Wayne Hussey – Interview

11 Sep 14 Wayne Hussey – Interview

Statutairement affublé pour toujours du grade de leader des Britanniques The Mission, figures parmi les plus marquantes du gothique anglais des années quatre-vingt, Wayne Hussey (ex-Sisters Of Mercy, coresponsable de leur marquant premier opus studio First & last & always) a toujours suivi son instinct. Que ce soit dans le cadre même de Mission ou en dehors, l’homme est resté prolifique et a construit une œuvre marquée par une inflexion à la fois pop et héroïque. Si le tournant solo s’était fait jour avec Bare, album de reprises de vieux classiques de Mission sorti en 2008, c’est véritablement avec le nouveau Songs of Candlelight & Razorblades que Hussey affiche une posture solo complète et digne de ce nom. L’album présente une collection de quatorze compositions originales, dont une seule, avec « Wasting away », peut se targuer d’un rapport au fonds de catalogue de Mission : « Swan Song », chanson marquante du cru 2013 de Mission The brightest Light et présente ici sous sa version acoustique « Lament ». Un entretien réalisé le 1er septembre 2014, juste avant le départ de Wayne pour une nouvelle tournée… en solitaire.

Comment et quand est venu l’idée de ce nouveau disque solo? Est-ce une chose à laquelle tu as pensé tout de suite après Bare, que tu ne sembles pas vraiment considérer comme un premier album solo, ou cela est-il venu plus tard?
Wayne Hussey : Eh bien, j’ai toujours plus voulu enregistrer un album solo avec de nouvelles chansons, davantage même que Bare, qui est une collection de recréations de certaines chansons de Mission plus ou moins connues, ajoutées à un couple de reprises. Ce contenu fait d’ailleurs que je ne pense pas que ce soit un « vrai » album solo. En outre, il y avait aussi le fait, à l’époque, que je me sois borné à la guitare acoustique, au piano, et à la boîte à rythmes. Je n’ai imposé aucune de ces restrictions au nouvel album, recourant à tout ce que je sentais nécessaire pour que fonctionne chaque chanson. Après le dernier album de Mission, The brightest Light, j’avais en réserve quelques chansons laissées de côté, que nous n’avions pas enregistrées et je me demandais ce qu’il fallait faire d’elles. Ce sont de bonnes chansons, je pense, trop bonnes pour ne pas être utilisées. Il m’a semblé alors qu’était venu le moment idéal pour enregistrer ce premier « vrai » album solo. Je me suis posé, à réfléchir un temps à l’album avant de commencer à travailler, ce qui constitue une partie essentielle du processus pour moi. C’est comme ouvrir un vin, le laisser respirer un moment avant de le boire. Mais une fois que j’ai commencé à enregistrer, tout est venu assez facilement et rapidement.

Le nouvel album est un disque vraiment intime et romantique. Développer dans un contexte solo des compositions entièrement originales, ce qui diffère en effet de la tentative de Bare, est-il une manière de te présenter pleinement comme un artiste solo et, ce faisant, préparer le public à l’optique qui pourrait dominer ta création dans le futur, introduire auprès de lui l’idée d’une ère créative « post-Mission » ?
Je ne sais pas. Je n’anticipe pas les choses de manière si poussée. J’ai juste accumulé quelques chansons que je voulais enregistrer et puis quand j’en ai eu assez, c’est devenu un album. Je ne suis pas sûr de ce que « mon public » va penser de cela, mais ce n’est jamais une considération que je fasse mienne par les temps qui courent. Mon public a tendance à être très passionné et fidèle, mais aussi un peu… conservateur. Ça va peut-être lui prendre du temps de comprendre et d’apprécier cet album. Ou peut-être pas. Peut-être que les gens ne feront tout simplement pas l’effort. Je sais que le single « Wither on the Vine » a rencontré un succès populaire mais si les gens s’attendent à un album entièrement composé de chansons comme celle-ci, ils seront déçus. Il n’y a pas deux chansons qui se ressemblent sur le disque, que ce soit par le son ou dans le style. Mais je pense aussi, de toute façon, que mon public s’est habitué à s’attendre à de l’inattendu de ma part. Je lui donne très rarement ce qu’il veut. Cela rend la vie intéressante, n’est-ce pas ?

