Waterwalls – Interview bonus

12 Avr 15 Waterwalls – Interview bonus

C’est une révélation comme on n’en a que peu. Dès son premier album, Xavier Ridel pose Waterwalls son projet au point de rencontre de genres musicaux que nous aimons. Post-punk, dark-folk, cold-noisy. C’est un habile composite qui est donné, sans artifices, avec l’honnêteté de la jeunesse et des sentiments les plus forts. Émouvant. Quelques questions en bonus au petit Fökus de notre # 24.

Sylvaïn Nicolino : « If only » est immédiatement touchant. Comment composes-tu ? Seul avec une guitare ? (« Gloomy Days » suit un principe identique). À quel moment décides-tu d’ajouter des pistes supplémentaires ?
Xavier : La plupart du temps oui, je compose seul avec ma guitare acoustique. Pour « If Only »’, par exemple, j’étais dans une grande maison de campagne un peu lugubre, il faisait nuit et il y avait une réverbération assez géniale dans la salon. J’ai trouvé ce riff, puis c’était parti. Il en va plus ou moins de même avec toutes mes chansons. J’ai ma guitare en main, une espèce de force étrangère me pousse à jouer tel accord, tel riff et j’ai le squelette de ma chanson. Ce n’est qu’ensuite que je me mets à l’enregistrer et à y ajouter des pistes. En général, le processus ne dure pas plus d’une journée, tout se fait naturellement et je ne me dis jamais : « Ajoute ceci, ajoute cela ». J’y vais à l’instinct, en expérimentant parfois, mais rien n’est jamais prédéfini.
D’ailleurs, tu travailles sur quel matériel ? « Dreamings and Hoping, in Vain » sonne très analogique, je trouve. Comment concilies-tu ce goût pour des sons plutôt datés et les technologies modernes ?
J’ai assez peu de matériel pour l’instant, en fait j’ai enregistré cet album avec un micro pourri, deux guitares, mon ordinateur et mon synthé, en empruntant une boîte à rythmes de temps à autres. J’adore la chaleur des sons analogiques, qui ont une présence incomparable. Mais je suis un peu contre les fascistes du rétro qui ne jurent que par ça. Il y a aussi des synthés numériques et des synthés virtuels sur l’album et sur « Dreaming and Hoping, In Vain », presque majoritairement d’ailleurs. Notre époque se tourne bien trop vers le passé ou vers le futur et pas assez vers le présent. Et le présent, tel que je le définis, c’est prendre le meilleur des époques révolues et le meilleur de ce que nous connaissons de l’avenir. De par l’utilisation de l’ordinateur, mixée à des voix souvent enregistrées en une seule prise, c’est en fait un peu un processus à l’inverse de Kraftwerk, qui donnait un coté machine à l’homme. J’essaie de mon côté de donner un coté sensible et humain à la machine. Voilà en tout cas ce que j’ai essayé de faire sur Silent Skrik, avec plus ou moins de succès, ça ce n’est pas à moi d’en juger !
D’autres titres semblent posés sur une mélodie au clavier (« Holiday Picture »), est-ce le cas ?
Négatif ! Enfin tu as raison, mais pas pour « Holiday Picture ». Celle-ci a été composée en quelques minutes à la guitare acoustique. Mais certains titres, même si c’est assez rare, ont effectivement été composés au clavier, « Falling Stars », par exemple.
Tes compositions et leurs rendus sonores oscillent entre darkfolk, minimal-synth et post-punk : est-ce que ce sont des genres musicaux que tu as écoutés ou que tu écoutes encore ?
En fait je suis réellement venu à tous ces genres après avoir composé l’album. Quand on a commencé à me parler de Current 93, This Mortal Coil, ce genre de choses, je suis allé m’y intéresser et ai presque immédiatement accroché, mais outre les grands pontes de ces genres, je ne connaissais pas du tout. A vrai dire, j’ai grandi en écoutant, de par mon père, la vague punk de 77 et, de par ma mère, du classique et de la pop. Du coup, et tu peux aussi voir ça comme une métaphore, mon père m’a appris le rythme et la structure, ma mère, la mélodie. Ensuite, j’ai découvert le shoegaze, la new wave, la techno, la country… La découverte de Joy Division a, pour moi comme pour beaucoup, été un véritable choc, mais il en va de même pour celle de Wu Lyf, de Jon Hopkins ou de Giles Corey, le mec d’Have A Nice Life.
