X-Mal Deutschland – Flashback Interviews : Anja Huwe & Ivo Watts Russell – Bonus Obsküre Magazine #15

13 Mai 13 X-Mal Deutschland – Flashback Interviews : Anja Huwe & Ivo Watts Russell – Bonus Obsküre Magazine #15

X-Mal Deutschland fait partie des groupes qui nous ont profondément marqués durant notre jeunesse. Le décès tragique de Peter Bellendir, percussionniste notamment sur les albums Tocsin et Viva, nous a donné l’envie de revenir sur l’histoire de cette bourrasque puissante et poétique qu’ont apportée les allemands au sein des courants les plus sombres du post-punk des années 80. Par devoir de mémoire, tout simplement. Nous sommes donc revenus avec Anja Huwe, chanteuse possédée devenue peintre toute aussi charismatique, et Ivo Watts Russell, l’ancien boss du label 4AD, sur les étapes importantes qui ont jalonnées la carrière du groupe, tout en évoquant le souvenir de Peter.

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ANJA HUWE

Tout commence à Hambourg au début des années 80 avec un groupe entièrement composé de femmes. A l’époque, la scène post-punk est très active dans la ville avec des formations comme Palais Schaumburg, Geisterfahrer, Im Namen des Volkes.
Anja Huwe : Hambourg était une ville très riche musicalement, c’est là où a commencé cette scène plus punk, Berlin c’était plus l’avant garde underground comme Die Tödliche Doris ou Einstürzende Neubauten. La musique que nous avons commencé à faire était inhabituelle à l’époque car nous avions des synthés et nous étions des femmes. Nous étions traitées différemment parce que nous étions  des femmes, on s’en rend compte après coup. La musique était dure mais cela venait aussi du fait que nous étions des femmes. Nous voulions être meilleures que les autres. La scène était intéressante à Hambourg. Du moins, pendant un ou deux ans, tout était très nouveau. Et nous aimions ça. Mais plus tard, quand nous sommes parties à Londres, c’était encore plus fort. Plus le style de musique que nous aimions.

Wolfgang Müller m’avait raconté qu’à l’époque de Die Tödliche Doris, ils amenaient une ingénieur du son féminine avec eux pour les concerts, ce qui provoquait une certaine stupéfaction.
A l’époque on disait qu’il y avait pas de différence. Pour le chant, pas de problèmes, pour la batterie, pas question. On a jamais eu de problèmes avec ça mais c’était plutôt un accident, nous étions toutes copines. c’est tout.

Il y a eu d’abord des singles chez Zick Zack devenu un label culte dont Schwarze Welt, le monde noir. Est-ce que cela retranscrivait votre vision des choses ?
Non, pas vraiment. Le punk c’était s’amuser, être différent et embêter les autres. C’était une époque intéressante. Nous écoutions le son sombre de Psychedelic Furs et Bauhaus. Un son noir et gris, avec peut être un peu de rouge parfois. Schwarze Welt est né de cette attitude. Certains textes ont pu être interprétés comme négatifs mais cela est plus dû à la langue allemande. Chanter en allemand était difficile. Si tu écoutes les groupes de ces dernières années qui chantent en allemand et les mélodies qu’ils font, c’est quelque chose qu’on n’aurait pas pu faire à l’époque. Il fallait trouver des mots que personne n’utilise. Sonner dur. Nous jouions avec l’attitude et les mots. Cela faisait aussi partie de nos vies, ce que je faisais c’était moi. On se développe constamment et on part ailleurs.

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L’utilisation de ta voix était fort singulière.
J’utilisais la voix comme un cinquième instrument. Je faisais partie du groupe, ce n’était pas moi et les autres. La musique était bruyante et il fallait se battre avec. A un moment, les gens m’ont comparé en permanence à Siouxsie. Pourtant en écoutant, je ne trouvais pas de points communs. Il y a quelques années elle avait dit dans une interview qu’elle ne pouvait pas vraiment chanter donc elle faisait ce qu’elle pouvait avec sa voix. On ne peut pas toujours chanter comme cela sans entrainement. Surtout qu’on était en tournée tout le temps. Donc après tu essaies de trouver d’autres façons de chanter. Tu intègres des mélodies et tu te mets un peu en retrait. Cela n’a été que des coïncidences et j’ai fait de mon mieux.

