Anni Hogan – Lost In Blue

04 Avr 19 Anni Hogan – Lost In Blue

Anni Hogan (Marc & The Mambas, The Willing Sinners, La Magia) fait parler les autres sur Lost In Blue. Le nouvel album, produit par Dave Ball (Soft Cell) et Riccardo Mulhall, prend la forme d’une déloicate bande sonore spleen jazz collectionneuse de voix. Quelques exemples, spectaculaires : Lydia Lunch, Wolfgang Flür, l’ex-Bad Seeds/Gun Club Kid Congo Powers, mais aussi et encore Gavin Friday (Virgin Prunes). Un recueil posé et couleur ébène, de sentiment et de ressentis. Collection de choses que les volutes orchestrées retiennent, aussi fines et peu démonstratives que dosées en émotions.

La performance de Lydia Lunch, sur « Blue Contempt », se remarque. Lydia est ici en ce terrain de jeu qu’elle connaît bien : un cabaret noir dont la tonalité type la nouvelle œuvre d’Hogan. Chaque invité(e) est à sa place.
Se dire aussi que l’invitation ne se limite pas à la performance vocale pour les personnes sus-citées comme pour les autres. Lorsqu’elles prennent la main au chant, c’est aussi sur la substance textuelle. Une part de négativité nourrit alors le disque, tout en donnant le sentiment d’être acceptée, assumée. Désir d’éloignement et rituels de l’habitude pour Lunch, et lorsque la maitresse des lieux, Anni, reprend la main, c’est pour le souvenir de la personne absente (« Thunderstuck », en mémoire à Jo Cox MP).

Il y a Lydia, et il y a les autres, pas moins remarquables. John Fiddler par exemple. Lui délivre une troublante performance et tout en souffle sur le titre éponyme : le chanteur y maintient le sujet de la perte, récurrent dans le disque. Ce sentiment que tout s’effrite, s’effondre petit à petit autour de nous au fur et à mesure que le temps passe. Inexorable délitement. « All my Friends are falling », égrène une gorge désenchantée.

Les instrumentations étalent de subtiles colorations, produites avec soin et fruits d’un travail en trio incarné par Anni (orgue, melodica, claviers) et ses producteurs : Dave Ball (basse, synthétiseurs) et Mulhall (claviers, programmation, contrebasse). Et il y a du monde derrière, c’est de l’orfèvrerie. Les détails complémentaires et ornementations sont posés par une presque dizaines de musiciens complémentaires (viole, guitare, violon, saxophone, entre autres + basse fretless signée – rien que ça – Derek Forbes).

Jazz en filigrane, suintements cuivrés : Lost in Blue est un travail posé, minutieux. Si tensions se révèlent, leur installation ne se fait pas dans un dessein d’explosion. Pour autant, certains moments contiennent leur part anxiogène. Parmi eux, ce « Angels Of Romance » que Gavin Friday imprègne d’une vibration intime et à laquelle la réverbération donne ponctuellement effet d’envol. L’album se termine par un spleen éponyme aux relents bluesy, et l’un des morceaux les plus réellement « chantés » de l’ensemble – et au risque de nous répéter : John Fiddler, là-dessus, est remarquable.

De l’écoute, au final, se retient la délicatesse de forme d’un ensemble traversé par quelques moments d’effroi. Ondule dans Lost in Blue une vibration d’existence qui passe par l’affrontement des peurs et du vide. Les autres aident Anni à construire ce puzzle perpétuant quelque chose d’elle-même. Une réalité complexe et intime. « I am the sum of all my parts », dit-elle à propos d’elle-même, en guise de biographie. Un beau disque et pas seulement dans sa forme physique, réellement superbe. Cette dernière a été assumée par un label auquel, au regard notamment de cette nouvelle référence, on ne pourra plus simplement rapporter l’étiquette d’une spécialisation industrielle, noise ou neofolk. Cold Spring sort des musiques certes expérimentales, mais surtout existentielles.

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Note : 75%