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Comment est venue l’idée de ce titre d’album, Songs of Candlelight & Razorblades ? Qu’est-ce que cette expression recouvre pour toi ?
Eh bien, le titre vient de l’ouverture de « Litany for the Faithful », l’ultime titre de The brightest Light. En fait, j’avais eu l’idée que cela pourrait donner son titre à l’album de Mission, mais il ne n’entrait pas en concordance avec la couleur de cet album ; donc, j’ai cantonné cette phrase au texte. Et puis, ça a toujours été le titre pour cet album solo, depuis que j’ai commencé travailler sur lui. Je l’aime. C’est ambigu, romantique, et un petit peu minable aussi. Ca s’accorde parfaitement à ce qu’est cette suite de chansons.

Vois-tu le travail textuel en pareil contexte solo comme quelque chose de très différent à aborder, de ce que tu fais pour un enregistrement de Mission ?
Non, pas du tout. Ce sont juste des chansons que j’écris. Je n’ai pas d’ « ingénierie textuelle » visant à m’adapter à telle ou telle situation. Je ne suis jamais senti circonscrit en quoi que ce soit à l’écriture de paroles au service de Mission. Je ne peux pas dire la même chose de la dimension musicale, cependant. Il existe musicalement des « périmètres » lorsque j’écris pour le groupe, même si je tends à repousser les limites, et avec elles je suppose la patience de notre public ; et ce, avec chaque disque que je fais.

Tu as composé ce nouvel album en ton nom propre, ce qui fait écho d’une manière classique au terme « album solo » – je veux dire… David Bowie a sorti presque tous ses disques sous son propre nom, mais nous savons tous qu’il fallait aussi certains musiciens, en fonction des périodes de création, pour lui permettre de le faire. Est-il possible de comparer cela à ton cas personnel ? Certains musiciens ont en effet apporté leur musicalité pour t’aider à compléter la forme des titres, finir leurs arrangements. Penses-tu qu’il y ait un espace pour d’autres musiciens permanents à l’avenir dans le cadre de ta création solo, ou l’exclues-tu par principe, sauf à l’échelle du détail ?
J’ai joué presque tout sur ce disque, en dehors de quelques apports spécifiques assurés par des musiciens invités. J’ai chanté chaque note, chaque voix est la mienne. Il s’agit d’un album solo dans tous les sens du terme. La production, l’ingénierie, les arrangements sont de moi. Pourquoi diable voudrais-je de musiciens permanents travaillant sur mes chansons en solo quand j’ai un groupe permanent avec The Mission ? J’aime la flexibilité offerte par l’idée de faire tout moi-même et d’obtenir juste des musiciens quelque chose que je ne peux pas jouer moi-même, lorsque je le veux. Je peux jouer d’un grand nombre d’instruments, peut-être pas très bien, mais certainement assez pour réaliser les idées que j’ai en tête.

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Cette option quasi intégralement « do it yourself » te tente-t-elle pour ton avenir en solo ou pourrais-tu en venir à composer un jour dans l’idée de ce que ces guest pourraient faire pour toi ?
Je ne sais pas. Comme je l’ai dit, je ne planifie pas trop loin, je ne peux pas. Il serait très agréable de me mettre dans une position où je pourrais prendre d’autres musiciens en tournée avec moi pour mes shows solo, mais je ne voudrais pas d’un groupe permanent. C’est comme pour l’écriture des chansons : je les crée puis essaie de comprendre comment elles devraient sonner, quels instruments doivent être utilisés au service de chacune. Tu sais, j’aime écouter toutes sortes de musiques, elles ont une incidence sur celle que j’écris. Je pense que cet album a en lui un peu de jazz, de blues, de country, de folk, de rock, d’électro : toutes sortes d’influences qui peut-être de trouveraient pas leur chemin dans un album de Mission.