A l’époque, vous vous fréquentiez beaucoup avec les autres musiciens de la scène.
Oui, on vivait ensemble avec Christiane F, des membres d’Einstürzende Neubauten, c’était l’époque du film Decoder, on vivait entre musiciens.

Puis vous êtes parties tenter votre chance en Angleterre.
Le contraste entre l’Angleterre et l’Allemagne était énorme. Quand on voit Control, les groupes de Manchester et d’autres groupes du Nord de l’Angleterre, ils vivaient dans leur petite maison, ils étaient mariés, avaient déjà des enfants, car ils voulaient juste quitter la maison de leurs parents. Notre manière de vivre en Allemagne était très différente, on vivait avec les autres, on pouvait faire des études ou pas, c’était très ouvert, on faisait de la musique. La situation économique était très différente aussi si on compare à la Grande Bretagne. En Angleterre quand un musicien disait « on n’a pas d’argent », il voulait dire qu’ils n’avaient vraiment rien. Alors que nous en Allemagne, même sans argent, on s’achetait encore des vêtements, des chaussures. Car nous étions un pays riche. Pour nous l’Angleterre fut un choc, comme l’Allemagne a dû faire halluciner Ivo. On a partagé un appartement avec les Cocteau Twins et il n’y avait même pas de chauffage! C’était choquant pour nous aussi. Il y avait un vrai clash entre ces deux pays à l’époque. C’était très difficile en Angleterre, en particulier dans le Nord.

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Vous apportez alors votre musique à 4AD et Ivo tombe immédiatement sous le charme.
Après avoir fait deux singles et des compilations, nous avons tourné avec DAF en Allemagne. Mais nous avons réalisé que l’Angleterre était une suite logique car notre son appartenait à cette scène là. L’idée venait d’Alex Hacke qui nous avait dit, après avoir écouté une de nos cassettes, vous sonnez vraiment anglais, vous devriez aller là bas, 4AD est un bon label pour vous. Manuela est allée à Londres et leur a donné la cassette. Ivo l’a aimée et a voulu faire un disque. Nous étions enthousiastes. Ivo savait d’emblée que ce serait quelque chose, il a eu du flair. Il avait une idée claire de ce qu’il voulait de nous mais ce n’est pas forcément ce que nous étions. Ce n’est pas que ç’aurait été destructeur pour nous de rester avec lui sur 4AD mais c’était mitigé. Soit tu restes sur un label indépendant et tu deviens une sorte de groupe culte, ou tu te développes et tu changes musicalement. Cela a été notre parti pris après deux albums et deux maxis.

Chacun de vos albums est d’ailleurs très différent de celui qui le précède.
Est-ce une bonne idée de travailler comme cela ? Avec le recul on se pose des questions. Peut-être on aurait dû rester sur 4AD mais pourquoi? Au niveau de ma voix, j’avais déjà des problèmes au début. Il fallait que je fasse autre chose sinon je l’aurais perdue.

Le second album Tocsin porte l’empreinte des rythmiques puissantes de Peter Bellendir mais on se souvient aussi de sa très belle pochette. Peux-tu revenir sur cette anecdote?
Au début, nous voulions des corbeaux pas des pigeons. Vaughan fait un peu les choses comme ça lui chante, et là il nous a dit que c’était pas vraiment des corbeaux. Wolfgang, notre bassiste, était choqué, il a dit « Bloody pigeons » et il est parti. C’était très amusant et c’est resté une blague entre nous. Quand on voyait des pigeons, quelqu’un disait « Bloody pigeons! ».

