans nos contrées un certain nombre d’artistes affiliés au mouvement dit « industriel » ou « bruitiste », s’inspirant autant des futuristes du début du siècle, des techniques de la musique concrète que de formations anglo-saxonnes comme Throbbing Gristle, NON ou SPK. Avec une esthétique similaire de vinyles en vinyles (si ce n’est le logo et la typo propres à chaque groupe), cette série a vraiment été pensée comme un tout dont les premiers volumes viennent de paraître : Fondements bruitistes de Vivenza, Friction de Brume, Mit Lautem Geschrei de Minamata, Audiostatik Repress du Syndicat et Die Form + Fine Automatic. Sont déjà annoncés pour la suite : Geins’t Naït, A.I.Z., Stenka Bazin, Parazite (de Marc Caro), Étant Donnés, Mécanique Populaire ou Pacific 231.

On y retrouve bien évidemment le penseur de cette scène, Jean-Marc Vivenza, auteur du texte et des deux disques Fondements Bruitistes (1984). Bénéficiant en parallèle de l’édition de plusieurs livres trilingues (français-anglais-japonais) regroupant ses écrits d’époque, Vivenza a questionné à travers sa musique notre relation à la machine, à l’industrie lourde et plus généralement au monde moderne. Influencé par L’Art des bruits de Russolo mais aussi par la pensée de Marx et Hegel, le but de Vivenza n’était pas que d’enregistrer le bruit des chantiers mais de cerner l’essence même de l’humain à travers cette réalité acoustique productiviste. De fait, on retrouve bien dans ces disques cette forme d’abstraction, d’ascension humaine à travers la force de travail et la technique.

L’approche de Brume sur Friction est, quant à elle, bien différente. Enregistrés entre 1982 et 1984, ces morceaux, dont certains sont parus sur les cassettes Frikture (1985) et Le Jour du cochon (1987), sont issus d’une période d’expérimentations électro-industrielles pour Christian Renou car liées aussi au passage du tout analogique vers les premiers essais numériques ou électro-acoustiques. Assez représentatif de la créativité des scènes cassettes de ces années-là, l’album se base sur des instruments créés autant que sur des boîtes à rythmes, collages sur bandes magnétiques, bidouilles électroniques, guitares maltraitées, sons concrets mis en boucle, et parfois même émergent des morceaux dansants qui peuvent être à rapprocher de ce que faisait Nocturnal Emissions à la même époque.

Die Form aussi ont fait figure de précurseurs dans le domaine avec leurs cassettes parues dès la fin des années 70. Fine Automatic est un des projets parallèles plus bruitistes que Philippe Fichot a lancé en 1980. On reste dans l’électronique analogique et les prises de son directes. Mais même si l’on peut sentir de petites similitudes avec l’album Some Experience with Shock (1984), le son est définitivement plus agressif et difficile (le power electronics radical de « Life Inside the Machines », la noise sans fioritures de « Disabled Landscape » qui s’étend sur dix-neuf minutes, le minimalisme autiste de « How to Die with Dignity »). On est d’ailleurs plus souvent dans de ce qu’on appelait l’ « anti musique ». Cette belle édition en deux vinyles permet aussi de se rappeler les origines industrielles de Die Form que l’on a trop souvent tendance à associer à des tubes pour dancefloors EBM ou goth tendance fétichiste.

Les ambiances tourmentées et apocalyptiques de Minamata viennent apporter plus de noirceur encore à cette collection avec leurs hurlements saturés et leurs sonorités maladives, morbides et cliniques à la SPK des débuts. C’est ici leur toute première cassette de 1984 parue sur le label New Wave et très recherchée que l’on retrouve en remasterisé. Pour finir, Audiostatik Repress était la première cassette du Syndicat. D’emblée, on pouvait ressentir leur intérêt pour ce que l’on nommera la noise rythmique ou le power noise, impulsé par Esplendor Geométrico et qui connaîtra un grand regain d’intérêt dans les années 1990. Toutes ces productions ne sont pas forcément faciles d’écoute, avec leur lot de bruits blancs, mais ont toutes un intérêt historique certain. Avis aux amateurs.
http://www.rotorelief.com/

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Note : 80%

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