Xiu Xiu – Interview bonus Obsküre Magazine #20

04 Mai 14 Xiu Xiu – Interview bonus Obsküre Magazine #20

Complément de l’interview avec Jamie Stewart de Xiu Xiu autour de l’album Angel Guts : Red Classroom.

En décembre, vous aviez sorti l’album-hommage à Nina Simone, Nina, qui était plus orienté jazz. En revanche, avec Angel Guts : Red Classroom, vous réalisez peut-être votre album le plus sombre à ce jour. Ces deux albums ont-ils été enregistrés en même temps?

Jamie Stewart : Nina a été enregistré en une seule journée mais c’était pendant les sessions d’enregistrement pour Angel Guts : Red Classroom.

Ce désir de vous renouveler sans cesse fait-il partie de votre plaisir à vous surprendre, à expérimenter et à vous sentir déstabilisé? 
Mon père, qui était producteur de disques, disait que si ce que je faisais ne me rendait pas mal à l’aise c’est que peut-être je faisais mal les choses. Tous les disques que je possède et que j’aime, en tant que fan de musique, témoignent de musiciens qui ont poussé les limites en sautant par dessus des ponts. J’ai toujours voulu prendre exemple sur eux.

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Faites-vous une distinction entre les albums “officiels” de Xiu Xiu et les collaborations, les hommages ou les formats plus courts?

Les albums « officiels » de Xiu Xiu, que je catégoriserais comme des disques de chansons originales, derrière lesquels nous allons faire des tournées, répondent à des contraintes, des règles et philosophies qui définissent plus ou moins l’idée de ce qu’est ce groupe, du moins selon moi. Nous avons tendance à travailler dessus de manière concentrée sur une longue période de temps. Les disques de collaborations se libèrent de ces paramètres, même s’ils sortent sous le nom de « Xiu Xiu ». Ils sont libres d’être ce qu’ils sont par eux mêmes. J’apprends beaucoup en les faisant et j’applique cela aux sorties « officielles ». On pourrait parler de limites mais aussi d’une totale liberté. Ils produisent chacun des résultats différents et procurent des émotions très variées.

Les thèmes sont là encore très sombres (suicide, sexualité hardcore, peur…). Cela fait partie des raisons pour lesquelles on a dit que votre musique était un équivalent des récits extrêmes et sexuellement dépressifs de Dennis Cooper. Avais-tu des obsessions thématiques précises auxquelles tu voulais faire face à travers cet album ?

Je n’aimerais pas imposer ces significations à l’auditeur, mais pour moi l’album parle, parmi autres choses, du crime, de la peur de la violence physique, de l’endroit où je vis à LA, MacArthur Park et son voisinage notoire, Santa Muerte, ce que cela signifie de ressentir l’amour pendant l’apocalypse, le double suicide, la double pénétration et la sexualité racialisée.

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La dernière fois que nous nous sommes rencontrés, tu parlais de l’ennui que tu ressentais en Caroline du Nord et l’endroit très calme, peuplé d’étudiants, où tu vivais. As-tu trouvé une nouvelle énergie en revenant à Los Angeles (une des chansons se nomme « Botanica de Los Angeles »)? Est-ce que l’héritage violent de la ville a joué une part importante dans le son très urbain, parfois purement industriel, de ces nouvelles compositions? 
En grande partie, oui. La plupart des titres des chansons s’inspirent d’endroits de mon voisinage. Il y a beaucoup de misère pour beaucoup de gens mais c’est aussi un endroit où il règne une tension et une énergie incroyable. C’est un lieu que j’aime et qui me terrifie.

La production de l’album est un vrai régal. Un titre comme « Cynthia’s Unisex » n’aurait pas à rougir si on le mettait à côté des derniers enregistrements de Scott Walker. As-tu essayé de nouvelles techniques pour obtenir ce son très riche?

C’est un énorme compliment vu qu’il est une des mes idoles absolues. Cela vient en partie de l’utilisation d’un matériel spécifique mais nous avons aussi passé plus de temps à obtenir des sons. Nous avons toujours travaillé durement sur les sons mais jamais comme sur ce disque. Nous avons aussi travaillé avec un nouveau producteur, John Congleton, et il est maître dans l’art de prendre un son qui est déjà barré et de l’amener encore plus loin.

Que représente l’insigne de la pochette pour toi ?

Les deux croix latines sont un symbole médiéval de la mort et la mort avec un « M » capital dominera. Encore une fois, je sonne comme un ado quand je dis ça.

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