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Vous avez commencé par une musique très noire et vous avez peu à peu mis de la couleur dans les compositions, notamment avec cet album. Comment vois tu l’évolution du groupe d’album en album ?
Ma vie est un développement constant. J’avance toujours et je ne regarde pas en arrière. Partir du noir vers d’autres choses. J’aime cette découverte, aller vers ce qui nous semblait bizarre. Je connais des artistes à Berlin qui font la même chose depuis des années. On peut utiliser son histoire et changer. Le son change. J’ai toujours voulu faire une série sombre, avec du noir, du gris, dans mes peintures, plus en connexion avec ma musique, et je sais que cela fonctionnerait. Ce sont de grandes toiles que je produis. Mais ce n’est plus ma personnalité. Plus je comprends la musique ou les couleurs, plus j »en apprends.

Il y a deux ans environ, tes tableaux étaient exposés et apparemment tous les membres d’X-Mal Deutschland étaient présents? As-tu gardé le contact avec eux ?
Oui, ils étaient tous là pour cet évènement, il y avait beaucoup de musiciens, c’était un vrai succès. Même Manuela est venue de Londres. Nous sommes toujours très amies car ces dernières années je suis souvent allée à Londres. Les autres cela faisait beaucoup d’années que je ne les avais pas vus. on ne se revoyait que de temps en temps. Peter a toujours voulu que le groupe se reforme et j’ai toujours dit Non. Je ne veux pas revenir en arrière. Utiliser certaines choses peut-être. Mais j’aimais tellement la scène, la performance, j’étais si accro, je ne veux plus le faire aujourd’hui et j’aime le travail que je fais à présent.

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IVO WATTS RUSSELL

Avant de signer sur 4AD, X-Mal Deutschland avait sorti deux disques. Qu’est-ce que tu a aimé chez eux dès le départ et comment les as-tu découverts ?
Ivo Watts Russell : Manuela Rickers était venue en Angleterre avec Wolfgang. Ils démarchaient les compagnies de disque il me semble. Ils logeaient chez Abbo de UK Decay, une autre personne originaire du Northamptonshire comme moi même ou Bauhaus. Ils étaient amis avec Abbo. Ils sont venus me voir à 4AD. Ils m’ont donné une copie du maxi Incubus Succubus et une cassette d’une répétition en live. C’est cette cassette qui m’a donné envie de faire un disque avec eux. C’était très puissant, très cru. Comme beaucoup d’enregistrements live sur cassette, c’était compressé. Dès qu’un nouvel instrument arrivait, il couvrait les autres. Le nom du groupe lui même était très intéressant. Cela veut dire X fois l’Allemagne.
La chose suivante que j’ai faite, c’est que j’ai pris l’avion pour Hambourg pour les rencontrer. Il y avait un film qui doit dater de la fin des années 70 qui s’appelle Christiane F. sur des jeunes d’Hambourg accros à l’héroïne. Cette fameuse personne vivait dans la même maison qu’Anja et j’ai passé la nuit dans le lit de Christiane F. Elle était malheureusement aux Etats-Unis pendant ce temps donc j’étais seul dans le lit. C’était dans le Reeperbahn, c’était fascinant pour moi. J’en avais entendu parler par les Beatles. C’est là qu’ils avaient appris à jouer au début des années 60. Les musiciens d’X-Mal Deutschland sont des gens très gentils. Je leur ai dit que je voulais faire un disque avec eux et que je pourrais aider à la production. Donc si cela ne marchait pas, je n’aurais qu’à en vouloir à moi même. J’avais plusieurs fois l’expérience de démos qui quand elles étaient réenregistrées avec d’autres personnes, elles perdaient des éléments qui étaient bien meilleurs dans les versions démo. Avec assurance, j’ai dit que je pourrais enregistrer avec eux un disque qui sonnerait mieux qu’Incubus Succubus. Je ne suis pas sûr d’y être arrivé mais qu’importe, nous avons fait cet album ensemble aux studios Blackwing où j’ai été l’ingénieur du son. Cela a été assez rapide. Je crois qu’ils étaient restés dans mon appartement et dormaient sur le sol. Je ne sais pas s’ils ont fait cela tout du long mais cela n’a pas vraiment d’importance. L’enregistrement des percussions à Blackwing a toujours été quelque chose de difficile, de compliqué.  C’est une chose très importante quel que soit le disque. A l’époque nous n’avions pas de pièces dédiées spécifiquement à cet effet. Et John Fryer était encore à un stade d’apprentissage. Dans un groupe de cette puissance avec basse-guitare-batterie, la façon dont les percussions sonnent vont dicter le reste du son. Dix ans plus tard quand les guitares sont devenues de plus en plus fortes et qu’on a fini avec Dinosaur Jr, on n’entendait plus les batteries non plus. Mais là on était encore dans une période d’entre deux. Cela ne sonne pas comme du Led Zeppelin mais leur puissance aurait mérité cette forme de clarté.

