Zeromancer – Interview bonus Obsküre Magazine #14

09 Avr 13 Zeromancer – Interview bonus Obsküre Magazine #14

Avec Bye-Bye Borderline, Zeromancer s’est révélé. Certainement son meilleur album depuis bien longtemps – si ce n’est le meilleur tout court. C’est avec un grand plaisir que nous prolongeons l’entretien publié dans Obsküre #14 (mars / avril 2013) avec un groupe merveilleusement soudé, qui a réussi à surmonter bien des épreuves pour rendre possible la naissance du rock indus cold et tubesque de ce sixième album. Place à Kim (basse, chant), Lorry (claviers) et Alex (chant).

Vous vous sentez comment, votre sixième album sorti ?
Kim : Très soulagé, honnêtement. Nous n’avons eu aucune pression extérieure, juste la nôtre. Ça rend les choses suffisamment difficiles ! Initialement, cet album devait sortir en 2011, mais nous eu pas mal d’obstacles. Ma migraine nous a immobilisés pendant un an, et nous avons enchaîné sur une série de concerts de mon projet, Ljungblut, et de Seigmen. Que nous parvenions à sortir Bye-Bye Borderline début décembre 2012 a été une victoire personnelle. À l’échelle de nos six albums, je dirais qu’on décroche une médaille de bronze : Clone your Lover et Sinners International représentent les plus gros défis que nous ayons pu faire aboutir ; Clone your Lover parce que c’était notre premier album et qu’il est sorti un an après le split de Seigmen, et Sinners parce qu’il était comme une sorte de come back, après des années d’absence et la recherche des meilleurs remplaçants possible d’Erik et Chris.
Lorry : Moi, je sens cette sortie comme une immense victoire. Après la sortie de The Death of Romance et une petite période de tournée, tout était comme en statu quo. On a déjà fait face à des challenges, dans le groupe, mais, pendant ces périodes de difficultés, on se rendait compte qu’on tenait le coup tous ensemble, pour Zeromancer. Rien ne peut changer ça. Et je suis aussi très satisfait et très fier de Bye-Bye Borderline.
Alex : Pour ma part : fantastique ! Et plutôt excité aussi. Et j’ai l’impression que ça ne va pas changer ! Je me sens aussi bien qu’il y a vingt ans. Zeromancer est une immense partie de ma vie, et je savourerai ça jusqu’à la fin. Quand Kim a été très malade, il y a deux ans, j’ai eu du mal à tenir le coup. Déjà, ce n’est pas très réjouissant de voir son meilleur ami souffrir à l’hosto, mais en plus, j’avais peur que ce soit la fin de Zeromancer. C’est super gênant de dire que j’étais plus préoccupé par le groupe que par l’état de mon meilleur ami, pour le coup. Mais j’avais tellement peur de perdre la seule chose pour laquelle je sois bon, que j’aimais tant… j’aime ce type jusqu’à la mort, mais je suis certain qu’il penserait la même chose que moi si je tombais malade (rires). J’ai hâte de tourner pour cet album avec ceux qui sont mes meilleurs amis.

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L’artwork de l’album est pur, très sobre. Comment l’avez-vous choisi, et que signifie-t-il pour vous ?
Kim : C’est assez marrant. D’abord, on avait eu l’idée d’aller chez Lorry pour prendre des photos de plusieurs sortes d’accessoires auxquels sa femme tient. On a conclu la séance par une photo d’une grosse lampe suspendue au-dessus de la table. Elle si poussiéreuse que j’ai écrit le titre de l’album dessus. Ça a fait un super  cliché, et on a laissé la lampe comme ça. Bon, au final, on ne l’a pas gardée pour la pochette. Je pensais utiliser le symbole du titre « Ash Wednesday », une croix de cendres que les catholiques dessinaient sur leur front quand ils commençaient le carême. J’ai déniché de la vieille peinture noire et j’ai tracé la croix sur un bout de papier avec un bâton. J’ai obtenu ce que je voulais du premier coup. Notre designer trouvait que c’était une vraie œuvre d’art, et il m’a demandé où je l’avais trouvée, quel type de toile et de pinceau avait été utilisé. Alors j’ai compris que c’était la cover idéale pour l’album. Et je suis d’accord avec toi, j’en apprécie beaucoup la pureté.

Et qu’est-ce que vous a donné l’inspiration pour enclencher le processus d’écriture ? Quand vous êtes-vous lancés ?
Kim : Je démarre toujours avec le titre. Bye-Bye Borderline était là. Je ne sais pas du tout comment il est arrivé, exactement, mais j’ai immédiatement su que ce serait le début de tout. Le tableau entier s’est peint dans ma tête. Comme si tout tendait vers le résultat final. Comme un aimant attiré par le metal. La phalène par la flamme. Une fois que j’avais le titre, je pouvais presque te dire précisément comment chaque chanson sonnerait. C’est bizarre. Mais pour moi, les mots et les textes sont si importants… Mon projet, c’est de sortir un album par an (j’ai la chance d’avoir trois projets, Zeromancer, Seigmen et Ljungblut). C’est pourquoi je commence un album dans les jours qui suivent l’achèvement du précédent. Du coup, je ne peux pas vraiment expliquer quelle inspiration a donné l’impulsion pour cet album : c’est simplement mon rythme de travail. Je suppose que je n’ai pas réellement besoin d’une raison ou d’une inspiration particulière pour libérer le flot de créativité. C’est là, en permanence.
Alex : Nous avons commencé à écrire juste après la tournée pour The Death of Romance, si je me souviens bien. Mais certaines idées qu’on retrouve dans « Montreal » et « Manœuvres » ont été écrites en 2010. La tournée était tellement géniale ; on voulait commencer un nouvel album tout de suite. Je pense que tout le monde était stimulé par le fait d’être sur les routes, en tout cas, c’était mon cas. Mon ordinateur portable est mon outil de base pour composer. Je joue et tâtonne avec les sons. J’ai besoin d’être dans une atmosphère particulière pour démarrer. Ça peut venir d’un rythme, d’un son, ou d’un simple bruit. Un truc qui me met dans l’état d’esprit dont j’ai besoin.

