A Perfect Circle – Eat The Elephant

22 Avr 18 A Perfect Circle – Eat The Elephant

La sortie d’un quatrième album d’A Perfect Circle (si nous incluons à la série de créations studio un certain eMOTIVe) est évènement en soi.

L’absence totale de production du projet de Billy Howerdel et Maynard James Keenan depuis 2004, a créé une situation d’appétence publique comparable à tout ce qui concerne de près ou de loin la personne de Maynard. Tool et A Perfect Circle font d’ailleurs l’objet d’une vénération qui dépasse objectivement celle vouée à son projet devenu plus régulier ces dernières années, à savoir l’iconoclaste Puscifer.

Avec Eat The Elephant, Keenan et Howerdel présentent sans doute une facette plus directe de leur art commun. À l’exception de quelques expérimentations ouvertes et assumées, le binôme présente une série de compositions charnelles et moins étranges que celle du contenu que nous eûmes pu considérer comme définitif sur le critère du style, à savoir Thirteenth Step.
Eat The Elephant ne bousculera pas le statut de ce dernier en ce qui nous concerne, mais a un potentiel : le disque est taillé pour la scène. Les ambiances envoûtent assez directement, et la voix de Keenan remplit son office (texturation unique, comme toujours). C’est à l’image du reste : les développements les plus nerveux d’APC ont ce quelque chose de spécifique qu’a moins le fort respectable projet solo d’Howerdel, Ashes Divide, responsable d’un seul enregistrement.

Coproduit par les deux protagonistes principaux, associés à Dave Sardy, les mélodies ne figurent pas parmi les plus tordues du fond de catalogue ; mais pour sûr, gardent un pouvoir d’envoûtement à elles propres (« The Contrarian »). Il y a, il faut le dire, quelque chose de plus suave dans ce disque que dans les précédents, et le constat pourra gêner ceux des fans qui attendent avant toute autre chose la tension harmonique, le moment inclassable. Pour autant, Eat The Elephant a sa part de mystère et d’intériorité. La présence de sons synthétiques et de pianos disséminés contribue certainement, avec la présence des mid et low tempos, à créer ce reflet intimiste. Keenan observe le monde et contrairement à ce qui s’était produit pour eMOTIVE, prend en charge l’ensemble du chant. Peut-être – nous supputons – prend-il distance vis-à-vis de cette humanité décrite comme manquant de responsabilité, la tonalité de l’album oscillant entre acidité retenue, morgue rentrée et rondeurs aux reflets romantiques. Mais APC n’est à notre avis jamais meilleur que lorsqu’il montre les dents. Il les montre donc, sans que jaillisse cri primal. Une forme d’héroïsme motive les titres au nerf le plus contenu (« The Doomed », grande réussite), quand les envolées rock prennent éventuellement teinte plus lumineuse : « So long, & thanks for all the Fish », qui succède à « The Doomed », donne au son du groupe une allégresse pop et orchestrale, sans convaincre tout à fait autant que son prédécesseur. Beau titre néanmoins, et sûrement l’un des plus directs d’Eat The Elephant. À évaluer en concert. « Talk Talk », lui, contrebalance l’effet par un low tempo que marquent le spleen et la tentation métallique. Ce trio de titres offre au disque un cœur authentique.

Si au final on regrettera le manque d’up-tempos, A Perfect Circle expose un état de l’art rassurant. Le binôme Howerdel/Keenan, s’il peut avoir du mal à s’organiser ou à s’accorder sur une direction, produit en 2018 un disque cohésif, plus immédiat que ses prédécesseurs. Assumant un certain sens du spectacle, il provoquera une disparité de sentiments en fonction des attentes… sauf celui, a priori, d’un retour au rabais. APC joue plus franc, plus fin aussi, n’étonne certes pas tout le temps mais, assurément, garde de sa superbe.
Espérons qu’il en sera au moins autant de même pour l’autre groupe de Maynard, Tool, d’ici 2019.

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Note : 75%

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