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Oui, et les percussions restent très puissantes sur un EP comme Qual. On retrouve aussi beaucoup de points communs, en particulier les effets sur les voix, avec le Garlands des Cocteau Twins. Etaient-ils des fans des Cocteau Twins ?
Ils ont accepté stupidement de me laisser rentrer dans le studio avec eux donc ils ont « bénéficié » des ingrédients de moi même, de John et de Blackwing. Quant à la version du maxi, elle est très différente. En fait les rythmes sont faits avec une boite à rythmes Linn Drum. La pauvre Manuela, elle n’était pas très ravie sur ce point. Mais je l’ai fait pour cette même raison. C’est qu’avec une boite à rythmes, tu as tous les sons séparés. Les Linn Drums avaient des percussions digitalisées et samplées très bien faites. Cela a permis une certaine clarté dans le son, contrairement à si nous avions utilisé une batterie. C’est la même boite à rythmes que sur 16 days/Gathering Dust de This Mortal Coil, cela ne sonne pas très naturel. Mais Manuela aurait eu du mal à travailler avec un vrai producteur. Elle était imaginative et écoutait beaucoup les autres batteurs mais elle était très menue, c’était difficile pour elle de faire des percussions sur une longue durée. Les vrais producteurs l’auraient épuisée, elle aurait été réduite en larmes. Peut-être elle s’est rendue compte qu’elle ne serait jamais assez forte pour être un vrai batteur. C’est peut-être la raison pour laquelle elle a quitté le groupe. Et c’est dommage car c’était une charmante personne. Elle a joué avec Wolfgang Press par la suite sur un de leurs EP, peut être Sweatbox.

Le fait qu’ils soient allemands et qu’ils chantent en allemand a-t-il fait qu’ils avaient une attitude plutôt obéissante, impressionnée ou étaient-ils très déterminés dans leur art ?
Le fait que je ne parle pas allemand était peut-être une bonne chose car nous n’avons jamais compris ce qu’ils disaient de ce que moi et John faisions. Parfois je leur disais d’arrêter et de parler en anglais pour que je sache ce qu’ils pensent. Nous ne nous sommes jamais disputés, cela s’est plutôt bien passé. Je me souviens d’effets sonores en tapant avec des outils, des marteaux, des burins et ce genre de choses pour ajouter à un morceau mais je n’ai jamais suggéré des harmonies vocales ou d’ajouter une partie de guitare. D’une part, j’aimais vraiment leurs morceaux et d’autre part de quel droit je ferais ça, je ne suis pas vraiment un producteur. L’enregistrement que j’ai selon moi le plus réussi avec eux a été la nouvelle version d’Incubus Succubus mais surtout la face B, Vito. Je trouve ce titre particulièrement puissant. Je crois qu’Anja le déteste car elle était très malade et elle a failli en perdre la voix. Son timbre est très dur sur ce morceau.

