Yvan Corbineau – Mamie Rôtie

18 Déc 11 Yvan Corbineau – Mamie Rôtie

Yvan Corbineau avait une mamie hors-normes. Cette mamie est morte et le poète écrivain lui rend hommage, le temps de l’écriture coïncidant avec celui de la mort pressentie. Un texte à l’image de cette grande dame. Iconoclaste, drôle, décalé.

Premiers souvenirs, du temps où l’on marche à quatre pattes et que la mère de Mamie est alitée, en fin de vie. On ne pouvait alors concevoir que tout passe et qu’un jour ce sera son tour à elle.

C’est que la mamie, elle jouait avec les mots et fait passer un temps de réflexion, comme ça l’air de rien : « Vous en avez pas marre d’être tailleur ? ». C’est elle qui vérifiait si la danse d’indien de l’enfant était bien sentie ou simplement feinte. Elle qui se laissait rôtir près du feu aux réveillons de Noël. Elle encore qui écoutait la trompette et les vieilles chansons d’Yvan.

Alors le petit-fils lui rend visite dans son hôpital, affronte la voisine aux bandages qui trempe ses doigts dans la soupe et le riz au lait afin de convoquer les meilleurs moments, ceux d’avant la chûte, ceux d’avant que mamie flippe, flanche et flambe. Sourit avec elle de sa peau devenue trop grande pour son corps ramassé, de ses mains déformées :

« Elle fait des gestes

Avec ses doigts tout raides

Comme des signes

De gang à New York ».

C’est qu’il s’agit de lutter contre la dernière peur, celle de rejoindre le vieux parti avant et qui assène ses coups de pioche dans la têtre de la survivante.

Et puis, parce que ça ne suffit pas, mamie revit dans ce livre, la main sur l’épaule du petit, veillant aux jeux avec les lettres, grosses et petites, sur la mise en forme, écriture carte-postale obligeant à secouer le livre. Un bouquin qui donne corps à cette veille de la vieille, ces instants partagés, ces ultimes émotions. La mamie renaît en quelques photos et dessins qui lui donnent de nouveau un visage. Quelque chose est passé de l’une à l’autre : le don de la langue, le regard jamais triste, le plaisir de vivre et de rire sans bouger la bouche.

C’est sorti chez un petit éditeur dont c’est le deuxième ouvrage. Ça s’appelle Un Thé chez les Fous et c’est situé dans une librairie toulousaine spécialisée en théâtre, pour férus de Beckett : Oh les beaux jours. Comme Yvan joue aussi sur scène, avec ou sans instrument, on pourra guetter une programmation de Mamie Rôtie ou des résurgences de ce beau texte hommage dans les travaux à venir.

Au revoir, la mamie, tu n’es pas oubliée.

 http://www.unthechezlesfous.com/Mamie_R%C3%B4tie.html

http://www.myspace.com/yvancorbineau

Mamie Rôtie, Yvan Corbineau, 2011

96 pages, 14,8/21 cm

ISBN 978-2-9535195-1-8

14 €

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