 

Vous jouez du rock indus depuis quinze ans. Quelques mots sur les groupes qui vous ont donné envie de faire de la musique ?
Lorry : Le désir de faire de la musique m’accompagne depuis ma jeunesse, et les groupes que j’écoutais alors sont, globalement, toujours mes groupes préférés : Kraftwerk, Nitzer Ebb, Depeche Mode, les classiques de l’electro. Quand je suis sur scène, il m’arrive encore de me mettre à sourire en me souvenant de l’époque où j’essayais d’avoir l’air cool en jouant du synthé et en m’imaginant que j’étais dans un de ces groupes.
Alex : Ça a commencé avec le Clash. Ils en jetaient tellement. Mais la plus grosse claque, quand j’étais gosse, ça a vraiment été Depeche Mode. Musique électronique, mais présentée davantage comme du rock. Chez eux, la pop avait une vibration noire que j’adorais. Mais c’est Skinny Puupy qui m’a fait commencer le chant. La première fois que j’ai entendu « Smothered Hope », j’ai pété les plombs. Les voix sonnaient de manière tellement énorme ! J’essayais d’imiter le son de sa voix sans savoir qu’ils utilisaient une importante palette d’effets. Ma gorge restait massacrée pendant des semaines, mais je voulais sonner comme eux, alors je m’acharnais à chanter comme ça. La combinaison d’un vrai groupe et de l’electro, c’était ça, le style que je recherchais.
Kim : Je crois que la raison pour laquelle on continue, c’est que c’est totalement naturel pour nous. On a grandi dans cette scène electro des années quatre-vingt. Et on a suivi le grunge et le metal dans les nineties. Notre musique est notre miroir. C’est clair qu’on se sent privilégiés d’être encore là après toutes ces années. Mais on s’est continuellement battus, pour ça. Rien n’est tombé tout cuit. Finalement, ce qui veut tout dire, c’est que nous savons que nous n’avons rien considéré comme acquis. On y a toujours mis notre cœur. C’est notre secret, je pense. Pour moi, Depeche Mode est l’influence la plus importante depuis mes treize ans. Pour bien des raisons, on peut dire que le combo de Basildon, est la bande originale de ma vie. Je vais les voir à Berlin, pour leur prochaine tournée. Je parcours toujours de sacrées distances pour les voir. Comme dans une machine à remonter le temps. Redevenir un gamin. Je suis un vrai fan.

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« Manœuvres » titille sérieusement ma curiosité. C’est la première fois qu’une chanson de Zeromancer me touche à ce point…
Alex : J’ai programmé le titre quand on était en tournée. J’écoutais tout le temps le dernier album de Nitzer Ebb, à ce moment-là. J’avais envie d’une batterie lente et d’une ligne de basse puissante. Je l’ai jouée à Kim, et il a écrit les paroles et le refrain. Au départ, le titre était beaucoup plus sombre, mais on l’a modifié pour qu’il colle mieux à ma voix. Ça a sacrément changé le morceau, mais au final, il sonnait bien davantage comme du Zeromancer.
Kim : « Manœuvres » a été écrit il y a un moment, quand on était en tournée en 2010. Avant que Pink sorte son tube « Raise your Glass ». Ça m’embêtait que des gens puissent penser que je m’étais inspiré de cette chanson. Alex m’avait donné plusieurs idées pour de nouveaux titres, et « Manœuvres » avait été le premier sur lequel j’avais commencé à travailler. J’aimais la monotonie des couplets, mais je voulais un refrain surprenant, plus mélodique. On a ajouté un pont inhabituel pour du Zeromancer. J’avais en tête les vieux albums de Simple Minds. Avec un cap d’intensité sur le dernier refrain, un changement de tonalité pour harmoniser la voix d’Alex, quand il va dans des notes plus aiguës. Sa voix sonne différemment, sur cet album. On voulait vraiment le pousser à atteindre un autre niveau, cette fois-ci, et « Manœuvres » en est un bon exemple. Les paroles s’inspirent d’un médecin que j’ai consulté : il disait que le seul moyen de se débarrasser de certaines maladies est de les embrasser. S’abandonner, et ainsi laisser la maladie faire son chemin, pour qu’enfin elle trouve une porte de sortie hors du système, et parte pour de bon.

> SORTIE
ZEROMANCER – Bye-Bye Borderline (Trisol, 2013)

 

 

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