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C’est vraiment le genre de groupes qu’on associe à l’esthétique et au son 4AD de l’époque. Parlerais-tu d’une osmose, car par la suite même si certains morceaux étaient bons, ils n’ont jamais retrouvé la même force du point de vue de pas mal de fans ?
Je pourrais être assis avec vingt personnes et ils auraient chacun leur version de ce qu’était l’esthétique 4AD. Certains incluraient X Mal Deutschland, d’autres excluraient les Cocteau Twins. Mais c’est bien quand les groupes arrêtent, c’est une bonne chose. Ce message qu’a été le punk, d’arriver et de faire table rase, cela a créé une situation fantastique où les majors n’ont plus compris ce qui se passait. L’idée c’était on ne veut pas écouter des solos de guitare ou quelqu’un qui joue avec quatre claviers en même temps, on veut l’énergie. J’ai quinze ans, j’en ai marre de tout et voilà ce que je ferais si je faisais de la musique. Les 45 tours étaient enregistrés en cinq minutes et plein de gens se sont sentis interpellés. Les jeunes avaient besoin d’avoir leur propre musique. Tous ceux qui avaient acheté un album du Velvet Underground dans les années 60 ont formé un groupe dans les années 70. Et tous les gens qui ont vu Sex Pistols à Manchester, même s’ils n’étaient que soixante-dix ont tous formé un groupe. 4AD est le sous-produit de cette attitude. Je pourrais faire ça, essayons. Cela ne veut pas dire que ceux qui formaient les groupes avaient des plans d’avenir musical pour la décennie suivante. S’ils étaient chanceux, leur groupe sonnait bien. Et s’ils étaient doublement chanceux, quelqu’un les aborde et publie ce qu’ils font. Tout d’un coup, cela devient réel, sérieux, ils essaient d’écrire plus de morceaux. Après un premier album et avoir attiré un public, il y a cette attitude de devoir faire les choses. Ce qui était intéressant chez eux ne pouvait à mon avis avoir qu’une durée de vie restreinte. Au bout d’un moment, ils sont devenus un peu trop conscients d’eux mêmes. C’est pour cela que je n’ai pas souhaité continuer avec eux après le second album. D’autres pour le son 4AD penseront à Xymox, Modern English, Cocteau Twins. Je pense que beaucoup de gens seront d’accord sur le fait que les disques que les X-Mal Deutschland ont sortis quand ils étaient plus jeunes étaient meilleurs que ceux qu’ils ont fait quand ils ont signé sur une major. Mais je pense que c’est en grande partie dû à ce que tu dois faire si tu t’acoquines avec une major et les attentes, qui peuvent être aussi très excitantes pour un groupe. Tu es un groupe qui a été sur un label indépendant plutôt cool, puis une major est intéressée et elle aligne de l’argent pour cela, mais la réalité c’est que du moment qu’ils ont mis cet argent, ils veulent non seulement le récupérer mais en gagner beaucoup plus. Il y a beaucoup de groupes qui ont fleuri sur une période puis ils sont tombés dans le piège qui en atteint certains : ils ont eu une carrière. Il y a un vrai danger là dedans.
Avec l’intégration de Peter dans le groupe, il a donné une solidité à la section rythmique qui était différente de ce que cela avait été auparavant. Peut-être qu’ils se sont dit, ah mais nous sommes vraiment un groupe professionnel ! Ils savaient qu’ils étaient bons, ils faisaient beaucoup de concerts et ont eu des fans très vite. Ils savaient qu’ils étaient populaires mais l’arrivée de Peter leur a donné plus de confiance en tant que groupe. Puis les choses changent. La première fois que je les ai rencontrés, Wolfgang et Anja étaient en couple. Un an plus tard, ils ne l’étaient plus. Peter et Manuela étaient en couple quand Peter a intégré le groupe. Donc les dynamiques individuelles changent car leurs relations ont changé, ce qui a forcément un impact sur la musique. On ne peut pas isoler leurs relations de la manière dont ils créent ensemble.