À l’exception de Julianne Regan (N.D.L.R. : collaboratrice historique de Mission et récente compagne de Wayne sur l’album de reprises Curios), as-tu connu tous ces musiciens invités après ton arrivée au Brésil ?
En dehors de Magda Pucci, ami et arrangeur brillant, je ne connais aucun d’entre eux. Ils sont passés en studio quelques heures et ont joué les parties qui avaient été écrites pour eux. Puis ils se sont fait payer et sont repartis. Je voudrais, toutefois, retravailler un peu plus avec Gustavo, le contrebassiste, dans le futur. J’aime le genre de son que produit cet instrument.

Pourquoi avoir choisi de faire figurer la version « Lament » de « Swan Song » sur cet album solo ?
Eh bien, j’ai enregistré cette version pour le EP Swan Song, sorti l’année dernière. J’aime vraiment cette version et je ressentais intérieurement que les choses avaient un peu « glissé » sur elle, comme si elle avait un peu été… « gaspillée ». La remettre ici lui donne juste place dans le cadre d’un album. C’est une très belle version, si je puis me permettre (N.D.L.R. : une autre chanson liée au travail de Mission apparaît sur l’album, à savoir un inédit du EP Swoon, « Wasting away », sorti à la période Neverland).

« Swan Song » est devenu dans l’esprit des fans un nouveau classique pour The Mission. D’un point de vue symbolique, est-ce une manière pour toi de créer un point de repère, un pont entre les chansons du nouvel opus solo et le travail de Mission ?
Non, ce genre de choses n’est jamais pris en considération. Ce sont deux choses distinctes. Même auteur, même chanteur, mais les deux véhicules sont différents.

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Dans les crédits de l’album, tu remercies « Julianne Regan pour sa positivité et la lumière », le fait qu’elle te montre une direction lorsque tu perdais le fil. Qu’est-ce que cela signifie vraiment? A-t-elle parfois joué le rôle d’un directeur artistique quand tu perdais la trace ou l’esprit d’une idée ?
Eh bien, Julianne est toujours très encourageante et parfois, quand je me sentais un peu perdu dans ce que je faisais, sa positivité m’aidait à entrevoir un chemin. Il y a beaucoup de négativité dans le monde et parfois même en provenance de personnes proches de moi posant un regard sur mon travail, et donc c’était bien d’entendre également le point de vue de Julianne. C’est une personne que j’aime, elle a toujours été si favorable à ma personne et à mon travail, que je me plais à penser que je suis un peu la même chose pour elle.

Au contraire, y a-t-il quelques chansons où le doute n’a jamais pris ?
Eh bien, il n’y a pas de règles absolues quant à ce qui fait fonctionner quelque chose. Une fois que j’ai eu la « sensation » pour cet album, tout est à peu près venu assez rapidement et facilement. Il y a habituellement un moment de magie, l’alchimie si tu veux, quand un phrasé chanté dessine quelque chose et rend tout facile. D’autres fois, il faut un peu creuser avant de trouver… Mais une fois que tu as déblayé les couches de difficultés, c’est une merveille.

Dave Allen garde une place de « gourou » et de « guide » pour cet album solo, dans tes propres mots. Penses-tu qu’il y ait une chance de le voir de retour en 2015 aux côtés de The Mission en studio ?
Pas en 2015, mais peut-être 2016, mais… Oui, bien sûr, j’adorerais retravailler avec Dave. Je pense que lui et moi formons une équipe sacrément bonne. Il y a beaucoup d’amour, de compréhension et de respect entre nous. En plus, il me fait beaucoup rire.

Les setlists de la prochaine tournée solo combineront-elles ces nouvelles créations avec quelques reprises et réinventions de titres de Mission ?
Oui, je suis certain que ce sera le cas. J’ai un songbook en constante expansion. Il y a maintenant plus de cent chansons parmi lesquelles je pourrai choisir pour les shows solo. Aucun concert ne sera le même.

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> SORTIE : WAYNE HUSSEY
Songs of Candlelight & Razorblades (Eyes Wide Shut Recordings / Universal) (2014)
> WEB OFFICIEL
www.themissionuk/com/wp

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