Adan+Ilse – 2012-2019

08 Avr 19 Adan+Ilse – 2012-2019

Ne pas faire les choses à moitié. Adán & Ilse, formation incluant Pedro HIV+ et Usher de Norma Loy et Black Egg (assortis à un moment de Peter Rainman), sort ces jours-ci sous le patronage du seul Pedro une compilation rétrospective des différents travaux étalés sur sept ans. D’où un changement léger de nom en Adan+Ilse lié à la volonté de célébrer avec emphase cette fin.

Mais, plutôt que de proposer des anciens titres qu’on glanerait ici et là en étant fortiche, carte blanche a été donnée aux signatures et amis du label. Ainsi, on se trouve face à un ensemble neuf, relu et réapproprié d’Adan+Ilse, en même temps qu’on a une ouverture vers plusieurs pointures des musiques actuelles. Vogue.Noir débute ce bal, lui qu’on apprécie autant désormais pour ses propres compositions que pour ses relectures qui subliment les originaux (ah ; cette version de « Falling » de Wendy Bevan !). Ici, il s’éclate sur « Sin of Sin », étirant le temps vers la langueur, mettant la délicatesse en avant.

De semblables plaintes fusent de « Blind » et le texte y gagne en poésie et en lisibilité. Les vocaux plus adolescents sur un rythme hédoniste rappelant les belles heures de D.A.F. gagnent un nouveau vernis limite transe, épousant des teintes sensuelles, la langue espagnole de « Gente moderna » recouverte par des nappes ici et là plus douces. La langueur baignait dès le départ les sorties d’Adán & Ilse, on la retrouve ici avec cette vision de « What do You want » par Radikal Kuss : c’est de nouveau moite, un brin vicieux et sexy, à l’image de cette version minimal vocal de « Energy ».

L’agencement des titres révèle un travail : ainsi, la version démo de « Bleeding for You » est immédiatement suivie de son remix par Blind Delon. On constate alors clairement ce qu’un morceau peut gagner en évolutions, d’une simple esquisse jusqu’à l’une de ses relectures. En DJ et en connaisseur des aléas de la musique, Pedro donne là une leçon sur ce qu’est un morceau : à qui appartient-il ? Que devient-il une fois laissé libre ? C’est une semblable interrogation qui l’a poussé à rejoindre la collection Paroles de Fans chez Camion blanc : un morceau échappera toujours à son créateur et prendra son autonomie dès lors qu’il tient la route. Ainsi « Voice in Blue » file droit et ramasse les gravillons plantés par Mr Nô au fur et à mesure de son long voyage. Maman Küsters pousse plus loin encore en incorporant sa voix au début de « Nuevo Siglo » : plus qu’un remix, le titre devient du Maman Küsters. Et que dire de Kill Shelter ? La sensation goth-rock s’empare de « By the Way » et de « Bleeding for You » et se les approprie au point de les faire jurer avec les autres : guitares lead ténébreuses, raclements industriels et voilà un slow des bas-fonds en première ligne, suivi d’un tir rageur orienté darkwave et teinté d’épique. Il clôt le disque avant les bonus.

AkA œuvre dans le rythme et l’ambiance, sondant les sonorités de la harangue ; Hardlab titille l’EBM comme à la bonne époque ; Jostronamer, enfin, dépouille « Lost Overdrive » de ses oripeaux, déshabillant le titre pour mettre à nu la basse bondissante tellement typée années 80, entre funk et coldwave.

Les inédits ne sont pas des fonds de tiroir : « Stigmata » possède en lui une acidité noire qui retourne bien la tête durant les plus de sept minutes de ce titre bien construit. « Crucifixio » relance une EBM-cold syncopée, raclant les moments de détresse en levant la tête face à un soleil de plomb. Bras en croix, tête dans le vide en attendant des jours meilleurs. « Sweet Agony », composée par Phllox et chantée par Pedro, est follement nocturne pendant sa belle introduction, proche des travaux de Tor Lundvall sur son Empty City. Lenteur, solitude, rues vidées de leurs habitants, restes de soirée et ces réminiscences d’un Bowie aussi noir que chez Bauhaus.

Avec cet ultime disque, A+I s’offre une rétrospective dans la lignée des Substance : l’histoire d’une formation n’est jamais réellement achevée, ses titres perdurent et, savamment agencés et remodelés, appellent une suite, comme une boucle hors du temps.

Tracklisting :
01. Sin of Sin (remix par Vogue.Noir)

02. Blind (remix par Antipole & Paris Alexander)

03. Bleeding for You (demo)

04. Bleeding for You (remix par Blind Delon)

05. Stigmata

06. Crucifixio

07. What do You want (remix par Radikal Kuss)

08. Gente moderna (remix par Dave Inox)

09. Voice in Blue (remix par Mr Nô)

10. Sweet Agony

11. Energy (Minimal Vocal mix par HIV+)

12. Nuevo Siglo (remix par Maman Küsters)

13. By the Way (remix par Kill Shelter)

14. Bleeding for You (remix par Kill Shelter)

BONUS

15. Nuevo Siglo (Active Foreplay remix par AkA)

16. Adrenalina (remix par Hardlab)

17. Lost Overdrive (remix par Jostronamer)

Note : 82%