« Four Walls » est, quant à lui, très langoureux : ce titre opère une fusion de genres assez incroyable. Tu le sens au moment où tu enregistres ? As-tu placé ces petits sons de synthé pour éviter une trop forte collusion avec du dub-reggae ?
Je ne le sens jamais quand j’enregistre, non. Quand je compose, et c’est pour ça que c’est vite devenu une sorte de drogue, c’est comme si je m’extirpais hors du monde réel. Du coup, il ne faut pas que je réfléchisse aux styles que j’ai envie de mixer dans telle chanson, aux sons de synthétiseurs à utiliser etc. Si je commence à penser, c’est mort, je suis à peu près certain de faire de la merde.
D’ailleurs, je n’avais jamais pensé au coté un peu dub-reggae de « Four Walls », et franchement ça me plaît bien, en aucun cas je n’aurais ajouté des claviers pour le faire disparaitre ! L’essentiel n’est pas que la chanson corresponde à un style que j’aime, mais qu’elle corresponde le plus exactement possible à l’état d’esprit dans lequel je me trouve au moment de la composer et de l’enregistrer. Si je rentre chez moi après une bonne journée et avec l’envie de me mettre à la bossa-nova, je ne vais pas hésiter. Mais après réflexion, je doute quand même fort que ça m’arrive !
Tu travailles beaucoup pour placer les voix ?
Au niveau du chant, je ne sais pas, la grosse majorité de mes chansons a été enregistrée en une journée seulement, et en très peu de prises, notamment pour la voix. Je me refuse à trafiquer cette dernière, parfois au détriment de la justesse et du rythme. Capter l’émotion et y coller au maximum, c’est ça le but du truc. Et peut-être que le résultat est un mélange de langueur et d’acidité oui, un mix de rage et de fragilité. Je ne sais pas trop.
Qu’abordes-tu dans le titre « Icarus » ? J’aime la dualité musicale du titre entre drone et raclements d’un côté, piano et violon de l’autre. Tes paroles naissent-elles d’images, de sensations, de bribes de phrases ?
Dualité, dualité, tout est question de dualité. J’aime concevoir ma musique de façon un peu schizophrénique. La gravité d’un coté, la tentative d’élévation de l’autre. C’est exactement ce que j’aborde dans « Icarus ». Je suppose que tu connais le mythe d’Icare. Et bien, lorsque Dédale, son père, lui conseille de ne pas trop s’approcher de la mer ou du soleil, Icare se jette en direction de ce dernier jusqu’à en perdre ses ailes. Je crois que ce mythe correspond totalement à la situation d’un mec de vingt ans aujourd’hui. Nos pères nous exhortent à trouver des boulots que nous n’avons pas envie de faire, et nous n’avons pas à leur en vouloir, c’est leur rôle. Le nôtre, c’est de savoir si nous sommes prêts à sacrifier le confort matériel au profit du rêve, ou l’inverse. Et de faire un choix.
Quant à mes autres paroles, lorsque je suis seul, je griffonne constamment sur mon carnet noir. Dans le métro, dans la rue, pendant les cours, qu’importe : lorsqu’une idée me vient, je la pose sur le papier. Je n’y reviens  que rarement, mais cette idée reste imprimée dans mon esprit, et ressort parfois sous forme de paroles. Après, si ces dernières semblent parfois un peu obscures ou imagées, c’est qu’elles proviennent directement de mon inconscient. J’ai mes accords, je les écoute et les mots doivent sortir d’eux-mêmes. C’est la méthode qu’utilise Bradford Cox dans Deerhunter, qui s’inspire du modernisme et du courant de conscience pour écrire. Capter l’instant présent, l’émotion brute, voilà le principe de la chose.

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