Avec le second album, la rythmique devient bien plus complexe. Mais tu n’as pas produit cet album, c’était Mick Glossop. Quel est ton point de vue sur le travail qu’il a fait ? Avais-tu aimé ou pas du tout ?
Je pense que c’était définitivement la bonne idée de louer les services d’un producteur. J’avais compris à ce moment là que je n’avais jamais su enregistrer une vraie batterie et que je n’avais aucun morceau avec une vraie batterie qui soit bien enregistrée. Manuela n’aurait jamais pu travailler avec Mick Glossop, elle n’en avait pas la force. Je connaissais Mick car il vivait avec l’expert-comptable qui travaillait à Beggars Banquet. Il était souvent au magasin Beggars et il venait la chercher. Il a beaucoup travaillé avec Virgin, sur des trucs très rock, je crois qu’il a travaillé avec Simple Minds. Je pensais qu’un producteur de rock était approprié. C’est ce qu’il a fait pour le groupe mais ce que produisait Anja vocalement relevait d’un autre domaine. Elle n’était pas une chanteuse rock. Ce n’est pas un disque que je réécoute beaucoup. Il me semblait froid, et pas parce que c’est germanique, mais il manquait d’âme. Peut-être que c’était meilleur avec le manque de soin de mon approche. Je ne sais pas. En tout cas, c’est certainement une des meilleures couvertures de la collaboration entre Vaughan et Nigel. Je pense qu’au départ le groupe voulait des corbeaux, des oiseaux d’un type plus gothique, ceux qu’ils ont eu à la place étaient des pigeons. Les couleurs, les textures et le logo sont superbes.

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Te souviens tu d’où était venue cette idée des plumes ? Il est d’ailleurs étonnant de noter que c’était Peter Bellendir qui avait offert à Gordon Sharp la plume que l’on trouve sur la couverture de Wappinschaw de Cindytalk.
Je pense que cela venait du groupe. Ils parlaient à Nigel de plumes noires. Nigel était allé en métro prendre des photos de pigeons à Trafalgar Square dans le centre de Londres.

Penses-tu qu’ils voulaient aussi marquer un contraste entre la couverture grise du premier album et cette dimension plus colorée et aérienne ? C’est quelque chose vers quoi ils voulaient se diriger ?
Fetisch a été le premier album que Vaughan a réalisé après qu’il soit venu travailler à 4AD. Ses deux premières semaines à 4AD, il a produit cette pochette et le logo. Nigel n’était pas impliqué même s’il y a écrit 23 Envelope. Il m’avait convaincu d’acheter une PMT Machine pour le développement photographique. C’était en fait du papier sur la couverture. Une continuité de ce qu’il avait fait sur After the Snow de Modern English. C’était photographié sur la PMT Machine.  Si tu regardes à l’intérieur, je n’ai pas d’autres souvenirs de Vaughan utilisant des images du groupe sur la pochette d’un disque. C’était des photos manipulées qu’un ami des X-Mal Deutschland avait faites et que Vaughan a incluses avec reluctance. Pour Tocsin, Nigel et Vaughan étaient bien plus établis à 4AD. Et plus obstinés aussi. Ce n’était pas ce que voulait le groupe au départ mais les photos étaient si belles que le groupe a accepté. Au final tu as raison, cela contribue à cette différence claire entre les deux albums. Mais pense aussi à la couverture fantastique pour Incubus Succubus/Vito, ces photographies abîmées du groupe. Ils étaient des personnes très attirantes physiquement et ils sont utilisés sur la couverture mais leur côté attractif n’est pas du tout exploité. Le contraste de leur naturel dans cet entrepôt désert est fascinant. Je pense que là c’était plus conscient, de mettre de la couleur. C’est à la fois les envies et les interprétations de chacun mêlées à ce que la musique inspire.

