2methyl – Layer 8

28 Août 15 2methyl – Layer 8

Ad Noiseam fait les choses bien.
Il y a d’abord la forme : les objets sont beaux, toujours.
Et puis le fond. Ce label versatile en matière de musiques electro, post-industrielles et expé publie de la très bonne musique : son catalogue est une mine et traduit un niveau d’exigence que nous tenons aujourd’hui à saluer, et qui se vérifie de la même manière, et au moins autant, sur ses publications les plus récentes. Sur les périodes juillet / août 2015, Ad Noiseam porte des références à faire pâlir : deux choses aussi opposées dans la forme qu’une collection de travaux pianistiques spectraux signés Stavros Gasparatos (enregistrements live réalisés à New York et intitulés Expanded Piano), et ce nouvel album studio de 2methyl, anciennement connu sous le moniker 2methylbulbe1ol.

Avec Layer 8, Nicolas Druoton (activiste sonore originaire de Besançon) impose une nouvelle fois sa marque sur un format long après le EP Orb. C’est un disque d’une grande force dynamique, et dont les circonvolutions affichent un ADN cybernétique. La patine electronica de 2methyl absorbe d’un halo climatique, comme pour mieux les magnifier, des agencements rythmiques d’une finition jouissive. Non que 2methyl abatte systématiquement la carte de la charge : Layer 8 épure et détaille, faisant la part belle à des rythmiques enlevées, à travers des phrasés qu’aurait pu déployer sans coup férir un vieux Frontline Assembly : la robotique dansante de « Stase » est de celles-ci, par exemple. Elle vous fait littéralement décoller dans sa syncope initiale, avant de revirer et imposer un replat plus frontal et basique sur son dernier tiers. C’est là, aussi, une constante dans la réalisation sonore de 2methyl : une maligne tendance à ne pas laisser s’installer les choses pour ce qu’elles sont ou ce qu’elles définissent. En cela, il se trouve chez 2methyl une prise de distance avec les postulats basiques de la musique répétitive, lesquels infusent et depuis belle lurette partie des productions electro. 2methyl, en soi, n’aime pas que les choses se figent trop longtemps : une persistante recherche de variation donne au disque tout son sel et, quelque part, son… storytelling, en dépit de l’abstraction qui nimbe par nature toute musique instrumentale.

Si l’étiquette drum’n’bass/dubstep en appelle forcément à l’exultation des corps, il ne faudrait pas résumer Layer 8 à cela : c’est aussi un disque plein de circonvolutions, d’intériorité. Cette dimension psychique fait l’objet de développements sinueux et envoûtants tels que « Shelter ». Ferment cinématographique pour travail sculpté : du début à la fin de l’album, 2methyl déploie et affermit encore ce glaçage qui, sur la forme, donne à sa vibration une classe singulière. Un apprêt qui, toutefois, n’enferme pas le son dans un enjeu purement esthétique : il ne s’agit pas de mettre l’auditeur dans la position d’un spectateur simplement ébahi par une forme dont il ne saurait vraiment se saisir. Au contraire immersive, bien finie, cette musique veut autant vous appartenir que vous posséder.

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Note : 80%

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