Antipole – Northern Flux

09 Déc 17 Antipole – Northern Flux

C’est à la longue qu’il nous captive, cet album d’Antipole.

Parce que, de prime abord, il prête à sourire : le nom en premier lieu qui sonne comme un Interpol vite prononcé ; la typologie ensuite, tellement Antipole s’inscrit fortement dans ce qu’en France on a appelé la cold wave ; enfin, parce que la voix masculine choisie sur ce premier long format est fluette, sans grande envergure.

Ça, c’était au début mais, au moment de créer la chronique, on sait que ces aspects vont sauter aux yeux et aux oreilles, que c’est ce que plusieurs vont se dire en cliquant pour écouter…

Son nom, Antipole le doit à son implantation géographique : le projet est né à Trondheim, en Norvège, et l’antipole est le point opposé du globe si on suit une ligne le long d’un cercle imaginaire. Là, six mois de nuit et six mois de jour se succèdent, donnant naissance au black metal norvégien (le fameux Inner Circle), à Turbonegro ou aux anciens de A-Ha. Chez Antipole, on a droit à une musique discrète, presque tendre, langoureuse et en retenue : la cold wave glaciale et brumeuse.

Mais, au fil des écoutes, l’ensemble fonctionne. Déjà parce que Karl Morten Dahl a été prolixe et que le label l’a suivi. Huit titres n’auraient pas donné la pleine mesure de ce qu’est aujourd’hui et de ce que pourra demain devenir Antipole. Le projet offre de nouvelles notes de noblesse à ce courant. Cold wave, oui, bien mieux que post-punk, puisque la force, l’énervement, la violence sous-jacente ont cédé la place au spleen, à la délicatesse, à une certaine discrétion. Ça ne criera pas, ça n’écorchera pas ; tout au plus, on sentira un élèvement spirituel et des danses avortées (le balancement jouissif de « Someday »). Pour preuve, même la reprise du « Insight » de Joy Division se fait feutrée et lance ses notes jusqu’à l’épuisement, évacuant l’idée-même de l’apparition d’une voix.

On distingue aussi cette guitare qui fait sonner ses notes dans l’aigre, et une basse un tantinet rêche (« Narcissus »). C’est cet aigre-doucereux qui séduit, qui tance juste ce qu’il faut les esprits (« Reflected in You »). Alors, pour Antipole, un excès de mollesse ? Oui, il y a de ça dans ces longues plages qui répètent en boucle leurs couplets métamorphosés en refrain (« October Novel ») : c’est un tourbillon lent et fatal.

La voix de Paris Alexander est en retrait, soit dans le chant lui-même, soit dans le placement de la piste (« All Alone », jeu de cache-cache aux multiples sources), pas l’une de ces personnalités exubérantes. Oui, c’est vrai qu’il est incapable de rivaliser avec les tenants du genre, Robert Smith (Faith), Christophe Demarthe (Play), Philippe Lomprez (Joh’Burg)… Alors, Karl a su l’entourer. Un écrin féminin ajoute ses volutes, comme sur « Magnolia Skies » qui s’étire sur vocaux chuchotés. La même Eirene pousse en échos cold-shoegaze sur « Closer ». Cette volonté d’inviter des voix (déjà présente sur les titres précédents) sera à interroger pour l’avenir. Karl assume ce retrait du chant, cette mise à l’écart, cette absence de brillance. Son désir vocal est fantomatique.

Les mélodies, elles, s’installent durablement. Certaines avaient immédiatement séduit, telles ces harmoniques arachnéennes qui serpentaient autour de la bonne basse ronde de « Shadow Lover ». Rapidement, d’autres titres sortent du lot et fascinent : « Le Châtelet », ritournelle corback gris-de-noir, élégante dans la forme et le fond.

Les intentions sont précieuses, Karl Morten Dahl va de l’avant (deux singles numériques sortis avant ça construisent déjà une histoire). Il sait ce qu’il aime et comment il peut donner corps à ses sentiments. Derrière la réussite, il reste alors à gagner en épaisseur, en culot, en lâcher-prise, pour se grandir à la hauteur de ce qui est, ici encore, suggéré.

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Tracklisting :
01. October Novel

02. Shadow Lover

03. Dans l’Entrée

04. Summer never ends

05. Reflected in You

06. Magnolia Skies

07. All alone

08. Le Châtelet

09. Someday

10. Narcissus

11. Distant Fall

12. Closer

13. Please let me sleep

14. Insight (reprise de Joy Division)

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Note : 74%

Site du groupe / MySpace :

La page du label (écoute et commande).

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