Le groupe est parti de 4AD peu après l’album Tocsin. As-tu gardé contact avec eux par la suite ou y avait-il des tensions à l’époque ?
Je n’ai pas de souvenirs de tensions contrairement au split qui a été largement discuté entre moi même et les Cocteau Twins. Si tu as une relation mais que tu n’es plus amoureux, cela ne sert à rien de poursuivre cette relation. C’est pareil pour la musique. Si tu ne suis pas une personne à 100 % sur la direction musicale qu’elle choisit, alors tu n’es pas le label approprié pour travailler avec eux. Je pense que c’est plus simple de dire qu’il vaut mieux suivre chacun notre route. Pendant des années je n’ai pas eu de nouvelle et l’année dernière ou il y a deux ans, Anja m’a recontacté, on s’est envoyé quelques e-mails, elle m’a montré les peintures qu’elle fait. Elle m’a envoyé une photo d’eux six à l’ouverture de son exposition. C’est comme s’ils n’avaient pas vieillis. Ils sont toujours très beaux. Dans les années 90, j’ai aussi été en contact avec Manuela, la guitariste, elle jouait dans un projet qui se nomme The Rossburger Report. C’était un collectif. Tous avaient été ou jouaient dans d’autres groupes. Peter en faisait aussi partie. C’était treize guitaristes, une basse et deux batteuses féminines. Manuela jouait les percussions et Peter Bellendir était un des guitaristes. Elle était venue en Angleterre et elle avait une démo de ces morceaux instrumentaux. Ils ont réussi à intégrer l’équivalent à Hambourg du BBC Classical Studio. Car l’intérêt était dans les harmoniques qui se créaient dans l’espace où ces treize guitares jouent. C’était une pièce immense avec un public. Ils ont joué cinq ou six pièces et elles avaient été enregistrées. Ils avaient dit au préalable au public : s’il vous plait n’applaudissez pas. J’y suis allé et c’était la dernière fois que j’ai vu Manuela et Peter. Encore une fois j’avais dormi dans la cave chez quelqu’un. Je peux te dire qu’il fait froid à Hambourg. Peter nous a accompagnés, moi et Chris de 4AD qui était aussi là, c’est lui qui nous a conduit. Peter était quelqu’un de très décontracté, qui aime parler.  C’est la fois où j’ai été le plus proche de rater mon avion.  Je voulais sortir le Rossburger Report avec Guernica, le petit label que j’avais commencé. A ce moment là, j’étais en Amérique, tout était très confus, ce que le label imposait en Angleterre me dépassait et il y avait ces allers retours. Et il y avait les problèmes de mixage que rencontrait ce groupe de seize. Je me suis alors dit que ce n’était pas la peine de faire tout cela. J’ai décliné mais des années plus tard ces enregistrements sont sortis. Il y a deux morceaux en particulier qui sont fantastiques. Je conduisais de Los Angeles à Sante Fe, et j’avais mis le CD alors que je traversais le désert de l’Arizona, c’était incroyable. Ils avaient fait une cassette d’un mix brut. Chris l’avait trouvé et m’avait gravé un CD. Quand je suis arrivé à Santa Fe le lendemain, j’étais si excité que je voulais démarrer un nouveau label. Cela ne s’est pas fait mais je l’ai envoyé à deux ou trois personnes, dont Daniel Miller. Et finalement c’est sorti en Allemagne. J’ai fini par acheter le CD. C’est difficile à trouver.

C’est bizarre que Manuela ne joue pas la guitare, elle était plutôt bonne.
C’est un peu le but. Je pense que c’est la meilleure guitariste rythmique avec qui j’ai travaillé. Son sens du rythme était incroyable. C’était logique qu’elle puisse jouer la batterie. La batterie sonne comme du Gary Glitter et les guitares sonnent un peu à la Glenn Branca. Si vous tombez dessus, procurez-vous le et jouez le au volume maximum.

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