Aldo Chimenti – Death in June : A l’ombre des runes

07 Juin 12 Aldo Chimenti – Death in June : A l’ombre des runes

On attendait avec impatience cette biographie, considérée comme le pavet ultime sur Death In June, groupe-matrice et séminal issu de la scène post-punk/cold-wave anglaise avant de créer son propre univers de folk post-industrielle, associée à une imagerie ésotérique et totalitaire. Fortement illustré, l’ouvrage, long de presque 800 pages, prend pour base un long entretien (près de 200 questions) avec Douglas Pearce, durant lequel le maître d’œuvre revient avec de nombreuses anecdotes croustillantes sur l’histoire de ce projet. Pour le reste, Aldo Chimenti propose un parcours chronologique dans la discographie du groupe, et les références ésotériques et littéraires qui la sous-tendent (il est souvent question de Mishima, Jean Genet ou Aleister Crowley). Mais même si l’on ne peut nier apprendre un certain nombre de choses (la partie sur Crisis est particulièrement précise et détaillée), ce travail biographique souffre de deux parti-pris.

Tout d’abord, en ne laissant la parole qu’à Douglas Pearce, l’auteur perd toute objectivité journalistique. En effet, l’histoire de Death in June a bénéficié d’un certain nombre de collaborateurs, primordiaux aux évolutions musicales adoptées au fil des ans. Parmi ceux-ci, on peut juste citer David Tibet, Tony Wakeford, Patrick Leagas, Boyd Rice, John Balance, Albin Julius, Les Joyaux de la Princesse, Richard Leviathan ou encore Rose McDowall. Ne pas leur donner la parole équivaut à amputer le groupe d’une part importante de son énergie créatrice. De plus, faire l’abstraction de toutes les polémiques que le groupe a engendrées est dommage car la part de provocations et de questionnements est chère à cet univers. En ayant interrogé quelques artistes ayant croisé le chemin de Douglas P., on aurait pu obtenir une vision plus globale et complète du phénomène DIJ.

Mais le livre souffre surtout du fait qu’il a été écrit par un fan, qui s’emporte bien trop souvent dans une logorrhée pompeuse, emphatique, qui ne mène à rien, et surtout qui finit par remplir bien trop de pages. Chaque morceau s’apparente à un véritable orgasme pour l’auteur. Cela dit, il faut dire qu’il y a une véritable jouissance à lire cette prose romantico-mièvre et on avoue s’y être repris à plusieurs reprises pour essayer de comprendre certains passages. Ainsi, l’album Rose Clouds of Holocaust est constitué de « projections d’exégèses/prédictions insaisissables, une horde de cryptogrammes indéchiffrables qui se ramifient parmi les pentes périlleuses et les roches vives de sémantique pearcéenne pour dépasser tout essai d’examen rationnel et de jugement logique ». En effet, jugez plutôt : « Des rayons tournoyants qui cachent des hiérophanies kaléidoscopiques qu’il faut intercepter et recouper avec les lames de l’intellect, comme des décharges neuronales qui excitent les cellules de l’imagination et incitent à l’exercice spéculatif le plus ingrat, mais qui à la fin multiplient les doutes et génèrent d’obsédantes psychoses herméneutiques (…). Chaque morceau est la somme algébrique de nombreux instants fugitifs, vécus dans l’intériorité illimitée de notre ami comme des illuminations cathartiques livrées à une muse emballée. Ce sont des brèches de poésie enivrée qui déchirent des dimensions oraculaires extraordinaires, des lettres de l’au-delà sonore qui arrivent comme des bulletins codés d’un S.O.S. désespéré, condamnés à devenir une étincelle de révélation pour quelques-uns, des cercles dans l’eau destinés à se diluer dans le tourbillon de la pensée étonnée, des lambeaux de gnose philosophique déchirée et des sursauts spasmodiques d’un mal d’exister jamais aussi dur et conscient ».

Si vous trouvez cette écriture poétique et qu’elle vous aide dans une meilleure compréhension de l’univers de DIJ, jetez-vous sur ce livre, il y en a des pages. Si, au contraire, vous pensez que ces pensées élogieuses n’ont rien à faire dans un ouvrage biographique, passez votre chemin car l’effet soporifique est garanti.

Au final, le livre vaut en grande partie pour son entretien avec Douglas P. (qui n’est pas à une contradiction près, mais est-il nécessaire de le rappeler?) et pour l’envie qu’il donne de réécouter les disques encore et encore. De la trilogie The World That Summer / Brown Book / The Wall of Sacrifice à la mélancolie funèbre d’Ostenbräun ou Kapo!, DIJ lègue une bonne poignée de pièces maîtresses, et au bout u compte, peut-on vraiment en vouloir à Aldo Chimenti pour s’emporter dans un lyrisme interminable? Ce ne sont peut-être là que les risques d’une consommation trop intense.

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Tracklisting :
AUTEUR : Aldo Chimenti

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Note : 64%

Site du groupe / MySpace :

http://www.camionnoir.com/

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